
Chefs de Partis, notamment du Sud. Rois et autres têtes couronnées. Personnalités relais tribaux ou ethniques plus ou moins autoproclamées
Nous voilà face à une curiosité toute béninoise. À moins d’un mois et demi des élections présidentielles, à moins d’une dizaine de jours de la clôture du dépôt des candidatures, rien de clair ne se dégage du côté de l’opposition établie quant à la personnalité qui la représenterait.
Cette anomalie qui confine à l’absurdité prouve qu’il y a anguille sous roche. Elle prouve que rien n’a changé dans les mœurs électorales du Bénin. Elle prouve que celui pour qui on va voter compte moins que le donneur d’ordre. Le peuple et le ballet électoral vont encore servir de prétexte à la mascarade.
En cette saison, comme au début de la colonisation, zojagué. Un étranger politique, un Français — Ô sinistre mémoire d’oppression et de domination — est au large. Il a pour mission de reprendre notre pays, de le redonner à celui qui estime l’avoir créé de toutes pièces afin qu’il ne tombe pas aux mains des nouvelles puissances émergentes comme la Chine.
La Françafrique qui est aux commandes est prête à injecter de l’argent dans l’opération de reprise, beaucoup d’argent !
Et alléchés, vous qui êtes censés protéger nos peuples et leur dignité, vous vous bousculez au portillon avec vos coquilles vides que vous appelez partis !
Tel se disant représentant des Fon ou de l’Atlantique ; tel représentant des Goun ou de l’Ouémé ; tel est l’homme du Mono/Couffo ; tel est l’homme du Plateau des Nago.
La raison pour laquelle vous avancez ainsi avec des coquilles vides, c’est que vous savez que les élections ne sont qu’une mascarade, un théâtre abject ; que les peuples analphabètes subissent une influence indue, que leur volonté ne compte pas, que l’on peut abuser facilement de leur crédulité pour quelques sous sans lendemain. Vous savez qu’en ce qui concerne les élections proprement dites, tout se décide en dehors du peuple, autoritairement par la CENA, la Cour Constitutionnelle et l’Armée. La CENA pour proclamer des résultats impudemment fantaisistes. La Cour pour leur donner son onction scélérate, et l’Armée pour mater le peuple des insoumis.
Je vous écris pour vous conjurer de vous abstenir de cette sinistre entreprise, car elle ruine notre dignité, apporte la misère matérielle et morale, et hypothèque le destin collectif. Réfléchissez un peu : pourquoi un inconnu politique comme Zinsou qui ne parle aucune langue du peuple en dehors de s’affubler ridiculement dans ses atours, un type que personne n’ a jamais vu dans le paysage politique, comment un type pareil peut venir prétendre présider aux destinées du pays, et être si sûr de son coup, si les choses n’étaient pas décidées et ficelées à l’avance, si l’élection dépendait de la claire volonté du peuple électeur pour autant qu’un tel concept ait encore un sens au Bénin ?
Pour quelques promesses de postes et sinécures, quelques milliards que vous allez empocher et dont le villageois moyen le plus chanceux n’aura que 500 FF à peine, vous allez égoïstement compromettre l’avenir de tout un peuple pour des siècles encore à venir ! Vous allez compromettre son honneur, sa dignité et son espérance dans le concert des nations ! Avez-vous une âme et la force d’aimer vous-mêmes et vos semblables ? Si oui, pourquoi mettez-vous à prix l’avenir de notre nation pour de l’argent, des postes et des honneurs sans lendemain qui ne sont que des déshonneurs pour l’éternité ?
Laissez-moi vous dire ceci : Un Fon n’est pas propriétaire des voix fon ! Un Goun n’est pas propriétaire des voix goun ! Un Yoruba ou Nago n’est pas propriétaire des voix yoruba ou nago. Un Aja n’est pas propriétaire des voix aja ! Un Mahi n’est pas propriétaire des voix mahi ! Un Aïzo n’est pas propriétaire des voix aïzo !
Celui qui a vendu les voix de sa communauté et qui n’est pas fichu de partager le butin en parts égales avec tous les membres de cette communauté dont il prétend se réclamer, Fon, Goun, Yoruba, Aja, etc. est tout simplement un trafiquant véreux, un voleur, un lâche, un détrousseur et un faux-monnayeur communautaires.
Alors pourquoi passez-vous au guichet de la traitrise en leur nom ? Vous n‘avez pas le droit moral ou politique d’hypothéquer l’avenir des communautés auxquelles vous appartenez. Vous devez cesser avec cette mentalité qui a gouverné la traite des esclaves pendant des siècles. Jadis on vendait le peuple, maintenant vous vendez ses voix sans vergogne ni états d’âme !
