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La geste politique de Yayi Boni, pour être comprise, doit être considérée du point de vue de la psychologie de son héros. La politique a beau être une action à incidence collective, ses acteurs ne laissent pas d'être des individus, qui ont une histoire, une psyché, des motivations, des désirs et des frustrations. Pour comprendre la geste de Hitler depuis sa prise de pouvoir par un coup de force politique en 1933 jusqu'à son suicide en 1945, en passant par la guerre et les horreurs dont la moindre n'est pas le génocide des minorités ethniques ou morales, il faut sans aucun doute prendre en compte l'histoire personnelle de cet Autrichien d'origine devenu par la force des choses et par la force brute le Führer du Troisième Reich. Qu'on le veuille ou non, et en dépit des proclamations de désintéressement de la part des intéressés, la politique engage toujours une part de narcissisme. Ce n’est pas pour rien que dans l’antiquité elle s’opposait au foyer et était le fait des hommes libres, c’est-à-dire dégagés des nécessités, et qui se reconnaissaient entre eux. Dans le cas de Yayi Boni, nous avons affaire à une recherche maladive de compensation de l'image de soi. Le métier politique n'était pas son souci — loin s’en faut — mais le fait d'être président de la république. Sinon, à l'instar des vrais hommes politiques concernés par la vie de la cité, il se serait fait maire, conseiller ou député. Mais, on n'a jamais entendu son nom ni vu sa présence dans ses lieux et domaines de la vie politique proprement dite. L'homme est passé de la Présidence de la BOAD à la Présidence de la république du Bénin, dans une telle acrobatie de la volonté de compensation que son seul point d'appui paraît avoir été le mot Président. Et, avant de devenir président, pendant les 10 ans qu'a duré son séjour au Togo, il a eu largement le temps d'intérioriser les contours de son rêve, d'embobiner le film de son odyssée présidentielle. Il l’a fait au contact du dictateur Eyadema dont il a intériorisé les manies, les manières et les manigances les plus infâmes ; il l’a fait en élisant dans le théâtre intérieur de sa psyché des personnages clés, des actes, des parcours et des faits incontournables, des passages obligés élevés à un niveau de paradigme de l'action présidentielle. Pourquoi Yayi Boni voyage-t-il sans arrêt au risque de ruiner un petit pays comme le Bénin ? Eh bien, parce que, 10 ans, 20 ans plus tôt, quand il embobinait son film du président de la république, il avait capté qu'un président c'est un homme dont la grandeur réside dans les voyages officiels ; un homme que d'autres présidents considérables accueillent avec des tapis rouges. Aller au-devant d'autres chefs d'État, saisir la moindre occasion pour leur rendre visite, échanger des poignées de main avec les grands de ce monde au titre du fait qu'on est Président d'une république, que peut rêver de mieux un homme affligé d'une si furieuse volonté de compensation ? C'est pour cela que d'une manière impudique, et au risque de ruiner le pays, Yayi Boni passe le plus clair de son temps à voyager, pour rappeler au monde et à lui-même qu'il est Président de la République, des fois que le monde se piquerait de l’oublier. C'est aussi pour cela que M. Yayi s'est bagarré comme le diable, a vidé les caisses de l'État pour acheter ( car le Président de la République reste banquier dans l’âme) toutes sortes de consciences au sommet de l'État afin de se perpétuer par un holdup de triste mémoire qui est aussi un coup de poignard dans le dos de la démocratie. De même, dans l'intimité profonde de sa geste présidentielle, Yayi Boni a intériorisé qu'un président digne de ce nom doit subir des tentatives d'assassinats, de coup d'état, ou d'élimination auxquelles naturellement par sa force suprême, son intelligence, et ses pouvoirs occultes, il se doit d'échapper. Des militaires haut gradés doivent organiser des complots auxquels il échapperait héroïquement ou qu'il déjouerait de justesse. De même, à l'instar d'Eyadema, ce serait bon qu'il sortît indemne d'un "accident d'avion". Yayi Boni a vu que sous Kérékou un Ministre accusé d'adultère avec la femme du président a été tué ; accusations grotesques qui a terni l'image du Bénin d'alors. Et pourtant les Béninois ainsi insultés dans leur intelligence