Bénin : Agbénonci, une OPA Présidentielle qui a Mal Tourné ?

Quelques jours après qu’il a été décoré de la légion d’honneur, le ministre Agbénonci, homme ambitieux qui se croit indispensable, a été délesté du département coopération de son vaste Ministère. Depuis lors, il se comporte en fauve blessé et, entre grève du zèle et  guérilla, ne danse plus tout à fait au son de l’orchestre gouvernemental dont le Chef est  Talon.

A en croire certains observateurs, ce genre de situation aurait été à l’origine de l’impair diplomatique qu’a constitué l’absence de Talon à la cérémonie d’inauguration de la raffinerie de Dangote dans le pays voisin et si frère qu’est le Nigeria. On sait que le petit milliardaire Talon n’est pas en odeur de sainteté avec l’homme le plus riche d’Afrique, le grand milliardaire Dangote dont les activités et ambitions continentales empiètent sur ses rêves et projets personnels. Mais la mauvaise humeur d’Agbénonci, là comme ailleurs, continuait de faire des dégâts. Est-ce la raison de son limogeage ?

Il est permis d’en douter. Non seulement parce que cette éviction vient après une série d’autres dans le gouvernement de Talon que d’aucuns relient à une affaire de malversation à l’échelle internationale dans laquelle les Occidentaux ont réclamé des têtes. Mais que ces théories du complot ou de la méfiance soient vraies ou pas  — car en dépit des réflexes abusivement conditionnés, soupçon de complot n’est pas synonyme d’erreur ni de contrevérité – dans le cas d’Agbénonci, un  homme habité par la certitude d’être indispensable,  il faut ajouter l’hypothèse de tractations de l’ombre pour devenir Président. Le but de la manœuvre étant  de prendre de court les stratégies de ses concurrents potentiels dans l’écurie des dauphins de Talon.

Pour cela, le désormais ex-Ministre des Affaires étrangères a peut-être jugé utile de se mettre au service de la Françafrique, sachant mieux que quiconque le modus operandi de la France que l’opposant sénégalais Ousmane Sonko mettait à nu dans un célèbre discours : «On commence par cibler les gens, on les décore dans des légions d’honneur ou dans je ne sais quel grade de chevaliers de je ne sais quoi, on les inscrits dans des loges maçonniques, on leur dit : ‘préparez-vous, ce sera vous après’.»

Monsieur Agbénonci est sans doute entré dans ce processus vicieux de la cooptation par la France. Cynique, réaliste,  faiseur de flèche en tout bois, capable de servir le diable ou le Bon Dieu pour assouvir ses ambitions personnelles, l’homme a sans doute compris ce qu’il faut faire : offrir ses services à la Françafrique, la grande faiseuse des destins présidentiels en Afrique francophone.

Alors que, comme le montre la notoriété grandissante des combattants panafricanistes comme Kémi Séba, Nathalie Yamb, Franklin Nyamsi, etc.  mais aussi les jeunes dirigeants résistants du Mali et du Burkina Faso,  l’aspiration à la liberté et à la souveraineté de la jeunesse africaine en ce début du 21ème siècle  n’a  jamais été aussi forte,  certains hommes politiques africains ambitieux restent nostalgiques des vieilles pratiques et des vieux modèles de pensée néocolonialistes.

Monsieur Agbénonci fait sans doute  partie de cette tourbe infecte d’ambitieux prêts à sacrifier l’aspiration de tout un continent sur l’autel de leur succès, de leur gloriole narcissique  et de leurs plans de carrière personnels. Cette venimeuse engeance croit encore pouvoir jouer la vieille carte de l’adoubement néocolonial par la France au service duquel il lui suffit de promettre de se mettre corps et âme, au détriment de la dignité et des intérêts des peuples africains.

Le limogeage d’Agbénonci a probablement des raisons propres auxquelles s’ajoutent d’autres motifs possibles ; et parmi ceux-ci, on ne peut exclure les tractations impaires pour doubler Talon dans le choix de son dauphin, avec l’appui de la Françafrique. Une OPA illustrée par sa légion d’honneur récemment octroyée par la France et que Talon a certainement voulu stopper avant qu’il ne soit trop tard.

Aminou Balogun