Dieu Reconnaîtra la Sienne : Critique du Mimétisme Béninois

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L’imitation est une des caractéristique ambivalentes de la mentalité des Béninois. Cela se manifeste dans la vie sociale et quotidienne. Quand dans une rue, une femme ouvre un commerce, mettons de produits de consommation courante ; quelques semaines plus tard, il y a de fortes chances qu’une seconde femme ouvre le même type de commerce ; puis quelque temps plus tard, une troisième femme leur emboîte le pas dans la même rue.  Cette tendance frénétique à l’imitation concerne toutes les activités, dès lors qu’émerge une première expérience qui donne l’air de marcher, le Béninois s’engouffre dedans, et il se trouve toujours quelqu’un pour répliquer ce qui est fait par une première personne ainsi de suite.

A première vue,  on peut estimer que ce fait est somme toute sociologiquement et économiquement normal, qu’il traduit la loi du marché. Après tout, le mimétisme est l’un des traits qui définissent le dynamisme social et humain. Mais à y regarder de près, chez le Béninois, la chose est plus ambiguë qu’il n’y paraît, une ambiguïté trouble et troublante. Dans la ville de Glo où j’ai passé mes vacances il y a quelques années, sur un tronçon de chemin vicinal d’une demi-douzaine de kilomètres, j’ai vu naître en l’espace de quelques semaines une bonne dizaine de petites épiceries et boutiques de produits vivriers divers ; elles naissaient les unes après les autres comme des champions tous les 200 mètres sinon les cent voire les cinquante mètres ; certaines surgissaient en face l’une de l’autre, suscitant des rivalités et des tensions perceptibles entre leurs promotrices. A ce train, il va de soi qu’on n’est plus dans l’imitation saine, qui assure le dynamisme économique et social d’une communauté. En général, dans un périmètre socioéconomique donné, cette frénésie mimétique se poursuit jusqu’à ce que l’activité concernée s’éteigne, par réduction drastique du nombre critique de clients assurant son maintien au-delà du seuil de rentabilité.

Tout se passe en somme comme si cette imitation, loin d’être inspirée par une dynamique de croissance ne vise qu’à ruiner l’entreprise du voisin que l’on voit d’un mauvais œil. Car si je suis un tailleur ou un coiffeur qui offre un service à une population de 100 personnes qui, de par leur existence, assure non pas tant la prospérité de mon affaire mais sa rentabilité minimale, comment puis-je supporter, basé sur la même population, un autre concurrent, puis un deuxième, un troisième, un quatrième, etc, voire un dixième ou un vingtième comme cela se fait systématiquement au Bénin ?  Pourquoi, s’adressant aux mêmes clients, les nouveaux entrepreneurs opportunistes refusent de voir que le nombre constant de ceux-là  est une fonction de la réussite non seulement de sa propre entreprise mais celle de leurs prédécesseurs ? Est-ce seulement un principe de libéralisme inspiré par la loi du marché qui veut que le meilleur gagne ? Rien n’est moins sûr. Dans le cas d’espèce, la manière dont les choses se passent trahit une concurrence ruineuse délibérée propre à la mentalité du Béninois. Le principe à peine inconscient de cette concurrence funeste est la jalousie sur fond de manque d’imagination, le refus passionné d’accepter la réussite de l’autre ; ce qu’on appelle en langue fon « mènujromè« , une logique suicidaire qui pousse le Béninois à vouloir être aussi voire plus heureux que son prochain sinon à investir à fond perdu dans leur malheur commun.

Certes, ce sens aigu de l’imitation que le Béninois  a très développé a pu être investi positivement sur un autre terrain, le terrain scolaire. Quand on regarde de près, la valorisation de la réussite scolaire  qui a caractérisé le Béninois relativement à d’autres Africains, notamment dans la sous-région continentale, et qui nous a valu le qualificatif ambigu de quartier latin de l’Afrique, est principalement entée sur le mimétisme. Il n’y a qu’a voir la contradiction entre le culte du diplôme et la concavité culturelle et épistémologique de nos élites pour s’en convaincre ; le fait que, comparés à leurs homologues des pays occidentaux ou asiatiques, nombre de nos soi disant Docteurs, Maîtres, Profs, etc. soient plus proches du singe savant qu’autre chose…

Bien évidemment, et plus que partout ailleurs, le mimétisme caractérise le domaine de l’art. L’imitation est au principe de l’art selon Aristote. Elle constitue aussi le fondement de l’épistémologie et de la pédagogie en Afrique. C’est en imitant son modèle que peu à peu le jeune artiste, écrivain, chanteur, sculpteur acquiert son autonomie et finit par exprimer sa différence. Mais quand les deux personnes ne sont plus dans le rapport de modèle et élève, l’imitation devient sujet à caution.

Que penser par exemple de ces deux chanteuses qui ont à peu près le même âge, chantent dans le même dialecte gbé ( gùn/wémè/aïzɔ) dans le même genre de chanson chrétienne, et semblent surgir dans l’actualité musicologique nationale au même moment ?

Belle illustration de l’ambivalence de l’imitation caractéristique de la mentalité béninoise, tant il est difficile à première vue de distinguer les deux chanteuses. Mais, assurément, Dieu reconnaîtra la sienne…

Alan Basilegpo

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