Premier Échange Épistolaire Obasanjo /Jonathan : l’Histoire à Fleurets Mouchetés

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Un échange épistolaire entre les deux anciens présidents élus du Nigéria, Obasanjo et Jonathan a été rendu public dans la presse nigériane. L’échange donne à réfléchir et trahit une lutte de posture historique notamment de l’ancien président Obasanjo, dont Wole Soyinka a dit récemment qu’il était un grand enfant des circonstances.
La lettre de Jonathan se voulait pourtant courtoise.
« … Je consacrerai le reste de ma vie et de mon énergie à faire du monde un meilleur endroit, écrit en substance Jonathan le 22 septembre. Je suis en train de finaliser les efforts visant à mettre en place la Fondation Jonathan Goodluck,.
(…) Plus de détails sur le travail de la fondation seront disponibles au lancement, qui je crois doit avoir lieu vers le 3e trimestre de 2016. Au début de cette phase de ma vie au service renouvelé de l’humanité, je me réjouis de vos soutiens, conseils et coopérations continus » disait Jonathan dans sa lettre à Obasanjo.
En somme une lettre d’information et de courtoisie, tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Certes, on peut regretter au passage que la lettre n’ait point fait allusion à l’espoir de réconciliation entre les deux hommes dont les relations s’étaient détériorées dramatiquement sur la question de la candidature de Jonathan aux dernières élections présidentielles. En tout état de cause le parallélisme des formes et de la courtoisie recommandait de la part du Président Obasanjo une réponse tout aussi courtoise et sans relief particulier. Mais à lire entre les lignes, Monsieur Obasanjo n’a pas laissé passer l’occasion de jouer les donneurs de leçons morales, coups de griffes suintant d’une rancœur à peine voilée.
«Je vous félicite pour votre Fondation, la Goodluck Jonathan Fondation, pour la foi que vous continuez à avoir au Nigeria, écrit Obasanjo en réponse. Peut-être chercher comment être meilleur et plus utile à la nation et à l’humanité est aussi une forme de pénitence et d’introspection pour donner à la conscience un soulagement et montrer des remords.
Comme on le voit, aussi brève que soit sa réponse, Obasanjo n’y va pas par le dos de la cuiller morale. Par certains côtés en ne passant pas sous silence absolu la réalité de ses sentiments et de leur rapports, Obasanjo fait acte de sincérité. Mais derrière cette sincérité se cache peut-être une posture devant l’histoire.
En effet, Obasanjo est obsédé par l’histoire et par ce qu’elle retiendra de lui. En dehors de son rôle politique de chef d’Etat militaire d’avant la période démocratique datant de 1999, Obasanjo a eu l’occasion d’être élu deux fois Président du Nigéria. Ensuite il a organisé sa succession en la personne de M. Yar’adua dont la présidence s’est terminée en queue de poisson. A cet égard, les mauvaises langues disent que M. Obasanjo aurait choisi un successeur moribond afin que les circonstances le réinvitent dans le jeu politique au sommet de l’État. Quoi qu’il en soit, à la fin de son deuxième mandat, et en dépit de ses dénégations rétrospectives, des preuves existent que M. Obasanjo a tenté de se maintenir par manipulation de la constitution. Tentative qui a échoué au Sénat. Par ailleurs sur tout un ensemble de points touchant aux problèmes chroniques de la société nigériane — le courant électrique, la corruption, le chômage, la violence et la sécurité, si le Nigeria n’est pas cassé en tant qu’entité, on ne peut pas dire non plus que l’action d’Obasanjo ait brillé par une originalité historique et exemplaire. Malgré toutes ces tares, Obasanjo ne se prend pas pour quantité négligeable, et se donne rendez-vous devant l’histoire. Il a construit au frais de l’Etat, une très grande bibliothèque à Abeokuta, appelée Olusegun Obasanjo Presidential Library ; il a écrit ses mémoires, My Watch, qui donne sa vision de l’histoire et des acteurs politiques sur plusieurs décennies de sa vie publique. Mais quand on regarde bien — et c’est sans doute la crainte d’Obasanjo — et quoi qu’il ait fait ou prétendu faire, aucun des ses actes politiques ne risque d’être égalable au fair-play avec lequel Jonathan ayant organisé et perdu l’élection présidentielle d’avril 2015, a transféré le pouvoir à son adversaire de l’opposition, en épargnant au pays le plus grand d’Afrique une guerre civile suicidaire. Ce fairplay est entré dans les annales de l’histoire du Nigeria et de l’Afrique. Et c’est cela qui quelque part chiffonne Obasanjo, d’où les accents de donneurs de leçons de cette petite missive qui a priori de la part de son initiateur, n’avait d’autre valeur que de simple courtoisie.
Alan Basilegpo

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