Afrique: le Fardeau de la Haine de Soi

On observe aujourd’hui en Afrique une tendance de plus en plus marquée, dopée par les réseaux sociaux : celle de philosophes improvisés et d’analystes spontanés qui s’en donnent à cœur joie pour stigmatiser ce qu’ils tiennent pour la « nature » de la mentalité africaine. Le sous-entendu implicite de cette posture est que celui qui parle — le philosophe autoproclamé — ferait exception à ce qu’il dénonce, se plaçant d’emblée du côté de la lucidité et de la raison, face à une masse supposément aliénée.

Ainsi, ces philosophes spontanés se targuent de posséder une connaissance intime de l’esprit et de l’éthique de leurs congénères. Ils raisonnent le plus souvent à partir de considérations dites « naturelles », comme si les comportements qu’ils dénoncent relevaient d’une essence immuable, indépendante du temps et du contexte. Ce faisant, ils ignorent — ou feignent d’ignorer — les causes historiques, politiques et sociales qui ont façonné ces comportements. Ils parlent comme si ce qu’ils déplorent était un fait de nature, alors qu’il s’agit bien davantage d’un fait d’histoire.

Dans la continuité de cette erreur, ils sombrent dans une naïveté manichéenne en opposant le Noir au Blanc, comme si certains défauts — pourtant caricaturaux lorsqu’on les attribue au Noir — lui appartenaient en propre. Or ces travers ne sont nullement l’apanage d’un groupe humain particulier : le Blanc les possède aussi, le Chinois également, comme tout autre peuple. La différence n’est ni raciale ni ontologique ; elle est d’ordre culturel et, plus fondamentalement, historique.

Ce qui fait que la bêtise, l’absurdité ou l’injustice semblent aujourd’hui triompher en Afrique tient avant tout aux conséquences d’un profond désordre historique. Ce désordre a produit une situation paradoxale où, pour reprendre une formule parlante, the right man is not at the right place. Dans la plupart des civilisations, un petit groupe de personnes éclairées a su, à un moment décisif, prendre les devants, définir une direction et imposer un cap à l’ensemble de la société.

En Afrique, au contraire, un petit groupe d’hommes obscurs — souvent ignorants, médiocres et dénués de vision — a été placé aux commandes par la logique des pouvoirs et par la volonté de dominants historiques, anciens ou actuels. Leur rôle objectif n’est pas de construire, mais de semer le désordre ; de faire en sorte que les choses continuent de tourner comme elles tournent depuis trop longtemps : haine fratricide, guerres interminables, jalousies stériles, rivalités mesquines, compétition acharnée pour être dans les bonnes grâces du Blanc, au détriment de tout projet collectif et de toute émancipation réelle.

Ainsi, ce qui apparaît comme une faillite morale ou intellectuelle n’est pas l’expression d’une prétendue fatalité naturelle, mais bien le produit d’un héritage historique mal assimilé, perpétué et instrumentalisé…

Adenifuja Bolaji

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