et dans leur honneur ne lui en ont pas voulu. Yayi Boni a vu que Kérékou est responsable de la mort ou de la torture de dizaines de nos compatriotes qui ne luttaient que pour la démocratie et la liberté dans notre pays ; et aujourd'hui non seulement le pays ne lui en demande pas les comptes mais il se trouve même des gens futés qui poussent le cynisme au point de vouloir ériger un monument à sa gloire. Dans la fureur compensatoire qui le pousse à agir, sa notoriété, sa reconnaissance, sa satisfaction personnelle priment sur tout. Le désir de reconnaissance de M. Yayi est si fort qu'il ne recule pas devant la tentation de le satisfaire dans l’infamie, l’abjection, les crimes, le désordre et les attentats répétés contre la vie démocratique. Car ce qui obsède M. Yayi c'est l'accomplissement de soi devant l’histoire. L'érection de sa propre statue, l'homologation par l'histoire de la magnificence de sa geste présidentielle. S'il ne peut l'obtenir en réalisant l'émergence du Bénin promise en 2006, Yayi Boni est tout aussi prêt à l’obtenir par l'immersion du Bénin dans la boue, l'opprobre, la misère et la ruine du rêve démocratique des Béninois. Dès lors, loin que ce soit l’œuvre de militaires bouc-émissaires, ou de civils innocents, il est temps que les Béninois, tous autant qu’ils sont, se lèvent comme un seul homme pour empêcher Yayi Boni de réaliser sa geste personnelle funeste sur leur dos. Adenifuja Bolaji |
Il a certainement lu l’Alchimiste de « Paulo Coelho » et s’est pris pour l’acteur central de l’histoire…
Eh oui, les oeuvres d’imagination peuvent être prises à la lettre au risque d’y compromettre la réalité collective de tout un pays : fiction individuelle contre réalité collective tel est le drame absurde dont le dénouement dépend de la mobilisation de tous !
Merci pour ce clin d’oeil
son origine paternelle supposée du Nigéria le jette peut-être dans cette transhumance de l’être dans une perte d’identité et il s’acharne à compenser sa misère intérieure avec des règlements de comptes extérieurs
Excellent article, qui pourrait éclairer le peuple béninois et son
élite pour autant qu’ils optent pour lutter en faveur de la liberté,
la justice et le progrès.
Je voudrais mettre deux bémols:
1) Mis à part une façon rapide de parler, il n’y a pas à mon avis une
« indécrottable haine de soi des Béninois du sud », je dirai plutôt
qu’il y a un « indécrottable égoïsme suicidaire des acteurs politiques
et leurs élites ressortissants du sud du Bénin ». Car parmi les
communautés nationales béninoises qui ont opposé le plus de résistance
à la conquête coloniale (à savoir, les adja de Tado, les fons du
plateau d’Abomey jusqu’à la mer, les nago de Savè, les braribas du
Borgou et les tambaribe de l’Atacora, les fons furent les plus
déterminés, les plus patriotes, les plus valeureux! Mais c’est vrai
qu’en ces temps là, on parlait plus de communauté que d’émergence
personnelle!
2) Je crois que la religion, délire bien fondé, n’est « l’élément
catalyseur et canalisateur des délires » funestes, que lorsqu’elle est
malhonnêtement instrumentalisée pour réduire son prochain à
l’esclavage! Si quelqu’un croit en un Dieu qui veut le bien des
hommes, et qu’il veut se lier à ce Dieu, il n’a aucune raison
d’imaginer le moindre mal contre quelque prochain que ce soit! De mon
point de vue, je pense que Yayi Boni ne croit pas un mot de ce que lui
prescrit sa religion, à moins que ce qui est prêché publiquement ne
soit le contraire de ce qui est voulu!
Pour tous les autres points de l’article, il faut renchérir avec
plusieurs « dièses »: humilité factice, blessure complexuelle, actes
délirants de violence, « doctorisation » verbale du nom, délires
mégalomaniaques…, tout cela est plus que calamiteux!
Merci et Félicitations
Tout simplement merci pour l’article. Néanmoins, si l’école béninoise avait conscience de la personnalité et de la psychologie humaine, elle encadrerait mieux ses apprenant, ses hommes dont parmi eux jaillira les décideurs. Je crois que le mal du siècle émane de la méconnaissance de cet aspect par soi-disant système éducatif. Les actes de M. Yayi ne sont rien d’autre que le prolongement des frustrations engendrées par son parcours. Et puisqu’il a passé une grande partie de sa vie à l’école, on peut donc se demander le rôle de l’école dans le façonnement de l’Homme.
