L’Usage de nos Langues Nationales : Le PCB a Raison

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La scène est tirée d’un téléfilm à l’eau de rose, de la catégorie Yoruba movies de Nollywood.

Son intérêt pour nous n’est pas négligeable car elle est d’importance politique et va dans le sens de ce que préconise un parti aussi sérieux que le PCB.

 Dans la scène considérée, la jeune femme nommée Shalewa, reçoit une lettre de la bouillante maîtresse de son mari.

Au premier coup d’œil qu’elle jette sur la lettre, incrédule, elle n’en croit pas ses yeux.

Alors elle tend la lettre à son amie qui la lit, et le spectateur peut entendre ceci :

 « Par la présente, je t’avertis de rester à distance de ce qui m’appartient.

Tu dépasses les bornes et cela me met en rogne.

Abiola et moi, par la volonté divine, sommes liés par un destin commun, et tu te mets en travers de notre chemin.

Je te conseille de te tenir à carreau, sinon je vais en découdre avec toi »

 Pourquoi la jeune femme trompée a préféré tendre la lettre à son amie qui la lit ? Vu d’un point de vue béninois, dans l’idée qu’on se fait de ce qu’est une lettre, à savoir un document écrit en français, on peut penser que c’est parce que la dame est illettrée ou analphabète. Mais il n’en est rien. La dame n’est ni illettrée ni analphabète, car la lettre est écrite en yoruba, sa langue maternelle dans laquelle elle sait lire et écrire.

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Chose impensable dans l’univers d’aliénation que constitue notre vie socio-intellectuelle de francophone, où nos langues nationales sont méprisées, arbitrairement éloignées de nous alphabétiquement et graphiquement. Mais dans les pays anglophones, et notamment au Nigeria ce n’est pas le cas. Dans la partie yoruba de Nigeria, le yoruba est utilisée comme langue de travail et de l’administration, de la police au Tribunal. Et dans leurs échanges, dans les nouveaux médias, les Yoruba utilisent volontiers leur langue pour envoyer des SMS, des mails, etc… Il y a plus d’auteurs en langue yoruba au Nigeria que d’instituteurs au Bénin ! Le nombre de Journaux en Yoruba se chiffre en centaines !

L’une des raisons pour lesquelles l’usage du yoruba est pertinente ici se trouve dans le contenu de la lettre comme c’est le cas dans tout système locutoire complet. A la fin de la lettre, nous avons succinctement traduit l’avertissement menaçant de l’expéditrice en ces termes «  Je te conseille de te tenir à carreau, sinon, je vais en découdre avec toi » En réalité, dans sa volonté de faire sens, l’expéditrice ne s’est pas exprimée ainsi mais en proverbe : Mot pour mot, ce qu’elle a dit en yoruba peut se traduire comme suit : « ce que tu cherches derrière la patate douce ronde ( esu awura ), tu le verras derrière le fourreau d’Eshu ( personnification du diable). Donc en même temps qu’elle menace, l’expéditrice, comme c’est souvent le cas en yoruba, fait une contrepèterie. Toute chose qu’il serait difficile de rendre en langue européenne.

Ainsi s’exprime l’intérêt que les Yoruba du Nigeria manifestent pour l’écriture de leur langue, et son utilisation dans la vie concrète de tous les jours.  Pendant ce temps, nous nous sommes là à nous prélasser au moyen-âge de la colonisation et de l’aliénation, dans l’attardement mental  et la domination symbolique. Pensons-nous vraiment que le gnou peut perler la langue du lion et s’en sortir ? Et nous ne sommes jamais heureux et fiers de nous-mêmes que quand nous avons parlé français. Alors que, il est sensé de développer, de pratiquer à l’écrit nos langues nationales par le canal desquelles nos enfants sont mieux à même de développer leur intelligence et leur appréhension du monde sans blocage et en toute harmonie. Avec un peu d’intelligence au lieu même d’utiliser un système alphabétique qui trahit les séquelles de l’influence de l’occident — non que nous rejetions tout ce qui est occidental mais nous devons prendre à chacun occidental ou pas ce qui est bon pour nous — nous pourrions concevoir et adopter un système idéographique à la chinoise au travers duquel tous les Béninois même s’ils parlent des langues différentes peuvent comprendre le même texte. Comme c’est le cas des Japonais, des Coréens et des Chinois qui utilisent tout ou partie du système idéographique chinois.

Dans ses propositions  à la commission de révision de la constitution, entre autres idées pertinentes, le PCB s’est fait l’écho de la nécessité de prendre en charge nos langues et de les hisser de l’abîme du mépris où elles sont laissées à la lumière de la vie et de la liberté pour nos masses populaires…  Mais cette nécessité n’est pas seulement le fait des institutions ou du gouvernement ; elle relève aussi d’une disposition et de la volonté des citoyens pour une prise de conscience radicale de l’état ridicule et déplorable dans lequel nous sommes dans notre rapport à nos langues nationales.

Adenifuja Bolaji

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