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Discours sur l’Obscénité Nationale de la Candidat- ure de Lionel Zinsou

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Discours sur l’Obscénité Nationale de la Candidature de Lionel Zinsou

Extrait de l’intervention d’Olivier Dossou, journaliste indépendant issu de la diaspora, dans une émission de Radio FM Liberté.

Pourquoi nous estimons que la candidature de Lionel Zinsou est une candidature problématique et entachée de beaucoup de soupçons ?
Parce que premièrement, Lionel Zinsou manque de légitimité, au sens où il est premier ministre depuis juin grosso modo et à ce jour, il n’a pas de bilan à offrir concrètement aux Béninois. A moins que son bilan ne soit de passer dans les écoles et de distribuer des lampes torches aux élèves et puis aux écoliers. Je pense que vous conviendrez avec moi que ceci ne peut pas constituer véritablement un bilan. Donc, il y a cette question du bilan qui est aujourd’hui inexistant qui fait que nous estimons qu’il n’est pas suffisamment outillé pour diriger le pays ou même pour postuler à la candidature du parti au pouvoir.
La seconde mise en cause de la légitimité de Lionel Zinsou c’est que pour présider un pays, il faut en connaître les us et coutumes, le vécu, il faut connaître ce qu’on appelle l’acceptio societatis, c’est-à-dire un ensemble de valeurs communes qui vous lient et qui vous identifient à ce peuple. Lionel Zinsou a bâti essentiellement toute sa carrière en France et en Occident. Il ne parle aucune langue béninoise, il n’est connu d’aucun Béninois, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, excepté les élites béninoises, et encore certaines élites ! Donc pour toutes ces raisons que je viens de développer, j’estime que ne connaissant pas l’affect profond du pas, les valeurs communes, les langues nationales, les traditions orales et même les traditions culturelles de ce pays, il n’est pas légitime pour présider aux destinées du pays.
Après ces deux points sur lesquels sa légitimité est mise en cause — à savoir d’une part l’absence de bilan et de connaissance de la culture locale — le troisième élément mettant en cause sa légitimité est que Lionel Zinsou ne dispose pas de terroir ; il ne dispose pas de fief. Vous conviendrez avec moi que pour diriger un pays, il faut toujours avoir une base d’où vous partez pour la citadelle du palais présidentielle. Lionel Zinsou n’a pas de base, il est né en France ; Ouidah dont ses parents seraient originaires ou même Savalou, ne constituent pas un fief. Est-ce que Cotonou est son fief ? Je ne sais pas !
Tels sont les trois éléments qui mettent en cause sa légitimité.
Ensuite vient la question de son projet de société. Lionel Zinsou, faut-il le rappeler, est très introduit dans les cénacles et les cercles parisiens ; en ce sens, M. Zinsou n’a pas d’attache avec les milieux politiques béninois, encore moins avec les milieux économiques béninois. Donc il a été certes conseiller de Yayi Boni pendant 10 ans mais c’est une fonction exercée à Paris, et il a résidence en France.
Donc le projet de société qui fait que c’est le second élément après la question de la légitimité qui le disqualifie, c’est la question de la défense de la Françafrique. Lionel Zinsou, à l’instar d’un Jean-Paul Sartre pour qui le communisme était l’horizon indépassable de l’humanité, estime que la Françafrique est l’horizon indépassable de l’Afrique. Et il est devenu le théoricien sinon l’idéologue de ce que j’appelle la Françafrique heureuse. Or la Françafrique en 50 ans voire en 60 ans — puisque c’est un concept qui a été forgé par Houphouët Boigny en 1955 dans une communauté franco-africaine — cette Françafrique a été une tare et c’est l’une des plaies béantes qui véritablement plombent le développement des pays africains francophones. Vous prenez un élément, un marqueur central de cette Françafrique qu’est le franc CFA. Le Franc CFA aujourd’hui — tous les économistes sont formels là-dessus — est un frein au développement de notre économie, de l’économie des pays de la zone franc, et ce pour deux ou trois raisons.
La première raison c’est que le franc CFA favorise la répression monétaire ; c’est-à-dire qu’il y a une rareté du crédit dans la zone CFA que vous n’avez pas dans les autres zones. Quand vous prenez la zone cedi au Ghana à côté du Togo et du Bénin, vous avez un ratio de 80/20, c’est-à-dire que dès que vous déposez 100 cedis 80 cedis repartent dans l’économie et 20 cedis restent à la banque. Alors que c’est tout le contraire qui se produit dans la zone franc. Autrement dit, dès que vous déposez 100 francs, 80 francs restent à la banque et 20 francs vont sous forme de crédit.
