Langues Nationales : le Véritable But de l’École en Afrique Noire

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La question des langues nationales est toujours d’actualité. Non seulement en raison du risque de leur disparition, mais aussi de la bizarrerie de devoir nous exprimer, dire notre intimité, ce qui nous touche le plus dans la langue de ceux qui nous étripent depuis plusieurs siècles ; bizarrerie de nous trouver ainsi en porte à faux existentielle avec nous-mêmes sans nous en émouvoir, sans que cela nous gêne ou nous choque outre mesure. Au contraire, cracher sur nos langues, les abaisser au moment même ou nous magnifions celles des Blancs, qui nous crachent dessus et nous pillent, fait partie de nos motifs de fierté. La difficulté moderne de l’Afrique à s’en sortir alors que le reste du monde tire son épingle du jeu du monde, le fait que nous soyons le continent le plus doté en ressources matérielles et humaines et paradoxalement le plus pauvre du monde, en partie s’explique par cette aliénation volontaire qui nous semble aller de soi. Nous tirons des plans sur la comète, nous faisons des comparaisons avec tels pays  ou tel autres, sans nous rendre compte que sous ce rapport de l’intégrité symbolique, aucune race au monde, aucune nation n’est aussi mal lotie que nous.

Ce qui est bizarre par-dessus tout c’est que ceux qui nous dirigent et ceux qui dirigent ceux qui nous dirigent savent bien ce qu’ils font. Quand il s’agit pour nos cheveux crépus d’aller apprendre le savoir avec lequel ils se défendront dans ce monde implacable, ils le leur imposent dans la langue du Blanc posée indiscutablement comme langue du savoir. Quand on relève l’incongruité de ce diktat aliénant, ils disent que la diversité ethnique exige l’usage d’une langue arbitrale neutre. Or chez les Blancs même, un petit pays comme la Suisse parle  trois à quatre langues bien distinctes. Et aucune considération de diversité ethnique n’entre en ligne de compte, car en la matière tout est une question de volonté. Chez nous le système colonial a décidé de nous abrutir ; on a décidé d’apprendre à l’agneau la langue du loup, afin de tout embrouiller dans sa tête et dans son être, de le rendre esclave par nature, étranger à lui-même, esclave de ses désirs et de son destin ; afin qu’ils ne voie et ne sente que par la vision du monde du Blanc, qui est une vision dans laquelle lui et les siens sont des objets et des proies historiques.

Mais quand il s’agit de corrompre notre âme avec  leurs religions, alors les mêmes qui nous refusent de parler nos langues à l’école, utilisent ces mêmes langues sans crier gare. La bible, les évangiles, toutes leurs brochures de propagande religieuse sont publiés dans nos langues ; les catéchismes sont faits dans nos langues, qui retrouvent pour lors leur lustre, leur utilité et leur efficace en tant que vecteur de communication. Même chose lorsqu’ils conçoivent des plans de communication de masse ponctuelle, ils ont recours à nos langues pour atteindre leur fin ; car ces messieurs qui nous dirigent et ceux qui dirigent ceux qui nous dirigent savent bien, en matière de transmission d’information ou de communication, comment faire pour atteindre leur fin.

Est-ce à dire que le but de l’école chez nous au fond n’est pas de nous édifier mais de nous aliéner, pas d’élever notre esprit mais de l’abaisser dans les bas-fonds de l’imbécillité anthropologique, nous ruiner ontologiquement et épistémologiquement à des fins d’asservissement perpétuel  ?

Adenifuja Bolaji

Afrique: langue, notre Bêtise Viscérale

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