
Dans un jeu de pouvoir qui se répète inlassablement sur le continent africain, et qui est un cancer typiquement francophone, les présidents, se lancent dans une danse macabre avec la constitution. Après avoir épuisé leurs mandats constitutionnels, ils s’empressent de modifier la loi fondamentale afin de briguer un troisième mandat. Un jeu d’échecs où le peuple est relégué au rôle de simple spectateur, observant impuissant cette mascarade politique.
Curieusement, malgré l’opposition de plus de 80% de la population, sans même mentionner l’opinion africaine dans son ensemble, ces présidents s’entêtent et organisent des élections controversées. Et comble de l’ironie, ils remportent ces élections tant décriées, malgré leur impopularité manifeste. Mais au fond, la question n’est pas véritablement le troisième mandat en lui-même, qu’il soit constitutionnel ou non.
Ce qui interpelle réellement, c’est de comprendre comment un président qui suscite l’indignation de plus de 80% de ses concitoyens, parvient à organiser et à remporter des élections. La réponse est claire : la question cruciale réside dans la transparence, l’honnêteté et la régularité des élections. Les véritables enjeux se cachent derrière cette apparente fixation sur le troisième mandat.
Alors pourquoi les Africains ne relèvent-ils pas le défi de l’organisation d’élections libres, transparentes et honnêtes ? Pourquoi préfèrent-ils se focaliser sur le problème du troisième mandat plutôt que de s’engager pleinement dans une lutte pour des élections justes et équitables ?
La réponse à cette question est complexe et multifactorielle. Il est indéniable que certains présidents usent de tous les moyens à leur disposition pour maintenir leur emprise sur le pouvoir. La corruption, les abus de pouvoir et la répression de l’opposition sont monnaie courante dans de nombreux pays africains. Ces régimes autoritaires ont façonné des sociétés où la peur et la résignation ont pris le pas sur l’espoir et la volonté de changement.
D’autre part, la démocratie est un concept encore jeune en Afrique. Les institutions chargées d’organiser les élections manquent souvent d’indépendance et de ressources suffisantes pour mener à bien leur mission. Les procédures électorales opaques, les listes électorales truquées et les fraudes massives compromettent la crédibilité du processus démocratique.
De plus, les dirigeants africains bénéficient souvent d’un soutien international ambigu. Certains pays, par intérêt économique ou stratégique, préfèrent fermer les yeux sur les dérives autocratiques plutôt que de promouvoir des valeurs démocratiques et de défendre les droits fondamentaux des populations africaines.
Il est grand temps que les Africains se mobilisent pour exiger des élections libres, transparentes et honnêtes. Les sociétés civiles doivent s’organiser, se renforcer et s’unir pour défendre les principes démocratiques et faire pression sur les dirigeants. Les médias indépendants doivent jouer leur rôle de contre-pouvoir en exposant les abus et en informant objectivement la population.
Enfin, la communauté internationale doit prendre ses responsabilités et cesser de soutenir aveuglément des régimes autoritaires. Elle doit conditionner son aide au respect des droits humains, à la bonne gouvernance et à la tenue d’élections transparentes. L’Afrique a besoin d’un soutien réel et sincère pour sortir de ce cycle infernal et construire des sociétés démocratiques et prospères.
Il est temps de passer de la fixation sur le troisième mandat à une lutte acharnée pour des élections véritablement démocratiques. La volonté du peuple africain ne peut plus être bafouée. Il est temps de mettre fin à ce paradoxe absurde où le pouvoir prime sur la souveraineté populaire.
Adenifuja Bolaji
