Coronavirus : Pourquoi les Africains sont Abandonnés à leur Sort

writting5Ma Chère Morikeji

Dans ton dernier message whatsapp, tu me dis : blog1

A quoi je réponds :

blog1

Et continuant sur ta lancée tu renchéris :

«  Pas d’hôpital, aucune structure d’accueil sanitaire. Tu te rends compte !»

Ce à quoi j’ai répondu :

« Eh ma sœur, réveille-toi ! Tu n’as pas vu le programme décrit plus haut ? Est-ce qu’y figure ne serait-ce qu’un simple hôpital de campagne ? Quand ces gens (et leur familles) sont malades, ils vont se faire soigner chez les Blancs. Se faire soigner chez les Blanc ça fait clean, c’est tendance, c’est chic et rassurant, bref c’est le nec plus ultra. Et s’il faut y mourir, ils ne demandent pas mieux, assurés que le pays des Blancs est la porte royale vers le Paradis.

Notre échange whatsapp m’inspire quelques réflexions sur l’idée du sentiment national voire humain sous nos tropiques. A la base de cette idée se trouve celle du semblable, du prochain, qui informe l’humanisme occidental et oriental. Si les pays Occidentaux ont édifié des sociétés où règne un minimum de bien-être partagé, c’est justement sur la base de cet humanisme social qu’ils n’ont pas craint de fonder sur la ruine, le pillage et dans le sang des autres. Les crimes atroces et les barbaries sans nom qu’ils commettent de façon impénitente extra-muros légitiment intra-muros cet humanisme social, qui est au cœur de leur éthique nationale.

Ainsi, chez les Blancs, l’idée de l’intérêt général est la condition du contrat social, elle est le ferment de la solidarité nationale et du lien social. Il y a chez les grandes nations d’Occident ou d’Orient l’idée que le bien-être de chacun dépend du bien-être de tous et inversement. La prospérité n’a de sens que partagée même si ce partage est, à l’écart de toute utopie, sociologiquement déterminé. Il en est de même de la protection contre toutes sortes de menaces  – sécuritaires ou sanitaires. Et puis, il y a aussi les idées de droits inaliénables des individus  et de l’homme,  de respect du citoyen et de la personne humaine qui entrent en ligne de compte. Enfin, le degré d’organisation des sociétés occidentales  et les richesses qu’ils ont accumulées dans le sang et le pillage de l’Afrique noire, sont autant de facteurs qui consolident le sentiment national et l’effectivité de l’amour du semblable.

Or, en Afrique, dans nos sociétés désaxées et fortement dominées, il en va tout autrement. Si naguère, la solidarité – traduite par la fameuse éthique bantoue du « je suis parce que nous sommes » était agissante, telle n’est plus le cas après la contamination coloniale. La colonisation a brouillé l’œuf éthique de l’Afrique et détruit chez nous et en nous ce qui faisait la raison d’être de nos communautés : le lien humain. Dans la configuration nationale farfelue qui nous est imposée de l’extérieur, ce lien n’a pas pu s’acclimater ; mis en danger par les conditions aliénantes de son  expérience moderne, il a régressé vers ses formes les plus primitives.

Depuis l’époque de la traite négrière, nous sommes convertis malgré nous  au matérialisme et au culte de l’argent, en même temps que nous étions dessaisis de nos matières premières, à commencer par notre corps, individuel et collectif. Dans une telle situation de sauve-qui-peut, l’esprit communautaire africain d’antan a fait long feu. L’esprit national qui devait le relayer, sans avoir jamais existé, n’obéit au mieux qu’aux réflexes tribaux. Le niveau où l’esprit national prend du sens chez l’Africain postcolonial est le niveau tribal, dans un contexte où la nation est  vécue comme une agrégation anarchique de tribus plus ou moins hostiles ou plus ou moins proches.

Mais, en raison du désordre qui le caractérise, l’identification tribale de l’esprit nationale reste elle-même sujette à caution. Et, paradoxalement, en dépit du discours de la fraternité et de la solidarité à travers le prisme trompeur duquel l’Africain aime se définir ou se définit aux yeux de son autre en chef, –le  Blanc, l’Occident – seule l’entité familiale immédiate a du sens pour lui.

Ainsi, pour nos soi-disant dirigeants, la crainte d’une maladie comme le coronavirus  n’a de sens qu’au niveau personnel de la famille. Si vous considérez par exemple un président comme M. Buhari du Nigeria, la nation la plus peuplée d’Afrique et la plus riche  ; à supposer qu’il eût des enfants en Chine actuellement, eh bien, il va de soi qu’il leur aurait fait prodiguer des conseils et des informations de première main  sur les mesures de prévention idoines contre cette épidémie, comme cela se fait actuellement  dans les pays Occidentaux et même dans les autres où la nation et la société sont vécues  comme des entités primordiales sacrées. Et, non content d’avoir fait prendre à sa famille ces mesures préventives,  très vite, il les aurait fait rapatrier au Nigeria, comme le font les Occidentaux et les autres pays sérieux du monde de leurs ressortissants en Chine.

Donc, ma chère Mori, si tu considères que la famille de M. Buhari est pour lui ce que la nation française est pour M. Macron, eh bien, tu auras une certaine idée du sentiment national des dirigeants africains ! Sorti de ce périmètre mesquin et passablement idiot, il n’y a point de salut. Ce qui en dit long sur la déréliction absurde des populations africaines.

Binason Avèkes

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