Les Effets Pervers de l’énonciation dans une langue de domination

aka3La question de l’énonciation dans une langue, et à travers une culture de domination pose toujours problème en Afrique, d’un point de vue linguistique. Se pose souvent la question des destinataires explicites et implicites d’une énonciation.

Par exemple dans le passage suivant extrait d’un journal béninois très porté sur ce genre de rhétorique, on peut lire : « Le successeur de l’actuel chef de l’État, Dr Thomas Boni Yayi, au palais de la Marina sera de la commune de Ouidah, cité historique située à quelques kilomètres de Cotonou à l’Ouest du pays. »
Qu’est-ce que cela veut dire qu’un journaliste indépendant dans un journal indépendant d’un pays indépendant apportant ce genre de précision sur une ville de son propre pays ? Voyons un peu, traduisons la situation dans le contexte sociopolitique de la France. On aurait quelque chose comme : « Le successeur de l’actuel chef de l’État, M François Hollande, au palais de l’Élysée sera de la commune de Lyon, cité historique située à 400 km de Paris au sud est du pays. »
Et l’absurdité saute aux yeux. Car pourquoi diable un journaliste français écrivant dans un journal français éprouverait-il  le besoin de décrire, situer et identifier la ville de Lyon à l’attention de ses concitoyens, comme s’ils n’avaient pas reçu leurs leçons de géographie et d’histoire de France de la maternelle au Lycée en passant par le collège ?
Cette absurdité pose la question du destinataire implicite et explicite des énonciations publiques produites dans un contexte de domination symbolique. Situation d’autant plus ridicule que les acteurs n’en sont pas conscients ou ne cherchent nullement à se guérir des absurdités induites par les compulsions inhérentes à leur posture culturelle aliénée

Alfred Badou

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