A ceux qui, pour se faire bonne conscience, prétendent qu’avec un yovo, le Bénin sera international, nous disons qu’avant d’être international il faut être national, et c’est là où le bât blesse le Bénin ! Avant d’être national, il faut être régional, et c’est là où le bât blesse le Sud du Bénin ! Or c’est le refus de s’assumer qui caractérise les Béninois du Sud, et qui s’apparente à la haine de soi.
Il y a des manières plus conformes à la dignité d’aller à la quête de l’international. Et la quête de l’international qui hypothèque le national est un renoncement national, une paresse nationale, et à terme un suicide national. Le proverbe fon ne dit-il pas : « po é ɖo minsi ɔ éwè yé non do whu dan nan » ? En clair c’est avec le bâton dont on dispose qu’on tue le serpent. Qu’est-ce que Éric Houndété ( ou un autre) vous a fait — tous autant que vous êtes, chefs de partis et leaders d’opinion du Sud — pour que vous ne vous rassembliez autour de lui pour en faire le porte drapeau d’une alternance méritée, nécessaire et légitime ? Parce qu’il vous ressemble trop ? Il n’est pas suffisamment nordique, pas suffisament étranger ? Il n’a pas beaucoup de milliards ? Il représente le risque d’une alternance indésirable ?
Oui, ce qui est en jeu c’est bien l’alternance. Monsieur Yayi Boni a gouverné dix ans. Il n’a pas répondu aux attentes des Béninois. Son régime calamiteux a déçu et frustré le peuple. La faim, la pauvreté, les pannes électriques et d’eau sont à tous les étages. La corruption et les scandales ont pris des proportions monstrueuses, avec leur tutrice sacrée l’impunité. Dans ces conditions, la raison commande de changer démocratiquement de régime. Aux États-Unis, en France ou au Nigeria, qui dirait le contraire ? Obama et le Parti Démocrate ont bien remplacé les Républicains et Bush aux États-Unis. François Hollande et le Parti socialiste ont bien remplacé Sarkozy et l’UMP en France ! Buhari et l’ACP ont bien remplacé Jonathan et le PDP au Nigeria. Alors pourquoi au Bénin veut-on tromper les gens ? Pourquoi veut-on faire régner un flou sur la nécessité de l’alternance ? Pourquoi la FCBE qui a failli veut-elle rester au pouvoir en sortant du chapeau un étranger politique soutenu par les milieux néocolonialistes français ? Pourquoi dans le but de persévérer dans son être calamiteux un régime va-t-il prendre le risque d’hypothéquer l’avenir de tout un peuple ? Et pourquoi vous autres soi-disant partis établis suivez-vous cette voix de l’indignité ? On vous a maudits ? Vous êtes fous ou drogués ?
Quelle est cette idée parfaitement farfelue, anti-quartier-latin, consistant à remettre en selle un parti de l’échec sous prétexte qu’il a dégotté un bon cheval venu de l’étranger, un pur sang qui nous ferait gagner la course ? Ce même Zinsou qui a été conseiller de Yayi pendant les dix dernières années, pourquoi ne l’a-t-il pas aidé à redresser le pays et c’est seulement maintenant qu’il veut le faire ?
Laissez-moi rire, ou plus exactement ne me faites pas pleurer. Et pour cela, la seule chose que je vous demande, à vous Chefs de Partis, notamment du Sud. Rois et autres têtes couronnées. Personnalités relais tribaux ou ethniques plus ou moins autoproclamées, au nom de notre dignité, et au regard de l’histoire, mettez fin à vos trafics, soyez du côté de la justice, de la vérité, de la transparence et de la probité. Ne vendez pas l’avenir de tout un peuple avec vos coquilles vides que vous appelez partis. Sinon l’histoire vous jugera, et le peuple lui donnera vos noms.
Dr Émile Zolaciaji
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Ce n’est pas la première fois qu’un fonctionnaire international ou un béninois de la diaspora est candidat aux élections présidentielles. C’est du déjà vu mon Docteur. Lionel Zinsou ne remplit-il pas tous les critères pour être candidat au Bénin. N’est-il pas présidentiable? C’est là le véritable. Le candidat doit -il parler toutes les langues du pays? En 2016, les béninois fait des pieds et mains pour écarter l’actuel président au seul motif qu’il n’a pas séjourné pendant au moins 10 ans au pays. Mon cher Docteur, le problème est ailleurs.