Deuxième raison qui fait du CFA un frein au développement de l’économie, c’est que le franc CFA, selon les statuts de la BCEAO, n’a pour seule mission que la défense et la préservation de l’inflation. Nous n’avons justement pas besoin de l’inflation. Le franc CFA doit également, au niveau des statuts de la banque centrale, favoriser la croissance et l’investissement, ce qu’il ne fait pas
Troisième point, la question de la fixité de la parité. Le franc CFA est adossé à l’euro, qui lui-même est l’une des monnaies les plus chères ; conséquence, lorsqu’il y a des ajustements à opérer au niveau de la hausse du dollar, ou même de sa baisse, nous ne pouvons pas les opérer parce que c’est une parité fixe avec le franc français et aujourd’hui l’euro. Donc, pour un certain nombre de raisons, le franc CFA constitue un danger qui menace nos économies. Et Lionel Zinsou, dans un rapport célèbre réalisé avec Hubert Védrine, l’ancien ministre des affaires étrangères français, estime qu’il faut élargir même cette zone aux pays anglophones comme le Nigeria et le Ghana ; or ces pays n’en veulent pas. En 2020, l’Afrique doit pouvoir aller à une zone de monnaie unique au niveau de la CEDEAO. Et justement, l’un des objectifs de Lionel Zinsou c’est de faire capoter ce projet.
Ensuite, quand il estime que nous devons préserver le franc CFA et le consolider, je rappelle au passage qu’il qualifie la Françafrique de mythe alors que la Françafrique est une réalité.
En effet, quand vous voyez ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire en 2010 où on a bombardé tout un palais présidentiel au mépris du droit international, où on a tué des milliers d’Ivoiriens ; quand vous voyez aujourd’hui ce qui se passe dans le nord Mali avec l’opération Serval, Sangaris en Centrafrique, ce qui se passe au Cameroun, et toute la mainmise de Bolloré dans toute la sous-région et toute la côte africaine, qui est aujourd’hui, notamment le golfe de Guinée, dans la main de Bolloré, on ne peut pas — et c’est à la limite une insulte à l’intelligence africaine que de — dire que la Françafrique est un mythe.
Pour toutes ces raisons, nous estimons que Lionel Zinsou est véritablement disqualifié pour présider aux destinées du Bénin. Parce que s’il venait à être élu, M. Zinsou favoriserait les décisions intéressantes pour la France ( sous-entendu au détriment du Bénin).
Une précision pour terminer. Lorsqu’il est devenu premier Ministre en juin passé, Monsieur Zinsou a signé dans le mois d’août une convention de concession avec le groupe Bolloré alors que les avis à la fois du conseil juridique de la présidence de la République, d’un certain nombre d’organisations de la société civile, des experts des chemins de fer et du domaine ferroviaire au Bénin, lui ont dit qu’il n’était pas fondé à signer cet accord avec Bolloré, parce que c’était un accord léonin ; et que ça pénalisera le Bénin en ce sens que le groupe Bolloré proposait de faire des rails vieux avec des écartements qui ne sont plus aujourd’hui aux normes pour 1200 milliards de FCFA, alors que le groupe Pétrolin de notre compatriote Samuel Dossou, qui avait gagné le projet, proposait lui de les faire à 800 milliards de FCFA mais avec des rails aux normes internationales. Monsieur Zinsou est allé à Niamey signer ce contrat. Et il y a deux mois de cela, la cour d’appel de Cotonou a condamné le group Bolloré et l’état béninois à restituer à Monsieur Dossou qui avait gagné ce projet son contrat et à le réhabiliter dans ses droits. Or le chef de l’État et Zinsou ont continué à faire du forcing pour exécuter ce contrat frauduleux. Heureusement que les magistrats béninois et un certain nombre d’acteurs de la société civile –dont ici, je voudrais rendre hommage au parti communiste béninois — se sont mobilisés pour faire échec à cela.
Donc, il n’est pas exclu qu’une fois élu Lionel Zinsou favorise le choix de la France, notamment de Bolloré dans un certain nombre de projets d’infrastructure et de projets maritimes où il viendrait à vendre totalement les quais au niveau du Bénin à Bolloré qui aujourd’hui déjà contrôle le terminal à conteneurs de Cotonou ; et en plus de vouloir contrôler le chemin de fer tout simplement pour acheminer les mines, l’uranium Areva du Niger via la France. Ce n’est pas pour transporter les voyageurs béninois, encore moins les marchandises béninoises.
