Togo, Désunion Fatale de l’Opposition : Mauvais Présage pour l’Afrique

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Au Togo, les élections présidentielles sont prévues pour le 22 février 2020. Et l’actuel président, érotomane héritier du régime dynastique au pouvoir depuis cinquante ans, s’est fait fort de poser sa candidature. Selon une interprétation tendancieuse de la constitution votée en août 2019, les tenants du régime estiment que Faure Eyadéma, le Président sortant, a le droit de briguer un nouveau mandat, et de présider aux destinées des Togolais une quatrième fois : comme si de rien n’était, comme si sa dynastie ne pillait pas le pays depuis des décennies et qu’il était temps d’arrêter le viol de la République, le viol des consciences. Mépris flagrant de la saine aspiration des Togolais à tourner la page sanglante d’un régime de vol, de viols, de tribalisme,  et d’assassinats, un régime d’injustice au service de la France.

En effet, Faure Eyadema brigue la candidature à l’élection présidentielle du 22 février sans vergogne ni scrupule avec le soutien de la machinerie vicieuse de la Françafrique qui tient à bout de bras ce pays symbolique de ses exactions crapuleuses en Afrique. Car depuis 1960, la France considère comme un crime de lèse-intérêt, le fait que certains Africains, comme Sylvano Olympio puissent oser prendre le mot indépendance au pied de la lettre. Depuis quelque temps, se fait entendre dans les media à la solde de la Françafrique la petite musique d’une propagande élogieuse sur le régime en place. On vante sa gouvernance, le Togo est bombardé meilleur élève de la classe Eco, le seul à avoir miraculeusement atteint les critères de convergence — fameux concept qui nous vient tout droit de la cuisse de l’Europe. C’est dire que la France se décarcasse pour s’assurer  de la survie politique de son joujou néocolonial. En effet, si la gouvernance fait des merveilles, comment renvoyer le gouvernant à ses chères études ?

La candidature de Faure inaugure une de ces mises en scène de la mascarade électorale tropicale, savamment orchestrées où chaque camp, conditionné pour se faire, joue son rôle à la perfection. Le pouvoir, comme nous l’avons dit, arguant d’une légitimité constitutionnelle pour le moins éthiquement putative, présente l’héritier érotomane d’un régime failli  comme candidat à sa propre succession. Les institutions électorales et le ballet politico-médiatique mettent en mouvement leurs actes et leurs discours de naturalisation. Tout est pour le mieux dans le meilleur  des mondes démocratiques d’Afrique. L’opposition entre éclatée dans le jeu. Et ce fait troublant n’est pas un hasard au vu de l’histoire dramatique de ce pays et du  déficit de justice dont souffre le peuple togolais violé depuis cinquante ans dans sa dignité. Une gigantesque manipulation, où des milliards de ce franc CFA que la France fabrique en faux monnayeur, ont pesé lourd dans la balance, de même que des attributions ou des promesses de strapontins politiques, toutes choses en passe de faire la nique à l’aspiration la plus profonde de tout un peuple.

Car quoi de plus parlant que l’éclatement de l’opposition togolaise lors de cette élection qui devrait être pour le Togo un grand moment de référendum sur la justice au peuple, un référendum sur la vérité en politique, par opposition à la mascarade et à la barbarie, un référendum sur la dignité retrouvée.

Face à la nécessité d’un tel moment de vérité,  pour autant que l’intelligence collective n’a pas disparu, l’union, le fait de faire bloc, de taire toutes divergences et passions inutiles devrait être le seul leitmotiv, le mot d’ordre unique de tous. Avant même d’être un mot d’ordre, l’Union doit être un réflexe de survie, une disposition mentale. Y renoncer est un choix clair et limpide ; mais c’est aussi une lourde responsabilité pour tous ceux qui se disent acteurs de la vie politique togolaise qui ont décidé, en toute connaissance de cause, de passer en pertes et profits la longue souffrance d’un peuple orphelin de repère et kidnappé par la machinerie maffieuse de la Françafrique. Par ce choix troublant, qui questionne le sens de la responsabilité et l’abnégation de ses leaders putatifs, la classe politique togolaise entre sans crier gare dans le jeu de la relance dynastique du régime failli qui tient le pays sous sa coupe depuis un demi-siècle.

Dès lors, il sera fait étalage de manière ronflante de toutes les formes consacrées de la démocratie : média, presse, institution, partisans, discours, rituels, etc… L’ambiance de naturalisation du jeu démocratique sera exaspéré pour donner l’impression d’une élection tout ce qu’il y a de plus normal. Dans le même temps, les violences du pouvoir visant à mettre dans le rang, menacer ou intimider,  les bastonnades et les assassinats continueront dans le silence des médias à la solde.

