Nigeria : Comprendre l’Épopée Démoniaque de Boko Haram

Cossi Bio OssèOn ne peut comprendre les désordres dont une partie du Nord du Nigeria est actuellement le théâtre, les violences et exactions de Boko Haram, la pauvreté voire la misère qui y sévit plus qu’ailleurs si on ne médite pas bien les propos d’un dirigeant considérable issu de cette région, et qui en raison de son envergure politique et des conditions tragiques de sa disparation est hissé au rang de héros national, bien que sa vision de la nation fût toute clivée et suprématiste. Il s’agit de Sir Ahmadu Bello, qui disait :

« La nouvelle nation appelée Nigeria devrait être le domaine réservé de notre aïeul Ousmane Dan Fodio. Nous devons implacablement empêcher tout changement de pouvoir. Nous utiliserons les minorités du nord comme des instruments dociles et le Sud comme un territoire conquis, que nous ne laisserons jamais nous dominer, et auquel nous ne permettrons jamais de contrôler son avenir. » – In « The Parrot », 12 Octobre 1960.

Propos ouvertement suprématistes d’un homme que la mythologie nationale classe parmi les pères fondateurs du Nigéria, et auquel la mémoire nationale a consacré une université ; un homme que le discours politiquement correct, corseté de complaisante dénégation,

présente comme un sage, ouvert et tolérant  — il est vrai que la fermeture d’esprit et l’intolérance ont pris une telle proportion de nos jours que maints va-t-en-guerre d’hier peuvent paraître des parangons de vertu nationale et de fraternité.

Ces propos qui ne sont pas tombés dans l’oreille d’un sourd, à n’en pas douter, ont fait leur chemin dans les esprits. Ils résonnent aujourd’hui comme un mot d’ordre sinon un discours programme qui éclaire la mentalité du « nés pour gouverner » que les nordistes dans une diversité politique plus structurée qu’on ne le soupçonne, mettent en œuvrent chacun à sa manière et selon son rapport à la légalité.

Si l’envergure historique du personnage d’ Ahmadu Bello est indéniable, c’est sans doute par l’effet performatif de ces paroles et leur nature tristement prophétique qu’elle s’affirme.

Prof. Cossi Bio Ossè

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