Publié dans Essai, Histo

Porto-Novo, Lagos, Badagry : Deux Villes et leur Pomme de Discorde Historique

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Au milieu du 19ème siècle, dans cet espace de mixité, confluence ethnique où se côtoient Goun et Yoruba, Badagry est une agglomération à quelques encablures de Porto-Novo et partie intégrante du royaume de Hogbonu.
Mais son essor commercial qui le hissa au premier rang des foyers de la traite négrière sur la côte de Guinée, allait décider de son sort, et le soustraire au giron politique originaire. Cette séparation sera entérinée par les échecs face aux Français, qui le protégeaient, des tentatives anglaises successives d’annexer Porto-Novo à la colonie de Lagos.
Fidèles à une culture de trahison en l’honneur à Hogbonu qui de Tofa à nos jours ne s’est pas démentie et dont nous voyons encore les manifestations ces jours-ci, le 7 juillet 1863 les chefs de Badagry prirent sur eux de conclure un traité avec les Anglais. Par ce traité, ces chefs de Badagry, agissant en leur nom et au nom de leurs subordonnés, cèdent « en toute propriété et souveraineté » à SM la reine de Grande Bretagne le district de Badagry, ses dépendances et ses revenus. Ils agissent de la sorte, aux termes du traité, « afin de garantir la paix et la tranquillité aux personnes bien disposées résidant à Badagry pour assurer une plus grande sécurité à leurs personnes et à leurs biens, et pour enlever tout prétexte aux prétentions du roi de Porto-Novo ou de tout autre qui croirait avoir droit de régner dans le district de Badagry. Ces chefs auront droit à une pension comme aujourd’hui d’autres se font des milliards en vendant des logos. Remarquons aussi l’argument fétiche de la raison de la paix que les gens les plus malintentionnés invoquent à l’appui de leurs choix les plus vils.
Badagry, dérivé de Gbadaglé, à l’instar de l’autre foyer de la traite négrière sur la côte plus à l’est, Gléhoué, était une ferme comme son nom l’indique. Gbadaglé signifiant la ferme de Gbada, soit du nom d’un personnage soit en référence au mot Gba qui veut dire marécage. Badagry était pour Hogbonu ce que Whydah était pour le Danhomè. C’est pour cela que le district était convoité aussi bien par le Danhomè que par les rois d’Eko.
C’est ainsi qu’en tombant dans l’escarcelle des Britanniques cependant que le sort arrimait le royaume de Hogbonu à l’emprise des Français, Badagry se sépara de fait de Porto-Novo, dans un de ces tours ironiques qui abondent dans l’histoire coloniale en Afrique.
Mais tout dans cette ville à quelques jets de pierre de Sème proclame son identité porto-novienne — son nom, sa proximité relative comparée à Lagos dont elle dépend politiquement et administrativement, sa culture, sa langue, le goun dont elle est la deuxième ville à la parler après Porto-Novo.
Adandé Banûso

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