La Démocratie dit-on est le pire des systèmes à l’exception de tous les autres. Sous tous les cieux, chaque société politique, à chaque époque met en scène son style, son schéma et sa pratique selon une logique de jeu et d’enjeux, qui souvent jure plus ou moins avec l’orthodoxie démocratique dans sa lettre sinon dans son esprit. Le seul mot d’ordre étant de sauver les formes et les apparences, de faire comme si.

L’exemple le plus instructif est donné par la France elle-même, le pays qui a fait et porte à bout de bras cette tourbe infecte de maffieux qui règne sur le Togo depuis cinquante ans. En France, on a vu surgir Macron à la tête de l’État  et tout le monde a applaudi sa geste inouïe, son style et sa jeunesse, façon Obama plus plus. Or cette success story, apparemment démocratique est en réalité lestée d’intentions et de procédés qui jurent avec l’esprit démocratique. Car dans une démocratie digne de ce nom, on permet à tout le monde de participer, et le meilleur gagne. Or, en dépit de l’euphorie qu’elle a suscitée, tel n’a pas été le cas de l’élection qui a porté Macron à la tête de l’État français. Durant cette élection, on n’a pas permis à tout le monde de participer. Pour devenir Président, Macron, ses soutiens financiers et les lobbies puissants qui le portent ont dû abattre le candidat de la droite républicaine le mieux placé — François Fillon — après avoir brouillé les cartes du Parti socialiste dont le centre droit a été siphonné dans le mouvement « En Marche. » Après ce meurtre politico-médiatique pour le moins crapuleux, d’autant plus crapuleux qu’il était placé sous le signe de la moralisation de la vie publique, Macron s’est posé comme le candidat républicain en face de Marine Lepen, la candidate du Front National, ce parti-repoussoir du paysage politique français astucieusement instrumentalisé par tous les régimes sans interruption depuis Mitterrand. Se retrouver au second tour face au candidat du Front national, c’est être assuré de gagner, les Français ayant été conditionnés à voir dans ce parti une option politiquement hasardeuse pour leur pays. Et c’est ce stratagème démocratiquement douteux, conçu et réalisé avec brio, qui a permis à Macron de devenir Président de France. L’enthousiasme de l’élection inattendue d’un trentenaire à la tête du pays étant censé obnubiler tout le monde et faire passer au second plan la manœuvre qui en a été à l’origine.

Donc, même dans un pays comme la France qui se dit démocratique depuis des décennies, pour gagner les élections, on a dû faire recours à des méthodes dont l’inspiration jure avec l’esprit de la démocratie, à savoir une participation ouverte à tous pour que le meilleur gagne ; pré-éliminer un ou des candidats, et présélectionner ses adversaires pour faire de son élection une promenade de santé n’a rien de démocratique même si le candidat élu n’était pas au pouvoir et n’a pas utilisé la machine de l’État pour atteindre cette fin. Ceci montre si besoin en est que la Démocratie est bel et bien le pire des systèmes politiques à l’exclusion de tous les autres ; et que chaque pays, selon chaque époque et chaque contexte en insinue un schéma plus ou moins douteux, noyé dans la mise en scène et l’exhibition hyperbolique des formes démocratiques.

C’est ce qu’il se passe actuellement au Togo, cette monarchie héréditaire qui depuis cinquante ans est dirigée par une seule et même dynastie de criminels aux mains gantées de sang, scandaleusement soutenue par l’Occident. La constitution a été modifiée ; et qui dit constitution dit démocratie. Les institutions fonctionnent ;  et qui dit fonctionnement institutionnel dit démocratie. Le président sortant se fait l’égal de n’importe quel citoyen et brigue un nouveau mandat ; et qui dit égalité dit démocratie. L’opposition, même et surtout en rang séparé, y participe ; et qui dit participation de l’opposition, dit démocratie. Bref, toutes les conditions sont réunies pour que le plus Faure gagne, dans une élection qui a pris le soin de montrer à souhait les formes extérieures de la régularité démocratique.

Ce n’est pas pour dire qu’au Togo comme au Nigeria il y a peu, il n’y aurait pas de fraude. L’union de l’opposition togolaise n’aurait pas empêché, le cas échéant, des fraudes plus ou moins massives, des oukases ou des actes de violences électorales à finalité frauduleuse. Au Nigeria, Buhari s’est fait réélire dans la fraude  et tout s’est passé comme sur des roulettes. Mais partir en rangs dispersés aux élections comme l’opposition togolaise se permet de le faire, comme si ses leaders étaient des zombis sous influence, c’est fournir au pouvoir qui ne demandait pas mieux la caution de son forfait.

