L’Égyptologie Africaine à l’Épreuve de l’Idéologie Raciste de l’Occident

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cossi-bio-osse3Les Égyptologues Noirs africains ont placé leur émergence et leur discours sous le signe du rétablissement de la vérité historique de ce que l’un de leurs aînés célèbres, le Prof. Cheick Anta Diop, a qualifié d’« antériorité des civilisations nègres ». Leur action s’est focalisée sur l’œuvre de déconstruction du discours ethnocentriste fonctionnaliste de l’Occident qui a sciemment ignoré, méprisé et effacé toute trace des Noirs africains dans l’histoire de l’Egypte. La Civilisation de l’Egypte antique était considérée comme une aventure humaine trop brillante et complexe pour qu’ y soit associé le Nègre, cette sous-humanité taillable et corvéable à merci, bon uniquement pour servir de marchepied à l’humanité hégélienne éminemment incarnée par les Blancs chrétiens d’Europe.
Le fait que les Égyptiens n’eussent rien à voir avec les Nègres se négocia via le discours selon lequel les Égyptiens seraient de race sémite, venue d’Asie. Une fois débarrassée du Noir quant à sa participation à la brillante civilisation d’Egypte, le même esprit ethnocentriste et antinégrite en découdra tour à tour avec les représentants éminents des peuples sémites. Le juif sera considéré comme un peuple paria et traître – celui qui a comploté la mort du Christ – et traité comme tel. L’oppression du Juif atteindra son apogée avec le génocide nazi censé être la solution finale au problème que constituait l’existence du Juif en Occident chrétien.
A son tour, l’Arabe sera ainsi nommé, et par ce baptême ethnique, qui fonctionne comme une clôture et un masque de la dualité religieuse d’un islam considéré comme la religion antichrist, sera tenu à l’écart de la race blanche, comme si la blancheur occidentale, était d’abord celle du christianisme. Cet apartheid religieux et géopolitique qui atteignit son paroxysme avec les croisées s’est poursuivi à travers la colonisation des états arabes – d’Afrique ou du Moyen-Orient par les puissances coloniales européennes – la France et la Grande Bretagne. Alors que ces deux puissances coloniales n’ont pas jugé utile de coloniser d’autres peuples blancs chrétiens, elles s’en sont donné à cœur joie de mettre tous les peuples musulmans d’Afrique et du Moyen-Orient dans les fers de la colonisation, comme si celle-ci était d’abord et avant tout une sanction basée sur la dualité religieuse. Même si les statuts coloniaux étaient variés, allant de la colonisation pure et brute, au protectorat, force est de constater que, du haut de leur blancheur autoproclamée, les Européens ont retrouvé dans l’entreprise coloniale comme un revival de l’idéologie de l’intolérance au principe des croisées.
Napoléon, en la conquérant de façon historiquement bouffonne, ambitionnait de parfaire militairement et politiquement le blanchiment historique de l’Egypte censée être non plus l’œuvre de ses bâtisseurs authentiques – qu’ils fussent nègres ou sémites – mais de ceux qui en dernier ressort s’en sont rendus maîtres.
C’est contre ce discours raciste et autoritaire que les Égyptologues africains s’inscrivirent en faux, et ce à juste droit. Aussi, orientèrent-ils toutes leurs œuvres et leurs énergies dans le sens de l’administration de la preuve sinon de l’origine nègre de l’Egypte, du moins de la participation effective des Noirs à l’émergence et à l’histoire de cette brillante civilisation égyptienne. Or, en adoptant cette position réactive, les intellectuels africains ont, à leur corps défendant joué le jeu de l’idéologie raciste qu’ils voulaient déconstruire. Occupés à prouver l’existence du Nègre dans l’histoire de l’Egypte, très peu parmi eux ont mis l’accent sur le fait que la question raciale était un anachronisme et une construction idéologique de l’esprit européen pré et postchrétien. Très peu ont mis l’accent sur le fait que quatre voire cinq mille ans avant l’ère chrétienne, le regard humain de l’époque n’était pas idéologiquement structuré par le discours qui, plus tard, dans une Europe esclavagiste puis colonisatrice, sera nécessaire pour justifier les basses œuvres et la barbarie éthique dans laquelle elle a trouvé son salut et sa raison d’être.
A la vérité, la différence raciale à l’époque des Égyptiens n’était pas plus importante que celle de la couleur des cheveux en Europe de nos jours. Aux États-Unis, nation qui représente la synthèse de ce que l’Occident chrétien a produit de plus violent et de plus inhumain au nom de la suprématie blanche, au sein de la population blanche, on distingue trois identités capillaires qui sont : 1. Les bruns ; 2. Les Châtains, et 3. Les blonds. Et pourtant, la discrimination raciale dont la sociologie de cette nation offre le prototype le plus féroce, et en ce qui concerne le rejet et l’oppression des Noirs, le paradigme le plus implacable, ignore entièrement ces différences d’identité capillaire, rapatriée dans le champ des particularités esthétiques. En leur sein, la différence d’identité capillaire ne constitue pas pour les Blancs un critère de différence encore moins de discrimination ou d’oppression, contrairement à ce qui se passe pour ce que leur entendement collectif a été conditionné à considérer comme race.

En Égypte, du temps des Pharaons, la différence de ce que nous appelons race aujourd’hui n’était pas plus importante que celle des cheveux au sein d’une même race. L’égyptologie africaine parallèlement à l’illustration de l’antériorité des civilisations nègres gagnerait à élargir son champ épistémologique au basculement de paradigme éthique et psychologique qui a conféré au corps en tant qu’axe de notre présence au monde un statut de discriminant politique.

Prof. Cossi Bio Ossè

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