Le problème est simple, et il faut le répéter puisque les partisans de Zinsou, reviennent toujours sur le même raisonnement de surface, qui relève au mieux du sophisme, mais surement du cynisme.
Primo, en tant que pays Africain indépendant de la France, le Bénin aurait pu supprimer l’usage du français, et imposer les 6 principales langues du pays comme langues officielles partielles, comme cela se fait en Suisse. Dans ce cas, que ferait l’illettré Français Zinsou qui ne sait ni lire ni parler aucune de nos langues nationale ? Mais hormis cette hypothèse, dans l’état actuel des choses, ce type veut avoir le vote des Béninois, dont au moins 80% ne parlent pas le français : il s’adressera à eux comment ? Donc Zinsou spécule sur l’aliénation qui caractérise notre condition. Parler la langue ou l’une des langues du pays dont on veut être président est une condition sine qua non qui n’a rien de romantique. La langue étant le précipité symbolique de la culture. Elle montre que son locuteur est introduit dans la culture, y a sa part. La culture française et la culture béninoise, en dépit de la violence coloniale et peut-être à cause d’elle sont deux réalités humaines hétérogènes. Et il est bon qu’il en soit ainsi.
Ça c’est pour le premier point de l’argumentaire, c’est à dire cette façon faussement naïve que vous avez de considérer qu’on peut venir de n’importe où et dire qu’on sera président parce qu’on aurait la nationalité. A raisonner comme cela, Brice Hortefeux, qui a aussi la nationalité béninoise, peut aussi bien devenir président du Bénin. J’espère que dans votre logique vous accepteriez cette éventualité !
Le second point est que la politique est un métier, une vocation, une pratique. Elle a un corps, le corps des hommes politiques d’une nation. Ceux qui veulent la faire s’y initient, et prennent de la graine au fur et à mesure de leur expérience. Il y a des étapes à franchir, des parcours à suivre pour avoir un curriculum d’homme politique dans une nation. En général, selon l’expérience des vieilles démocraties, on ne peut pas être bombardé 1er Ministre d’un pays sans appartenir au parti au pouvoir, sans y avoir fait ses classes, sans avoir fait la politique dans le pays, sans y avoir détenu un mandat électif, un poste de Ministre préparatoire, etc. Or ajouté à son premier vice, d’une manière autoritaire, venu d’on ne sait où, un Français qui a été chef de cabinet d’un Ministre Français est bombardé Premier Ministre chez nous. Cela manque de respect pour les citoyens du pays, et aussi cela montre que venir de France où être recommandé par elle efface toutes la bienséance et les règles qui régissent la vie commune dans une nation. Cela montre que nous en sommes à un point où les désidérata du système français ou françafrique s’imposent à nous sans discussion. Comme Béhanzin qui demandait aux Français qui l’importunaient « combien de villages français je suis venu casser » ? on peut aussi demander, combien de Ministres, sans parler de Premiers Ministres Bénino-français le Bénin a-t-il jamais fourgués au gouvernement français ? Les gens acceptent à peine nos immigrés, qu’ils passent le plus clair de leur temps à mépriser et à harceler, vous imaginez bien ce qu’ils feraient de nos propositions de Ministre !
Enfin, cette conception libérale que vous semblez défendre de l’identité et de la possibilité de l’exercice d’un rôle politique de premier plan dans une nation ne tombe nullement sous le sens, à moins que vous ne vous amusiez à vous cacher derrière votre petit doigt. En effet pour exemple, pensez-vous qu’un Franco-Canadien inconnu au Parti Socialiste ou dans la Droite Française ; qui est né a grandi et a fait toute sa carrière au Canada, est susceptible de devenir Premier Ministre en France du jour au lendemain ? Sans même parler d’être Président de la République. Vous savez que pour être président ou Premier Ministre d’une majorité, il faut y a voir fait ses classes, y être connu,
Alors pourquoi défendez-vous cette absurdité en ce qui concerne le Bénin ? N’avez-vous pas une âme et la Force d’aimer votre pays ? Les mots dignité, intimité et raison n’existent pas dans votre Dictionnaire ? Halte au paternalisme en politique en Afrique. Les peuples doivent voter pour leurs dirigeants en toutes connaissance de cause. Les peuples du Bénin ne connaissent pas Zinsou, qui pour eux est un étranger politique ; et le fait qu’il s’appelle Zinsou n’y change absolument rien ! Car ce n’est qu’une escroquerie sur patronyme… Un Franco-britannique, parfaitement inconnu dans le landerneau politique français, qui ne parle un traitre mot de la langue de Molière peut-il venir et dire qu’il sera Premier Ministre en France ? Unbilievable !