Donc, nous estimons que pour des questions liées à l’absence de légitimité, l’absence de bilan, la personne controversée de Monsieur Zinsou et surtout un dernier élément : c’est que Lionel Zinsou n’est en réalité que quoi ? M Zinsou est le symptôme d’un mal profond. Zinsou est la conséquence directe d’une quête anxiogène des élites béninoises à recourir à ce que nous appelons l’oiseau rare. Cette culture de l’oiseau rare, c’est quoi ? C’est toujours aller chercher un homme providentiel hors du champ politique, à nos problématiques, à nos problèmes. C’est ainsi que, en 1989-1990, nous sommes allés chercher un administrateur de la banque mondiale, le président Soglo pour en faire d’abord le Premier Ministre de transition, ensuite le chef de l’État. Je rappelle que dans les autres pays ( de l’Afrique francophone) la pratique couramment admise, c’est que vous venez à la tête du pays dans une formation politique, un militantisme avéré, et pour un combat politique. Vous avez Alpha Condé qui préside aux destinées de la Guinée, et qui a été longtemps opposant à Lansana Conté ; il a fait la prison, il dirige le Rassemblement du Peuple de Guinée RPG. Vous avez Macky Sall, il est à la tête de l’APR au Sénégal après avoir été membre du parti Démocratique Sénégalais (PDS). Vous avez Mamadou Issoufou, qui est membre du PNDS, Parti Nigérien du Développement Social ; il a plus de 30 ans de militantisme, ancien dans la FEANF. Vous avez Ibrahim Boubacar Keita, qui a été également un ancien de l’ADEMA, l’Alliance pour le Développement du Mali.
Mais la singularité béninoise dont Zinsou est un des symptômes ou conséquences c’est que nous estimons que militer dans un parti politique, se battre pour faire avancer ses idées, apprendre la gestion en interne, ça ne vaut rien ; il faut toujours recourir à l’homme providentiel hors du champ politique. On va prendre des technocrates ; donc Soglo ; mais ça a également été Kérékou. Rappelons-nous qu’en 1996, Kérékou ne militait dans aucune formation politique. Il est venu à la tête d’un aréopage de partis politiques qui l’on porté. En 2006, nous sommes allés chercher un administrateur de banque, un banquier à Lomé qui ne connaissait rien aux réalités politiques béninoises ; même s’il venait de temps en temps, il n’a jamais milité dans un parti politique, il n’a jamais véritablement eu une culture de militant. Il est venu à la tête du pays avec une coalition qui l’a porté. Évidemment, une fois à la tête du pays, on a observé la dégringolade et la déliquescence totale à tous les niveaux, notamment en matière de gouvernance politique.
Et ensuite vous avez aujourd’hui Lionel Zinsou, qui n’est que la conséquence de tous ces errements qui vont très loin, c’est-à-dire quelqu’un qui n’a jamais milité dans un parti politique béninois, qui est un ouvrier de la 25ème heure et qu’on va chercher pour présider aux destinées du Bénin, parce qu’il serait bien vu par les bailleurs de fonds internationaux, etc., etc. Mais Monsieur Zinsou n’a pas de culture politique, il n’a pas de culture de gestion d’un parti politique, il n’a pas de militantisme derrière lui. Il n’a pas blanchi sous le harnais des marches et de la prison pour des idéaux, des convictions qu’il a eu à défendre. Donc autrement dit, c’est un technocrate. Or la technocratie a montré ses limites. L’État n’est pas une entreprise privée ; l’État est bien plus que cela ; l’État c’est ce qui nous englobe tous, et l’État c’est avant tout la primauté de l’intérêt général sur les intérêts particuliers. C’est un autre discours, c’est-à-dire autre que la logique d’accumulation qui est celle de l’entreprise. L’État c’est à la fois la logique du partage, et la logique de la solidarité. Or les technocrates sont axés sur le profit, la rentabilité financière à court terme, et puis ils tiennent un discours de type managérial. Nos pays n’ont pas besoin de ça..
Donc pour toutes ces raisons, j’estime que la candidature de Lionel Zinsou porte en elle les causes des futurs dramatiques que notre pays connaîtra s’il venait à être élu. Dès lors, tous les démocrates doivent se mobiliser comme un seul homme pour empêcher Lionel Zinsou d’être élu au soir du 6 avril 2016.
Olivier Dossou, journaliste indépendant

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