Pourquoi je Déteste l’Afrique Passionnément

Gaston Zossou, Écrivain Béninois

haroS’il y a quelque chose que je déteste passionnément, c’est cette idée de l’Afrique dans laquelle se noient les gens (d’Afrique). Pour cacher leur indigence, pour faire une fuite en avant. Les gens qui parlent de l’unité de l’Afrique, mais qui sèment passionnément le trouble dans leur maison, dans leur famille, dans leur village. Des gens qui sont incapables d’unir leur pays mais qui invoquent à tout bout de champ, comme une heureuse incantation, le nom de l’Afrique, son unité onirique et euphorique. C’est pour cela que je ne lis jamais les magazines ou les journaux qui portent directement le titre de l’Afrique, comme “Jeune Afrique” ou Afrique-machin ou Afrique-bidule ( souvent des canards au service de la Françafrique). Car ce n’est pas de l’Afrique qu’il est question dans ces journaux, mais d’une représentation tronquée de l’Afrique, d’une Afrique sur commande, chiquée, frelatée et imaginaire, d’une Afrique hémiplégique et théorique, d’une Afrique nébuleuse qui entretient la non-Afrique.
Deux exemples concrets qui concernent le Bénin. Le Président du Bénin, celui qui s’est fait réélire en 2011 à coup de force, de fraude et de Lépi truquée. Vous savez, cette Lépi qui était censée être un outil de développement, et qui n’a servi davantage qu’à sous-développer les consciences, l’économie, la sociologie et la société. Eh bien, ce Monsieur Yayi passe pour le Président de cette idée de l’Afrique qu’on appelle l’UA. Donc si je comprends bien, il est dans la ligne même de l’Unité de l’Afrique, de la paix et du progrès en Afrique. Mais entre nous, qu’a-t-il fait pour l’Unité du Bénin ?  Le Holdup électoral ! Qu’a-t-il fait pour le développement du Bénin ? Est-ce que truquer-tronquer la Lépi en fait un outil de développement ? Est-ce que la cartographie démographique, l’usage rationnel moderne qu’on pouvait en faire est atteint avec cette liste électorale fantôme faite de bric et de broc et dont aucun électeur n’a vu la couleur lors des élections ? Est-ce que celui qui veut “mettre le Bénin à feu et à sang” peut nous parler de l’Unité de l’Afrique ? La réponse coule de source, et montre pourquoi je déteste l’idée de l’Afrique et je la considère comme une fuite en avant, du vent, l’expression même de notre incapacité, de notre paresse à agir localement, directement ici et maintenant ; sans tomber dans la querelle des universaux, je considère cette Afrique sans contenu comme un être sans nécessité, dont il faut user avec modération.

Le deuxième exemple est tiré d’une note de lecture du deuxième roman de Gaston Zossou, homme politique et an-

cien Ministre Béninois. La plume de Gaston Zossou est alerte, forte et généreuse ; son univers romanesque est à la fois attachant et réaliste, de ce réalisme magique qui réflète fidèlement l’imaginaire et les croyances profondes du Bénin. Mais pour autant je ne vois pas pourquoi l’auteur de l’article finit sa note en ces termes :” Avec ce roman, Gaston Zossou confirme sa place parmi les nouvelles voix de la littérature africaine.” Tout de suite, et sans transition, sans nous parler de sa place dans la littérature Béninoise, eh bien, l’auteur nous le bombarde au firmament de la littérature africaine.  Moi qui m’intéresse beaucoup à la littérature japonaise et considère quelques-uns de ses maîtres comme mes maîtres à penser, je n’ai jamais entendu un critique japonais ou étranger parler d’un écrivain japonais en le situant brutalement au niveau d’une hypothétique littérature asiatique. Pourquoi Gaston Zossou doit être bombardé écrivain africain avant qu’on ne considère le béninois qui est en lui ? Est-ce que c’est le fait de l’aliénation qui pousse le ridicule à son comble  à nous faire parler de nous-mêmes dans des langues étrangères à notre âme qui nous rend incapables de nous voir comme nous sommes au point que nous préférions nous voir tels que nous voient les autres, à savoir comme des Noirs ou des Africains ?  Et au-delà de la littérature, est-ce que c’est parce que nous en serions arrivés à croire que pour que quelque chose ait de la valeur, il  est important, qu’il soit d’abord africain ?  Mais de quoi est faite cette Afrique dont nous méprisons le contenu, dont nous ne voulons être en rien garants du contenu  ? Cette Afrique, couteau sans lame ni manche, n’est d’aucune utilité, sauf incantatoire, et c’est pour cela que je m’en méfie comme de la peste…

Aminou Balogoun

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