État-Théâtre, État-Voyou : Deux Aspects de l’Autocratie de Yayi Boni

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Bien qu’étant une notion géopolitique d’essence internationale, le qualificatif d’État voyou sied comme un gant au régime de Yayi Boni, dès lors qu’on considère son comportement et ses actions intérieurs d’un double point de vue éthique et politique. Ainsi définie, cette voyoucratie intérieure, souvent masquée par une hypercorrection diplomatique ( Exemple : le Bénin a supprimé la peine de Mort) et une soumission/servilité aux tenants du monde, se caractérise aussi bien par la gestion patrimoniale des biens de l’État, — la corruption, les scandales à répétition, le népotisme et le régionalisme décomplexés — que par une autocratique instrumentalisation des institutions de la République. Cet autocratisme abuse des formes pour imposer partout et tout le temps la volonté léonine du chef de l’État, au mépris de la justice et de l’équité politique.
Les fraudes passées, présentes et à venir, dont le holdup électoral scandaleux de mars 2011 a été un grand moment de violence symbolique, s’inscrivent dans le cadre de cet abus des formes sur fond de la volonté de puissance d’un seul homme. Ce moment et l’impunité qui le caractérise seront sans aucun doute déterminants dans la transparence des prochaines élections dont l’enjeu pour ce régime scélérat est la persévérance dans son être, la traduction en acte du slogan pervers « Après nous c’est nous ! ».
L’instrumentalisation des institutions de la République considérée comme une banalité, s’administre à tous les niveau de la vie politique et recoupe les mille et un actes du pouvoir et de ses affidés. Mais au niveau direct du chef de l’État, cette instrumentalisation devient décisive avec son influence sur et sa manipulation des institutions clés de la République et de son fonctionnement prétendument démocratique que sont : l’Assemblée Nationale, la CENA et la Cour Constitutionnelle. Si les dernières élections législatives ont par leur résultats soustrait l’Assemblée Nationale à l’influence immédiate de M. Yayi, les deux autres institutions — la CENA, et la Cour Constitutionnelle — dont les présidents ont été désignés par lui, restent entièrement sous sa coupe. Par leur intermédiaire, sans états d’âme, Yayi Boni se conduit en chef d’un état intérieurement voyou. On a vu comment la CENA pour conforter l’opacité vicieuse de son fonctionnement partisan, n’a pas hésité à destituer un de ses membres, Freddy Houngbédji, de la présidence de la commission du budget. Cette décision inique a été aussitôt couverte par la Cour Constitutionnelle avec une déconcertante alacrité.
La mainmise sur la Cour Constitutionnelle est le moyen le plus radical de diriger un État comme le nôtre de façon autocratique, en menant la conscience civique en bateau, ou en la tournant en bourrique sur le théâtre des formes démocratiques. Avec Yayi Boni, plus la gouvernance est autocratique, plus les formes démocratiques sont affichées On fait des élections pour les truquer ; on consulte la Cour Constitutionnelle pour lui faire dire une décision prise à l’avance et, en dépit de l’iniquité ou de l’absurdité de celle-ci, la Cour, à coup de sophisme juridique, parvient toujours à donner raison au pouvoir. Ainsi sur 100 décisions hautement politiques prises par la Cour Constitutionnelle sous Yayi, toutes ont été en faveur de son régime et ont fait sa volonté dans les moindres détails. Que gagnent ces présidents de la Cour à brader leur honneur intellectuel et leur probité à mépriser à ce point la justice, la vérité et le Droit ? On peine à penser que leur récompense s’épuise dans les seules promesses de nomination présentes ou futures pour eux-mêmes ou leurs proches. Avec Yayi Boni le banquier, l’argent — des caisses de l’État où on puise sans gêne ni contrôle — entre aussi en jeu. Avant d’être des lieux d’où on peut dire la conformité au Droit ou organiser de justes élections, les Présidences de la CENA ou de la Cour Constitutionnelle sont perçues ou vécues par ceux qui y sont nommés comme des postes juteux où ils peuvent se faire facilement des milliards, rêve de transfiguration financière d’une vie ! Une fois ce contrat en or signé avec le banquier Yayi, on se plie pieds et poings liés à ses volontés. C’est ainsi que la CENA est devenue le lieu stratégique d’organisation des fraudes électorales en faveur d’un faux Président et au détriment d’un candidat méritoire. La Cour Constitutionnelle quant à elle est devenue l’arme absolue de la neutralisation des opposants, le véhicule intelligent de l’actualisation malicieuse des desseins politiques les plus sordides de M. Yayi.
Plus près de nous dans le temps, en fait foi la rapidité phénoménale avec laquelle la Cour, dans l’Affaire Dangnivo, a ordonné la reprise du procès sans anticiper le moins du monde des réserves préjudicielles quand à la forme. La raison de cette alacrité est que Yayi Boni veut en avoir fini avant une certaine date avec ce procès dont l’avocat de la partie civile, Me Joseph Jogbénu affirme qu’il est celui d’un crime d’État. Dans ces conditions, voulant se débarrasser de ce boulet embarrassant avant la fin de son mandat, Yayi Boni a besoin d’un procès éclair mené au pas de charge où une bonne fois pour toute les coupables désignés sont jugés en tant que tels, au mépris de la vérité dont tout le monde, même les imbéciles, savent ce qu’il en est.
