Lionel Zinsou et le Malentendu Culturel des Béninois

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Les Béninois semblent si peu cartésiens dans leur jugement sur Lionel Zinsou. Candidat malheureux à l’élection présidentielle, Lionel Zinsou a-t-il sportivement et non moins spontanément reconnu sa défaite et félicité son adversaire ? Tout le monde applaudit. Bien sûr, il ne s’agit pas de huer un tel geste de fairplay, qui est rare sous nos cieux même s’il n’est pas inédit. Dans le même élan de fairplay, Lionel Zinsou a fait acte de présence à la cérémonie d’investiture du Président Patrice Talon, et cela lui vaut l’émerveillement de l’opinion. Ce qui prouve a contrario que cet homme qui a atterri brutalement dans la vie politique béninoise sans autre forme de procès, et n’y a pas investi sueur et passion susceptibles de justifier une hypocondrie de mauvais perdant, a eu raison d’avoir pris le parti de la transparence et de la courtoisie. Au rebours d’une attitude de crispation que rien ne justifierait a priori, son fairplay et sa courtoisie ne peuvent qu’être payants sur le  long terme de son acclimatation politique au Bénin.

Mais tout ce comportement de Lionel Zinsou, aussi étonnant que cela puisse paraître à nos yeux de Béninois, n’est que le reflet de son éthos et de son habitus. En Europe, en France notamment,  la bienséance démocratique veut qu’un candidat perdant reconnaisse sa défaite, et salue la victoire de son adversaire, surtout lorsqu’elle est si franche et sans équivoque.

Tout au long de la campagne électorale qui vient de s’achever, Lionel Zinsou a été cloué à raison au pilori de son identité française. Et voilà qu’en perdant, il se comporte comme le Français moyen se serait comporté dans les mêmes conditions, et on applaudit, et on ne tarit pas d’éloges sur sa grandeur d’esprit, on s’émerveille.

Assurément, si Zinsou n’est pas victime de racisme comme une certaine propagande a voulu le faire croire dans le vain espoir de culpabiliser les Béninois ou de rationaliser le soutien de sa candidature,  il est aux prises à un malentendu culturel, source de légendes ou de perceptions  erronées qui le favorisent ou le pénalisent. Chez lui, la moindre qualité moyenne de Français le fait passer pour un génie, et son moindre défaut de Français le fait passer pour un diable. Ce grand écart dans notre jugement sur sa personne manque de cohérence. On ne peut accuser quelqu’un d’être trop Français pour être le Président des Béninois et l’applaudir lorsqu’il se comporte comme un Français.

Ahandessi Berlioz

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