Bénin : deux Points de Vue sur l’Affaire du Rapt de la Pendjari…

blog1

Me faisant l’écho d’un point de vue qui incriminait le gouvernement dans l’affaire du rapt de deux français qui a couté la vie à leur guide dans le parc de la Pendjari au nord du Bénin, j’ai engagé la discussion avec un ami béninois expert en stratégie politique et sécuritaire en Afrique de l’ouest. La discussion a permis de manière dialectique de mettre le doigt sur les enjeux et les implications de l’événement dont les effets directs, collatéraux ou lointains ne sont pas négligeables.

–– Selon la rumeur qui se propage insidieusement,  on entend dire que le gouvernement de Talon n’est pas étranger  à la capture des deux otages français. Le but de la manœuvre étant de couvrir la tension politique qui était en préparation dans le pays.

Le gouvernement béninois savait  que la menace existait, et ses services secrets n’ont eu  qu’à manipuler les terroristes pour atteindre sa fin. Dans cette hypothèse, le meurtre du guide Béninois peut avoir deux significations complémentaires 1. Qu’il en savait trop ; 2. Qu’il était sacrifié pour faire croire en l’authenticité de l’opération, et au fait que le gouvernement béninois n’y était pour rien.

La manière inhabituelle dans une affaire de prise d’otage dont le gouvernement français est intervenu rapidement et avec force trahit une connaissance des dessous sordides de l’affaire.  Elle trahit aussi l’irritation  d’un pays occidental néocolonialiste qui ne tolère pas d’être mené en bateau  par un pays africain, fût-il dirigé par un président au nom bien français.

De ce point de vue, et si l’hypothèse est vraie, il s’agirait d’un avertissement à Talon

–– C’est une facette possible, et je suis d’accord avec toi que le gouvernement français a une  connaissance des dessous sordides de l’affaire, mais la mienne est contraire. Selon elle, ce sont nos congénères du Nord, pour différentes raisons possibles : L’armée n’a jamais accepté la mise en gestion privée à Afrikan parks (South africa), il y avait des officiers des eaux et forêts mécontents (Patrice Trekpo), les riverains mécontents, le braconnage facilité par une gestion libérale etc…Les Nordistes, ont voulu affaiblir les reformes de Talon, assombrir le Benin pendant cette période électorale, ils ont vendu les touristes à des trafiquants venus du Burkina Faso. Le guide connaissait certainement les riverains, ceux qui l’ont piégé d’où son élimination….C’est un homme du sud certainement le guide Gbedji …

–– Ça c’est une hypothèse riche de pistes et d’éléments plausibles ; mais elle n’explique pas la furie de la France dans cette affaire, dans laquelle elle perd deux soldats pour libérer deux otages…

–– Le principe est d’agir vite de ne pas laisser les ravisseurs planquer leurs otages..

–– Tout cela est sans doute à prendre en compte, mais quelle que soit l’hypothèse privilégiée, c’est la coïncidence avec la crise politique qui paraît une constante logique incontournable…

–– En effet c’est la première fois que ça arrive…

–– Oui, il va de soit qu’on ne peut séparer l’affaire du coup d’État en cours au Bénin… Et puis, il ne faut peut-être pas fédérer le Nord dans une unité monolithique indistincte de Nord… La région incriminée est celle qui, au Nord, est la moins remontée contre Talon…

–– Tout à fait…ce sont sûrement des gens pro-Yayi qui ont agi…il suffit de payer soudoyer  les gens…

–– C’est clair qu’il s’agit d’une guerre entre Yayi et Talon…

Quelle que soit l’hypothèse correspondant à la vérité, nous devons, tous autant que nous sommes, faire attention à nos actes et à nos agissements, sous prétexte de combats politiques – que l’on soit au pouvoir ou dans l’opposition, que l’on soit du Sud ou du Nord. L’exemple de Boko haram qui sévit à nos frontières, au Nigeria, mais aussi dans des pays qui lui sont limitrophes le montre  à souhait. Ce groupe au départ était fondé par un quarteron de Nigérians régionalistes enfermés dans le culte de «  c’est nous qui avons le pouvoir » auquel l’histoire politique du Nigeria, dominée pendant plus de trois décennies par des dictateurs militaires originaires du Nord musulman les a habitués.  Ils n’étaient pas contents de la manière dont le chrétien du sud pétrolier Jonathan, après la mort du Président  Yar’adua, musulman originaire du Nord, était devenu Président. Sous des prétextes plus ou moins controuvés, ils avaient commencé  à s’agiter, à faire des exactions de manière artisanale faiblement meurtrière. Mais à la suite d’une répression sanglante du pouvoir qui s’est soldée par la mort de leurs chefs, le groupe s’est radicalisé. Maintenant, il est devenu très puissant, fortement armé et financé de sources occultes, manipulé non seulement par les islamistes et des pays musulmans, mais aussi par les puissances néocolonialistes occidentales, qui y voient un moyen de contrer et de contrôler la puissance régionale grandissante du Nigeria.

Donc dans ces types d’actions où on cherche à nuire à l’autre parce qu’il n’est pas de notre pouvoir ou de notre région, il faut savoir jusqu’où il ne faut pas  aller trop loin, dans l’intérêt de la paix au Bénin.

Adenifuja Bolaji

copyright5

 

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s