De plus, cette désunion troublante de l’opposition togolaise est une sérieuse source d’inquiétude pour tout Africain digne de ce nom. En effet, si un petit pays comme le Togo est incapable de s’unir  au moment qu’il faut pour faire ce qu’il faut, comment espérer que toute l’Afrique puisse jamais s’unir pour faire face au défi si crucial de notre décolonisation mentale, économique et politique ? Comment espérer qu’elle puisse s’unir pour libérer ses peuples de la domination  occidentale, notamment française et apporter enfin la prospérité à ses peuples ? C’est dire que la désunion lamentable et irresponsable de l’opposition togolaise renvoie l’indépendance de toute l’Afrique aux calendes grecques, pour le plus grand plaisir de l’Occident et de son chacal sur le continent, la France!

Amègan Bojovi

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Un commentaire

  1. Bonjour à tous !
    Je suis en désaccord total avec la deuxième partie de ce texte où l’auteur semble attribuer une responsabilité à l’opposition togolaise dans le maintien de Faure Gnassingbé à la tête du Togo, comme résultat de la mascarade électorale qui aura lieu en février 2020.
    L’auteur semble oublier qu’au Togo, il y a une dictature militaire qui permet aux gouvernants de s’imposer comme gagnant même lorsqu’ils ont officiellement perdu. Ils viennent encore de le montrer lors des élections municipales : malgré les fraudes l’opposition a gagné la majorité des municipalités de Lomé. Elle doit donc diriger la capitale. Pour empêcher cela, le pouvoir a créé une nouvelle entité regroupant toutes les municipalités de Lomé et d’Agoè-Nyivé. Elle est dirigée par un gouverneur nommé par Faure Gnassingbé. En clair, les maires élus sont maintenant sous l’autorité d’un gouverneur non élu. C’est ça la dictature !
    Non ! L’opposition n’a aucune responsabilité dans le maintien du régime dictatorial à la tête du Togo, sauf celle de n’avoir pas réussi jusqu’à présent à le bouter dehors.

    Il n’est pas juste de laisser entendre qu’unie, l’opposition togolaise peut battre Faure Gnassingbé. Même sans cette unité, l’opposition togolaise a battu à plusieurs reprises le père (Eyadéma) et le fils (Faure). Et pourtant la dynastie des Gnassingbé perdure. Donc le problème est ailleurs.

    Voici ma réponse à un correspondant qui s’en prenait à l’opposition togolaise, accusée de n’avoir pas dégagé un candidat unique face au dictateur Faure Gnassingbé, pour l’élection présidentielle de février 2020. 👇🏿

    Un candidat unique de l’opposition ? Pourquoi cela ? Qui a dit que c’est indispensable ? Est-ce parce qu’il n’y a pas un candidat unique que Faure Gnassingbé va rester au pouvoir ?
    Est-ce l’absence d’un candidat unique qui a permis à Eyadéma Gnassingbé, le père de Faure, d’arriver au pouvoir ? Est-ce l’absence d’un candidat unique qui fait que lorsque Gilchrist Olympio a battu Eyadéma à l’élection présidentielle de 1998, le processus a été brutalement interrompu et Eyadéma imposé comme vainqueur ? Est-ce l’absence d’un candidat unique qui fait qu’à la mort d’Eyadéma, l’armée a imposé son fils, Faure, comme nouveau président du Togo, après avoir masacré près de 1000 citoyens ? Est-ce l’absence de candidat unique qui a fait que l’armée est partie confisquer tous les ordinateurs du centre de traitement de l’ANC, ainsi que tous les résultats locaux collectées lors de l’élection présidentielle de 2010, ce, afin d’empêcher JP Fabre de montrer, preuves à l’appui, que c’est lui le véritable vainqueur du scrutin ? Est-ce l’absence d’un candidat unique qui a fait que lors du scrutin présidentiel de 2015, le président de la CENI, a subitement arrêté le décompte des voix, et sans réunir la CENI, a proclamé, tout seul, Faure vainqueur ?

    Tout ça a été possible, parce que la dictature quincagénaire du Togo est basée sur une armée à base ethnique et à commandement clanique, qui intervient à chaque fois que le régime est en danger, massacrant, massacrant et massacrant encore ?
    Lutter contre ce régime c’est mettre sa propre vie en danger. Si quelqu’un n’est pas content de la manière dont la lutte est menée, qu’attend-il pour nous montrer comment il faut faire ?

    LAWSON Messan

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