Je relèverais deux points: Primo: Il faudrait mettre à la charge de leurs auteurs le tort de supposer que du fait qu’un homme s’affiche sous des dehors humbles, qu’il n’est point capable de volte-face, d’affrontement implacable. C’est tout de même chez nous qu’on énonce l’adage » Dan abê abê » aphorisme de « Dan abê abê min énon edou ». « Le serpent silencieux mord ». En bref c’est d’une naïveté insoutenable dont ont fait montre ceux de nos politiciens qui se plaignent aujourd’hui de leurs méprises, à eux qui croyaient avoir à faire en Yayi Boni à un homme infiniment malléable …Ils ont fait Au moins preuve d’un manque de culture psychologique… J’espère qu’ils ont retenu la leçon pour leur gouverne… Secundo: Il faudrait réécrire nos livres d’histoire pour que nous ayons une mesure plus juste des faits car lorsque le commentateur G.C écrit: « Car parmi les communautés nationales béninoises qui ont opposé le plus de résistance à la conquête coloniale (à savoir, les adja de Tado, les fons du plateau d’Abomey jusqu’à la mer, les nago de Savè, les baribas du Borgou et les tambaribe de l’Atacora, les fons furent les plus déterminés, les plus patriotes, les plus valeureux…. » Il faudrait réécrire dis-je cette histoire pour tout au moins dire pourquoi les fons furent comme le dit le commentateur G.C.. les plus patriotes, les plus valeureux. Réécrire cette histoire pour que la mémoire des peuples de notre région déportés par les rois esclavagistes du Dan-Homê avec la complicité des négriers occidentaux ne soit pas continuellement piétinés par l’éloge des faits de guerre du royaume du Dan-homê.
Effectivement la question du rôle de l’école dans le façonnement de l’homme béninois et plus particulièrement des élites mérite d’être posée ; d’une manière générale c’est la conception d’une école au service de nos objectifs et besoins réels qui est en cause. En ce qui concerne les cadres qui ont en charge la direction de notre pays — politique, sociale et économique — comme cela se fait dans la plupart des grandes nations, nous devons réfléchir à créer des écoles spécifiques, qui seront aussi bien des lieux de formation que des milieux d’intériorisation des principes éthiques et des valeurs de sacrifice, d’abnégation, d’amour de la patrie et du prochain…
Il n’y a pas meilleure définition de la haine de soi que celle qui conduit au suicide. Donc dans le fond l’égoïsme suicidaire ressortit à mon avis de la haine de soi ; maintenant est-ce le seul fait des élites politiques, ou est-ce un fait culturel et social total cela peut se discuter ; ma conviction au moins empirique est qu’il constitue la mentalité et l’ethos du Béninois du sud. Il est difficile de parler de patriotisme sans tomber dans un anachronisme insidieux. Parce qu’on ne sait pas par rapport à quelle patrie se situer lorsqu’on compare mettons Fon, Nago et Bariba d’avant la conquête coloniale. Et cette remarque s’adresse aussi à Thomas Coffi sur le thème de l’esclavage. L’esclavage ayant existé dans tous les endroits et les époques du monde, il est difficile en l’espèce de voir le lien que cela entretient avec le fait que le royaume fon d’Abomey a produit en la personne de Béhanzin, l’un des plus grands résistants Africains à la pénétration coloniale européenne. À moins de sous-entendre qu’au moment où il est nécessaire de nous rassembler derrière des symboles de fierté et d’unité nationales, nous devrions continuer à nous enfermer dans des clivages ou des rancœurs mémoriels. Ce type de clivage mémoriel, — où les héros des uns sont mis en cause par la mémoire légitime des autres — est au principe de la haine de soi…
Pour ce qui est de ton appréciation sur les religions, en effet, leur coexistence pacifique est ce qui est souhaitable dans une démocratie qui a consacré la séparation de l’Église et de l’État. À condition bien sûr que dans leur ivresse personnelle, nos dirigeants ne fassent pas peu de cas de cette séparation, garante de la paix sociale, de la tolérance et du respect mutuel des citoyens.
Merci !
Ma remarque n’émet pas un jugement absolu mais contextuel. Il est fondé sur des termes précis: « les fons furent les plus déterminés, les plus patriotes, les plus valeureux…. »
Je veux dire simplement que la résistance farouche de Gbéhanzin à l’accaparement de la terre de ses aïeux par les anciens négriers est une affaire de règlement de comptes entre d’anciens contractants suite à l’évolution des termes du contrat que constitue la traite abolie ou agonisante…Pourquoi et contre quoi les Nagos d’alors par exemple résisteraient-ils farouchement à leurs bourreaux d’outremer, eux qui étaient échangés contre des pacotilles par leurs voisins du Dan-homê ? Ils devraient ricaner en voyant que le cours de l’histoire met aux prises leurs anciens bourreaux. A moins qu’on ne leur reproche de s’abstenir de jouer au troisième larron.