Quatre Présidentiables Béninois Invités au Paradis

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Comme chacun sait, Dieu aime le Bénin. En 2006, il a envoyé un Messie pour le sauver. Comme les élections de 2016 approchent à grands pas, Dieu n’a pas voulu rester indifférent à la montée d’inquiétude qui s’exprime dans le cœur des Béninois, sur la qualité et la quantité des futurs candidats à la présidentielle. Aussi, par l’intermédiaire de l’ange Gabriel, il a convoqué d’urgence au Paradis, quatre présidentiables, sur les quarante déjà déclarés. Il s’agit d’une présence ponctuelle d’un quart d’heure qui n’attente en rien à leur vie, puisqu’elle est prélevée sur leur temps de sommeil. Le but de la rencontre est de questionner ces hommes sur la dimension éthique de leur choix. L’amoralisme cynique du microcosme politique Béninois n’a pas manqué de choquer le créateur. Bien qu’il laisse les hommes maîtres de leur libre arbitre, par amour pour le Bénin, il espérait en les écoutant leur faire prendre conscience de leurs manquements.
Assis sur le trône central du grand auditorium du Paradis, entouré de tous les Saints dont certains comme Mgr De Souza, et le Cardinal Bernardin Gantin, étaient à l’origine de la requête divine, Dieu présida la séance. Voici comment l’un après l’autre les quatre présidentiables prirent la parole devant l’auditoire sous l’œil attentif de Dieu

Moi, Pascal Irénée Koupaki alias PIK,

J’ai été premier Ministre de Yayi pendant 7 ans. Yayi est mauvais, voire criminel mais je vais me présenter aux élections de 2016 pour prendre sa place. Au-delà de la fin constitutionnelle de sa durée de vie présidentielle, je n’entends en aucune manière prendre ma part de responsabilité dans son échec. Aucun principe de solidarité ne vaut ici. L’idée est que le peuple ne doit pas penser ce genre de choses morale. Le peuple n’a pas de mémoire à faire valoir ; comme un animal qui vit dans l’instant et selon son instinct, tout ce qu’on lui demande c’est de vivre dans le présent et de faire table rase du passé.

Moi, Abdoulaye Bio Tchané dit ABT

Personne n’a jamais su si je suis de l’opposition ou de la majorité présidentielle. Je n’ai jamais ouvert la bouche pour critiquer ouvertement Yayi Boni et son régime, pour leur dire ainsi qu’au peuple que rien ne va dans le pays, et que la politique menée est calamiteuse. Depuis dix ans, j’ai fait montre d’une prudence de Sioux. Mon attitude sert directement mon obsession de devenir président du Bénin, et ainsi de continuer à faire vivre le flambeau du Président Nordiste qui ne doit jamais s’éteindre. En ne disant rien des méfaits de Yayi Boni, je compte sur lui le moment venu pour me renvoyer l’ascenseur régionaliste lors des élections présidentielles en me soutenant avec la machine de son parti, à défaut de me faire son dauphin

Moi, Patrice Talon

Je veux devenir Président parce que Yayi est mauvais. Je veux lui montrer non seulement qu’il n’a pas le monopole de la présidence, mais qu’en la matière je suis capable de faire bien mieux et plus intelligent que lui. Quand je serai président, il va sans dire que l’exil va changer de camp. Oui, je sais que Yayi est mauvais et j’ai été parmi les personnes de poids qui ont soutenu, et dans mon cas financièrement, son accession à la présidence du Bénin ; je fais partie des très rares personnes qui peuvent dire sans risque aucun d’être démenties : « Yayi, c’est moi qui l’ai fait ». Et c’est aussi pour cela qu’il s’est tourné contre moi avec hargne car comme vous le savez, l’homme est toujours pressé de se venger du bien qu’on lui a fait. Mais bien que j’aie fait Yayi par mon argent, qu’on ne me parle pas de prendre mes responsabilités du mal dont Yayi Boni est le nom. Qu’on ne me dise pas de battre ma coulpe, car j’ai envie de donner le meilleur de moi-même et les considérations morales n’ont pas leur place dans la pensée du peuple. La mémoire, les principes moraux, ce n’est pas ce qui préoccupe le peuple. Après la période de fascination du banquier fonctionnaire international, place à l’entrée en scène du milliardaire, c’est ce que veut le peuple, c’est ce qui le fait rêver pour le moment. Dans cette attente nul ne se rendra compte que mon accession au pouvoir en 2016 sera calqué sur le même modèle que celle de Yayi Boni en 2006 ; qu’en somme, en dépit de la nature calamiteuse du régime de Yayi Boni dont j’ai longtemps fait partie des suppôts, on peut accéder au pouvoir en usant des mêmes recettes et moyens que lui. Ce qui plaît au peuple c’est le rêve de la richesse. L’argument pécuniaire du milliardaire fait mouche, et en tant que milliardaire, je dois bien cela à mes concitoyens…

Moi Sébastien Ajavon, dit Fofo Séba

Mes relations avec Yayi Boni n’ont pas toujours été au beau fixe, c’est le moins qu’on puisse dire. C’est un secret de Polichinelle de dire que je n’ai pas toujours été spontanément de son côté lors des élections qui l’ont successivement vu prendre la présidence en 2006, et s’y installer de manière cavalière et fort peu honnête en 2011. J’ai fait partie de ces tout premiers hommes d’affaire qui ont eu maille à partir avec son régime ; ceux qui ont souffert plus qu’à leur tour du harcèlement ou de la punition fiscal pour cause de refus de hurler avec les loups du pouvoir. Mais le bon sens aidant et dans l’intérêt de mes affaires, j’ai essayé de signer la paix des braves avec Yayi Boni et, actuellement, à défaut d’effusion, nos rapports sont tout ce qu’il y a de plus convivial.
Je décide de me présenter aux élections présidentielles de 2016 parce que j’ai entendu dire, et là-dessus les propos et les gestes de l’intéressé n’ont fait l’ombre d’aucun doute, que M Talon avait décidé de se présenter aux élections. Pourquoi un homme d’affaire comme lui peut-il autoritairement décider d’entrer dans l’arène présidentielle ? Evidemment parce qu’il est milliardaire et sait que le pouvoir présidentiel au Bénin est au bout des milliards, et non pas au bout du fusil comme le disait Mao Tsé-toung en Chine, il y a plus de 50 ans. Mais je suis milliardaire comme lui ; et comme lui, je suis capable d’acheter les voix des électeurs jusqu’à 2000 voire 3000 F par votant ; par-dessus tout, je suis capable d’acheter des consciences — celles des têtes couronnées et autres notables conventionnels, mais surtout, puisque c’est là où réellement se décident les chosent sérieuses quant au vainqueur des élections présidentielles, je suis capable d’acheter la conscience d’une part de la CENA et de son Président, et d’autre part la conscience de la Cour Constitutionnelle et de son Président. Si Talon donne 1 Milliard à Holo, je doublerai la mise avec 2 milliards ! Qu’il se le tienne pour dit. Mon attitude je le sais frise la jalousie infantile, mais je suis Béninois, et surtout Béninois du Sud, et tout le monde sait que nous autres, nous ne vivons que de jalousie. Je sais aussi que je fais le jeu de Yayi Boni. Il m’a contacté et m’a encouragé à me présenter contre Talon. Mais bien que nos actions soient objectivement convergentes et solidaires, dans le fond, je suis le seul maître de ma décision, et je l’assumerai le moment venu.

La fin de l’audition, et la décision divine ne sont pas encore connues à l’heure où nous écrivons. Dieu sauve le Bénin !

Amintayɔ Bovɔyéɖo

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