Nigeria — Mort de Buhari à Londres : Symbole Tragique d’un Pays qui n’a Jamais Cru en Lui-même

Muhammadu Buhari hospitalisé à Londres – un symbole visuel de la fuite sanitaire de nos dirigeants

L’ancien président nigérian Muhammadu Buhari est décédé à Londres à l’âge de 82 ans. Un fait triste en soi, mais encore plus révélateur d’une maladie plus grave que celle qui l’a emporté : l’incurable complexe d’infériorité des élites africaines face à l’Occident. Oui, nous présentons nos condoléances à sa famille. Mais pourquoi Londres ? Pourquoi toujours Londres, Paris, Dubaï ou Genève, quand le dernier souffle approche ou que le moindre mal de dos survient ?

Il ne s’agit pas seulement de Buhari. Il s’agit d’un symptôme national. C’est un aveu, une confession implicite mais puissante : après avoir dirigé un pays pendant huit ans, contrôlé un budget de milliers de milliards de nairas, supervisé la construction – du moins sur le papier – d’une clinique présidentielle à plusieurs milliards de dollars, Buhari n’avait toujours pas assez confiance dans le système de santé nigérian pour mourir chez lui.

Une élite en fuite permanente

Le cas Buhari n’est ni unique, ni nouveau. C’est la norme. Obasanjo, Babangida, Atiku, Wike, Tinubu – tous ceux qui ont détenu ou détiennent le pouvoir vivent dans le même réflexe de fuite sanitaire, comme si la mort n’était digne que si elle survient dans une chambre d’hôpital londonienne au parfum stérile. Pendant que les hôpitaux publics nigérians croulent sous le manque de matériel, de personnel, de dignité, ceux qui ont les moyens s’envolent à la moindre alerte, comme des passagers privilégiés qui quittent un navire en train de couler.

Même dans la maladie, ils pratiquent l’exil. Même en fin de vie, ils tournent le dos à leur pays.

Une illusion blanche, une superstition moderne

Ce qui frappe, ce n’est pas seulement l’échec des infrastructures – c’est la croyance. Cette croyance quasi-religieuse, irrationnelle, selon laquelle seule « la main magique du Blanc », dans un « environnement médical blanc », peut guérir ou sauver. Comme si les milliers de médecins nigérians formés localement ou à l’étranger – mais rentrés chez eux – devenaient incompétents dès qu’ils posaient pied sur le sol national. Comme si la santé dépendait moins de la science que du code postal.

Ce n’est pas un simple paradoxe, c’est une tragédie. Car derrière cette superstition modernisée se cache un mépris : celui d’une élite envers son propre peuple, ses propres institutions, son propre sol.

Le scandale de l’hôpital présidentiel

On n’insistera jamais assez : des milliards ont été alloués à la construction d’un hôpital présidentiel à Abuja. Officiellement, pour garantir aux dirigeants un accès aux meilleurs soins, chez eux. Et pourtant, pas un seul président n’a daigné y être soigné dans les moments cruciaux. Pas un. Ce n’est donc pas un problème d’argent. C’est un problème de volonté, de conscience, de foi. Quand les dirigeants eux-mêmes n’ont pas foi dans ce qu’ils construisent, à quoi bon demander aux citoyens de croire ?

Et pourtant, d’autres font autrement…

Ce n’est pas une fatalité africaine. Ce comportement n’est pas génétiquement africain : c’est une culture, un choix. Et ailleurs, sur le continent, certains ont choisi autrement.

Nelson Mandela, icône planétaire, a passé ses derniers jours en Afrique du Sud, sur sa terre, entouré des siens, soigné par les médecins de son pays. Jerry Rawlings, l’ancien président ghanéen, est mort à Accra en 2020. En Namibie, deux anciens présidents sont décédés récemment – en 2024 et 2025 – dans leur pays, refusant jusqu’au bout l’exil médical et affirmant leur foi dans leur peuple et leurs infrastructures.

Ces hommes ne sont pas morts parce qu’ils n’avaient pas les moyens de fuir. Ils sont morts chez eux parce qu’ils avaient quelque chose de plus précieux : la dignité, et une vision de l’exemple à donner. Le refus de fuir, c’est aussi un message fort : “Nous avons construit, et nous y croyons.”

Et Tinubu ?

Quant à l’actuel président nigérian, Bola Tinubu, tenu lui aussi par une laisse médicale invisible dont le bout est bien serré quelque part à Paris ou ailleurs, il ne semble pas vouloir briser cette chaîne. Ce n’est pas seulement une continuité politique, c’est une continuité coloniale. Le Nigeria est peut-être indépendant sur le papier, mais dans l’imaginaire de ses élites, la guérison, le salut, la vérité – tout ce qui compte – ne peut encore venir que d’ailleurs.

La mort de Buhari à Londres n’est pas qu’un fait divers. C’est un miroir tendu à une nation. Un miroir qui renvoie l’image douloureuse d’un pays qui ne croit pas en lui-même. La vraie question n’est donc pas « Pourquoi Buhari est-il mort à Londres ? », mais bien : « Pourquoi le Nigeria est-il toujours incapable de retenir la vie de ses propres dirigeants ? »

Car tant qu’ils continueront à mourir ailleurs, ils continueront surtout à vivre… contre leur pays.

Aminou Balogun

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