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Le président de la République française François Hollande en visite d’État, au Bénin a renoncé, au dernier moment à se rendre à l’Assemblée Nationale à Porto-Novo où il était initialement prévu qu’il délivre un discours. Des raisons diverses ont été avancées pour ce revirement de dernière heure, qui a laissé sans doute aux députés béninois un arrière goût de déception voire de frustration. Car l’arrivée du Président français dans leur assemblée aurait fait honneur aux honorables. Parmi les raisons invoquées, il y a la sécurité, et la salubrité. Porto-Novo, une quasi banlieue de Lagos au Nigeria où sévit Boko haram fait-elle peur à la sécurité française ? Porto-Novo, la ville aux trois noms, malgré sa richesse culturelle, est une ville malaimée et oubliée, qui souffre d’un déficit d’infrastructure. Entre autres déconvenues urbaines, l’entrée de la ville est affligée de l’horrible masse de béton échouée supposée servir de siège de l’Assemblée nationale, et qui est loin d’être un chef d’œuvre d’attraction urbaine. Mais plus objectivement on peut aussi s’interroger sur le sentiment du président français reçu dans une assemblée qui n’est que le palais de son ancien gouverneur, au moment où la nomination surprise du socialiste français Lionel Zinsou comme Premier Ministre du Bénin est perçue comme la manifestation d’un programme de reprise en main coloniale. Du haut de la tribune de cette même Assemblée où le président français aurait pu délivrer son discours, la doyenne d’âge de l’Assemblée, Mme Rosine Soglo, avait dans sa déclaration d’ouverture de la 7ème législature, tenu des propos qui, rétrospectivement, résonnent comme une mise en garde et un appel prophétique à résister au colonialisme français. Entre autres choses, la doyenne d’âge de l’Assemblée nationale disait notamment : « Je plains nos enfants qui, pour manger, soient obligés de débrayer, de partir, de risquer leur vie en Méditerranée ou ailleurs (…) Parce que nous sommes incapables, l’Afrique est incapable de donner à manger à ses enfants alors que l’Afrique regorge de tout (…). On a claironné : « la France est la cinquième puissance du monde ». Oui mais grâce à l’Afrique. Ils viennent puiser tout ce que nous avons. Et tant qu’ils seront là comme des pucerons sur nos dos, jamais nous n’aurons la paix (…) Oui, il faut les bouter dehors comme les Algériens l’ont fait, comme l’Afrique du Nord l’a fait, et en fait, en fait avoir notre indépendance tout court, la vraie, notre monnaie à nous, et non pas être à la remorque du franc CFA, le franc des colonies d’Afrique. Voilà où nous en sommes. Nous sommes incapables de dire non. Pour vous, nous sommes ici pour quoi, si nous ne sommes pas capables d’arrêter les blancs qui nous sucent, incapables de leur dire que nous sommes capables d’avoir une monnaie ? Il y a la petite Gambie qui a sa monnaie, et nous donc ? Et nous donc ? Il suffit qu’on agite devant nous le drapeau, qu’on nous reçoive avec le tapis (…), on est capable de se vendre, de se mettre par terre pour ça. Il faut dire non ! Non, mes chers collègues. Je compte sur vous ! » On peut se demander si l’accumulation des symboles et des événements politiques ne risquaient pas de donner à ce discours d’amazone prononcé par l’ex-première dame du Bénin une force d’évidence à laquelle la venue du président français dans l’Assemblée nationale aurait eu du mal sinon à faire face, du moins à résister. Toute analyse faite, cela peut bien constituer un élément d’explication de ce désistement de dernière minute. Le Président Français a-t-il craint le spectre des amazones ? Adenifuja Bolaji |