Côte d’Ivoire : les Petits Hommes d’Afrique

Soro et Bédié

Le problème du navire Afrique c’est que ses grands hommes sont mis hors jeu, et ce sont de petits hommes qui viennent au devant de son gouvernail. Regardez un petit homme comme Soro Guillaume en Côte d’Ivoire. Dans le document ci-dessus, il prend plaisir à parler français, comme qui dirait à titre posthume, comme si la grandeur, qu’il n’a jamais eue était une fonction croissante de la capacité de bien parler la langue du Blanc, le fait qu’un Nègre aligne des mots, bichonne la grammaire de Molière, une biche qui se plaît à rugir, en attendant d’être mangé par le lion.

En son temps, ce petit homme se donna en enragé de la cause française et fit gober en plein gosier à ceux qui voulurent le croire l’alibi de la haine régionaliste qui a servi d’appât à la France pour recapturer le gros poisson ivoirien qui menaçait de lui échapper. Ce faisant, il montait au ciel de la gloire politique. Tout jeune, il ne se prenait pas pour une merde, bombardé en quelqu’un de haut placé, parce que cela faisait le jeu de quelques marionnettistes de la Françafrique, décidés à rendre la Côte d’Ivoire ingouvernable dans les mains de Gbagbo.

Maintenant qu’il a été au bout de ses fantasmes, son ébriété de petit homme et sa vilaine gloriole, ses yeux ont enfin résolu de voir son nez de négro. Il se réveille de son rêve menacé de cauchemar. Il bichonne le français, pour clamer sa foi et sa bonne foi, sa grandeur putative et sa conscience nauséeuse. Il assure de la continuité de sa raison. Il est dans la voie de la bonne cause, dans la voie de l’histoire.

N’est-il pas trop tard ? Petit homme, la grandeur n’est pas un miracle que l’on réalise sur les décombres de l’amnésie, même s’il faut fermer les blessures et pardonner les crimes du passé.

Même chose pour le pépé Bédié. Au plus fort des manigances de la folie ivoirienne placée sous le signe du régionalisme, pourquoi Bédié n’assuma pas son identité de sudiste, en soutenant Gbagbo — pour autant que celui-ci fût jamais régionaliste — là où les Soro et Ouattara faisait bloc comme nordistes opprimés ? Au contraire, il fit béatement le choix que lui dicta la France. Ce qui ouvrit un boulevard à la bêtise et à l’irrationalité, qui aujourd’hui tel un boomerang lui revient en pleine figure. Que trouvait-il à Gbagbo pour l’abandonner à ses prédateurs au moment où la vérité en Côte d’Ivoire avait besoin de leur unité ?

Le temps d’une gloriole et le rêve d’une grandeur éphémère. Maintenant, il veut faire de son frère naguère abandonné l’allié d’aujourd’hui. Il retrouve le vrai sens de l’unité, et comprend quel est le camp de l’ennemi de la nation ivoirienne. Mais un grand homme ne se réalise pas dans la trahison et la lâcheté. Au moment où il fallait faire preuve de grandeur Bédié a préféré la petitesse. Maintenant que son rêve vire au cauchemar, il se réveille de sa nuit de colonisé. Il joue à celui qui est du côté de la raison. Mais la raison a des exigences que les petits hommes ignorent.

Tel est le problème de l’Afrique : tant que nos dirigeants ne renonceront pas à leur vocation d’ours danseur, obéissant au doigt et à l’œil de leurs montreurs, ils resteront de petits hommes devant l’histoire.

Aminou Balogun

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