Nigeria les Deux Faces de la Discrimination Politique

blog1

Au Nigeria, la ségrégation sociopolitique a au moins deux faces : elle est régionaliste et sexuelle.
Ainsi, depuis quelques jours, les nominations du Président Buhari ont jeté les Nigérians dans l’émoi et la frustration en raison de ce qui a été ressenti comme son caractère biaisé. Ce qui a fait dire au Gouverneur trublion Ayodele Fayose, que Buhari est le Président du Nord. En effet, sur 31 nominations effectuées depuis son arrivée au pouvoir en avril 2015, la préférence de M. Buhari est allée à 25 de ses congénères contre seulement 6 Nigérians du Sud.
Aucun poste n’est allé au sud-est ibo. M. Buhari a dit lui-même qu’en matière de reconnaissance, il ne fallait pas s’attendre qu’il mette sur le même pied d’égalité ceux qui ont voté pour lui et ceux qui n’ont pas voté pour lui. Or le sud-est Ibo ayant brillé parmi ceux qui n’ont pas voté pour Buhari, on comprend qu’il en soit ainsi.
Mais qu’il trahisse les contraintes politiques inéluctables ou la sensibilité régionaliste supposée de M. Buhari, ce premier geste, dans la perspective de la formation du gouvernement, doit faire l’objet d’une correction en vue de respecter l’exigence constitutionnelle de la conformité au caractère fédéral des nominations gouvernementales. Ce caractère fédéral impose que le gouvernement, sinon ses diverses agences, soit le reflet de la diversité géopolitique du pays.
Outre l’aspect régionaliste de la ségrégation, il y a l’aspect anthropologique du genre. La mentalité de discrimination sexuelle n’est pas l’apanage de l’Afrique, mais elle y est forte en raison du poids des traditions et du niveau économique relativement bas. Au Nigeria, cette mentalité est très prononcée dans le nord musulman où les femmes ont tendance à être enfermées dans des rôles mineurs ou domestiques, sinon exclues de la vie sociopolitique. Ainsi sur les 31 personnes nommées par le Président Buhari, il n’y avait qu’une seule femme ! Pire encore dans l’État d’Adamawa — qui est pourtant l’Etat nordique le plus chrétien — aux mains du parti du président, le ministère des affaires féminines vient d’échoir à un homme !
Que ce soit pour l’équité régionale ou l’égalité des sexes, il va de soi que le Nigeria a encore un long chemin à parcourir. Et les Nigérians ne verraient pas d’un bon œil que le changement promis par « baba go-slow » — tel est le surnom donné à Buhari en raison de sa lenteur à former son gouvernement — ne prenne pas en compte immédiatement ces défis sociopolitiques majeurs
Alan Basilegpo

copyright4s