
Dans les guerres comme dans la paix, le mensonge est une arme dangereuse qu’utilisent les grandes puissances occidentales pour atteindre leurs objectifs. Les mensonges géopolitiques peuvent servir plusieurs buts ou fonctions, selon les intérêts et les objectifs des acteurs impliqués. Ils peuvent servir de justification de l’action : les mensonges peuvent être utilisés pour justifier une action militaire, une intervention ou une politique spécifique. En créant un narratif trompeur, les acteurs géopolitiques mobilisent le soutien national et international en présentant une menace imaginaire ou en exagérant une situation.
Les mensonges peuvent consister en manipulation publique : les mensonges sont souvent utilisés pour influencer l’opinion publique en faveur d’une politique spécifique. Les gouvernements et les acteurs politiques peuvent utiliser la désinformation pour façonner la perception du public et obtenir un soutien pour leurs actions ou leurs positions.
Ils peuvent aussi servir à faire la promotion des intérêts nationaux : les mensonges peuvent être utilisés pour promouvoir les intérêts nationaux d’un pays. Cela peut inclure la protection des ressources naturelles, l’expansion territoriale, l’influence géopolitique ou la consolidation du pouvoir.
Ils servent aussi à dissimuler des intentions réelles : les mensonges géopolitiques peuvent servir à masquer les véritables intentions des acteurs étatiques ou non étatiques. En fournissant une justification trompeuse ou en déformant les faits, les acteurs peuvent agir secrètement pour atteindre leurs objectifs sans révéler leurs véritables intentions.
Enfin, ils peuvent être un outil de déstabilisation de rivaux ou d’ennemis : les mensonges peuvent être utilisés comme outil pour semer la confusion, affaiblir des adversaires ou déstabiliser des régions spécifiques. Cela peut inclure la diffusion de fausses informations, la manipulation des médias ou la propagation de théories du complot dans le but de créer des divisions ou de délégitimer des acteurs rivaux.
Au cours des 30 dernières années, c’est-à-dire depuis l’effondrement du mur de Berlin, plusieurs mensonges ont eu un impact significatif sur la géopolitique mondiale. Voici quelques exemples :
- Mensonge sur les armes de destruction massive en Irak : L’affirmation selon laquelle l’Irak possédait des armes de destruction massive a été un prétexte majeur utilisé par les États-Unis pour justifier l’invasion de l’Irak en 2003. Aucune preuve concrète n’a été trouvée pour étayer cette affirmation.
- Mensonge sur les couveuses au Koweït : En 1990, lors de l’invasion du Koweït par l’Irak, une jeune femme koweïtienne a témoigné devant le Congrès américain, affirmant avoir vu des soldats irakiens retirer des bébés des incubateurs dans une maternité de Koweït City. Ce témoignage s’est avéré être un mensonge fabriqué par une agence de relations publiques travaillant pour le gouvernement koweïtien dans le but de susciter le soutien américain à l’intervention militaire.
- Mensonge sur les massacres au Kosovo : Lors des conflits dans les Balkans dans les années 1990, des affirmations exagérées et parfois inventées ont été avancées concernant des massacres et des violences commis par les forces serbes au Kosovo. Bien que des atrocités aient été commises, certains rapports ont exagéré les chiffres pour justifier une intervention militaire de l’OTAN.
- Mensonge sur les armes chimiques en Syrie : Au cours de la guerre civile syrienne, il y a eu des allégations selon lesquelles le gouvernement syrien avait utilisé des armes chimiques contre sa propre population. Ces allégations ont été utilisées comme base pour justifier des frappes aériennes de la part des États-Unis, de la France et du Royaume-Uni en 2018. Cependant, aucune preuve concluante n’a été présentée pour étayer ces allégations.
- Mensonge sur les liens entre Saddam Hussein et Al-Qaïda : Avant l’invasion de l’Irak en 2003, des responsables américains ont suggéré à plusieurs reprises qu’il existait des liens étroits entre Saddam Hussein et Al-Qaïda, impliquant une coopération dans les attaques terroristes du 11 septembre 2001. Aucune preuve solide n’a été trouvée pour soutenir ces allégations.
Les mensonges qui ont présidé à l’intervention en Libye sont aussi un cas d’espèce. La résolution de l’ONU 1973, adoptée en mars 2011, a autorisé une intervention militaire en Libye pour protéger les civils pendant la guerre civile libyenne. Cependant, les véritables motivations et conséquences de cette intervention sont passées sous silence. Cette résolution a été le prétexte d’une série de mensonges tous plus gros les uns que les autres.
- Objectif humanitaire exagéré
Alors que la résolution 1973 avait pour objectif déclaré de protéger les civils, certains critiques ont soutenu que l’intervention militaire a été utilisée pour poursuivre des intérêts géopolitiques et économiques plutôt que de se concentrer uniquement sur la protection des civils. Certains ont suggéré que les pays occidentaux étaient motivés par le contrôle des ressources pétrolières de la Libye et par des considérations politiques plus larges dans la région.
- Dépassement de la résolution
Certains pays impliqués dans l’intervention, notamment la France, le Royaume-Uni et les États-Unis, ont été accusés d’avoir outrepassé le mandat de la résolution 1973. Au lieu de simplement protéger les civils, les forces internationales ont soutenu activement les groupes rebelles en menant des frappes aériennes contre les forces gouvernementales et en contribuant à renverser le régime de Kadhafi. Cette intervention militaire plus large a suscité des critiques selon lesquelles elle dépassait l’autorisation initiale de l’ONU.
- Conséquences humanitaires imprévues
Alors que la résolution 1973 était censée protéger les civils, certaines critiques ont souligné que l’intervention militaire a en réalité exacerbé les souffrances humaines en Libye. Après la chute de Kadhafi, le pays est tombé dans un chaos prolongé, avec une augmentation des violences, des conflits entre factions et la montée en puissance de groupes extrémistes. Certains ont soutenu que l’intervention a en fin de compte causé plus de dommages qu’elle n’a apporté de bénéfices.
En conclusion, les mensonges géopolitiques assortis d’actions militaires avec des pays non frontaliers peuvent avoir des conséquences dévastatrices pour l’humanité. Les exemples cités, tels que les mensonges sur les armes de destruction massive en Irak, les couveuses au Koweït, les massacres au Kosovo, les armes chimiques en Syrie et les liens entre Saddam Hussein et Al-Qaïda, soulignent le rôle prépondérant des États-Unis dans ces manipulations. Ces mensonges ont souvent servi à justifier des interventions militaires, à influencer l’opinion publique et à promouvoir les intérêts nationaux des acteurs géopolitiques concernés..Comme le montre le cas de l’Irak les mensonges géopolitiques peuvent entraîner des conséquences humanitaires graves, avec des pertes de vies, des souffrances accrues et des effets à long terme sur la stabilité régionale. Le cas de l’Ukraine qui défraie actuellement la chronique n’est pas en reste, dans la mesure où le début de la guerre, le vrai agresseur, ne sont pas ce qu’on croit ni les motivations avancées par les Occidentaux, encore moins la réalité des rapports de force. Ce qui est sûr c’est que la guerre du mensonge est une chose trop sérieuse pour que ses faits d’arme soient tenus pour anecdotiques.
Adenifuja Bolaji
