L’histoire des Mbotela de Frere Town : Récits d’une famille de « rescapés » de Mombasa (Kenya, 19ème siècle)

Sur la côte kenyane, dans les années 2000, la montée des revendications identitaires liées au passé esclavagiste s’effectue tout d’abord dans les domaines culturel et patrimonial. Les lieux historiques où ont vécu et travaillé les esclaves deviennent les lieux d’expression privilégiés de leurs descendants et l’objet d’une prise de conscience mémorielle très importante. Au début de ces mêmes années, une dizaine d’hommes et femmes d’une soixantaine d’années, descendants de captifs libérés et d’esclaves affranchis par la mission anglicane de Frere Town, créée en 1873 par la Church Missionary Society afin d’accueillir les captifs rescapés des navires de traite, se constituent en association dans le but de dénoncer la discrimination qu’ils estiment subir et se placent ainsi en position de porte-parole de ce qu’ils définissent eux-mêmes comme étant « The Frere Town Community ». Dans le même esprit, ils réclament publiquement leur reconnaissance constitutionnelle en tant que groupe ethnique spécifique de la nation kenyane et n’hésitent pas à publiciser leur cause en ayant recours aux journaux, réseaux sociaux et autres formes de manifestation publique et médiatique. La parole qui se délie peu à peu permet alors la collecte de récits qui aboutissent à une dénonciation du maintien des hiérarchies anciennes et des inégalités sociales issues du passé esclavagiste1. À l’instar de ce qu’analyse Marie Rodet dans le Sahel, les descendants d’affranchis kenyans ont rarement connaissance de la généalogie de leur famille au-delà de la personne qui a été capturée pour être mise en captivité et/ou en esclavage (Rodet 2010). Dans le cas des Freretowniens, c’est l’ancêtre pris en charge par les missionnaires de Mombasa qui devient le fondateur de chaque lignée. Les témoignages que nous avons recueillis à la fin des années 2000 auprès de nombre d’entre eux contribuent à retracer le fil de ces généalogies familiales sur plus d’un siècle. Ils ont été systématiquement croisés avec les archives coloniales et d’autres types de matériaux (sources secondaires, presse, etc.). Les récits individuels et collectifs des Freretowniens s’assemblent dans une volonté à la fois de dénoncer la permanence du stigma servile mais aussi de revendiquer et de valoriser une identité collective liée aux héritages de l’esclavage

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