Car — et c’est là l’une des caractéristiques éthiques de la voyoucratie d’État de Monsieur Yayi, — en toute chose, la vérité de fond importe peu, il n’y a que l’apparence construite sur le modèle des sociétés secrètes, qui comme chacun sait ont partie liée avec le théâtre. Chercher celui qui a vraiment gagné les élections de mars 2011 n’a pas de sens, mais en rester à celui qui en en trafiquant les données et la forme s’est proclamé Président, voilà qui est la vérité selon Yayi Boni. Dans l’Affaire du Juge Coovi, vouloir parler des réels mobiles du crime et de ses commanditaires est une hérésie, mais en rester à l’oligophrène exécutant, comme l’a fait la justice en condamnant celui-ci sans aller au-delà, voilà qui suffit à la vérité. Conception criminelle, cynique et Ô combien irresponsable de la vérité !
La voyoucratie d’État intérieure instaurée par Yayi entraîne la soumission et la servilité des agents dont malheureusement la probité et l’indépendance d’esprit sont vitales pour l’équité démocratique, et le bon fonctionnement de nos institutions. Elle entraîne aussi un sentiment de puissance et de mépris intellectuel de la conscience citoyenne. Elle amène le pouvoir et ses sous-fifres à considérer leurs interlocuteurs institutionnels comme des imbéciles poreux aux mille et une figures de leurs manipulations.
Ainsi, la Cour constitutionnelle pince sans rire est capable par sa rhétorique infalsifiable de prouver la même chose et son contraire. Le feuilleton des 40 ans révolus pour être candidat à l’élection présidentielle en donne un exemple aussi récent qu’édifiant. Avant l’intervention de Patrice Talon dans la course présidentielle, et même dans les premières semaines qui l’ont suivie, à son échec à l’élection au poste du Président de l’Assemblée Nationale, Yayi Boni misait sur le jeune Komi Koutché pour être son poulain à l’élection présidentielle. Pourquoi tenait-il tant à lui dans ce rôle ? Parce que sans doute ce jeune Ministre qui est tout avec lui et rien sans lui serait plus facile à tenir en laisse qu’un autre le moment venu. Peut-être aussi en personne férue des apparences, et grand manipulateur des identités, Yayi Boni croyait-il à la force inductrice des images et des slogans mettant en avant le jeune âge de son poulain, et susceptible d’exercer une fascination dévastatrice sur la jeunesse, par identification. C’est pour cette raison que, croyant en l’étoile de son jeune poulain, Yayi Boni a voulu dans un premier temps le faire passer par l’étape propédeutique du perchoir afin de donner du poids à sa jeunesse. Mais l’initiative échoua dans la fameuse guerre des deux télécommandes. Mais, esprit rigide et rebelle à l’échec, Yayi Boni n’abdiqua pas pour autant son rêve de propulser Komi Koutché au sommet de l’ État pour en faire son cheval de Troie après 2016. Or l’intéressé ne réunit pas la condition d’âge impartie par la Constitution. Qu’à cela ne tienne ! On n’est pas autocrate pour rien. Mettant en jeu le contrat de servilité qui le lie à Holo, Yayi Boni suscite l’extravaguante décision consacrant l’égalité « 39,1 = 40 », et qui donne n+1 ans à tout citoyen béninois dès lors qu’il n’en a en réalité que n,1.
Extravagance arithmétique que la Cour constitutionnelle et son président n’ont pas eu froid aux yeux de pondre à la face du monde ! Cette aberration correspondait à la première lancée de M. Yayi dans le choix du candidat FCBE à l’élection présidentielle. Mais au fur et à mesure que la donne s’est mise à changer, avec une candidature de Talon plus que jamais sérieuse et étayée sur des bases politiques solides et menaçantes, Yayi Boni est obligé de changer son fusil d’épaule. Acquis à l’idée d’un tout sauf Talon élevé au rang inégalé de bête noire, le chef de l’État, dos au mur, fut obligé de donner droit au plan B. C’est-à-dire la candidature de Lionel Zinsou — celui dont les thuriféraires disent qu’il connaît les grands de ce monde mais qui n’est même pas fichu d’être sous-secrétaire adjoint dans son propre pays, la France. Après toutes les mises en scène manipulatrices et pseudo-polémiques que le choix de Zinsou a suscitées, Yayi Boni y ayant jeté son dévolu — monnaie d’échange de ses fantasmes de trouver un petit job français après son débarquement constitutionnel de 2016 — comme étant la seule susceptible de battre Talon, ou dans le cas plus probable d’un holdup électoral, de le justifier, l’autocrate régionaliste, la mort dans l’âme, a fini par faire une croix sur son jeune poulain Komi Koutché. Notons au passage que le choix de Zinsou à la place de Komi Koutché vise aussi et surtout à diviser ethniquement le sud autant que faire se peut pour augmenter les chances du candidat de son parti, la FCBE, qui reste objectivement un parti du Nord.
C’est alors que saisissant l’occasion de cette nouvelle évolution, et de façon collatéralement prémonitoire, Monsieur Holo, qui est entré en mode reptilien depuis plusieurs mois, a pu venir récemment devant l’Assemblée pour jouer les bons samaritains en affirmant que le principe des 40 ans révolus restait bel et bien en vigueur. Là aussi, Monsieur Holo joue les hommes de principe, alors que dans le fond, il avait déjà entamé une procédure en violation d’un principe inscrite dans la constitution, et dont la conclusion ne dépendait que du bon vouloir de Monsieur Yayi, son donneur d’ordre.
Bel exemple des agissements de la voyoucratie intérieure de l’État, qui fait des institutions de la République, et notamment de leurs premiers responsables des pantins et des ludions asservis au pouvoir et obéissant au doigt et à l’œil à un autocrate, ennemi résolu de la Démocratie
Adenifuja Bolaji

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