Nommer et Stigmatiser Ceux qui ont Détruit la Libye, par Owei Lakemfa

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Les Nations unies sous le secrétariat de Ban Ki-moon, se sont réunies le 17 mars 2011 pour décider du sort de la Libye. La guerre civile a éclaté dans le pays, avec des rebelles qui se sont emparés de la ville de Benghazi et de certaines localités du pays. Les rebelles étaient armés par l’Occident, les États-Unis ayant demandé à l’Arabie saoudite de leur fournir des roquettes antichar, des mortiers et des missiles sol-air. L’unité égyptienne des forces d’opérations spéciales 777 et les mercenaires tunisiens se battaient aux côtés des rebelles. Le 4 mars, le gouvernement Kadhafi a capturé des forces spéciales britanniques armées à Benghazi mais, sous une pression diplomatique sévère, les a relâchées deux jours plus tard aux mains d’un Officier de l’Armée de l’air britannique, le Commandant Cumberland.
Pendant la guerre, le gouvernement Kadhafi a déployé des forces armées et bombardé les positions rebelles, en particulier à Benghazi. Il y avait des victimes civiles, et l’Occident s’en est servi comme d’une excuse pour envahir directement la Libye, afin de «protéger les civils». C’est comme si on envahissait le Nigeria aujourd’hui parce qu’il bombarde des zones tenues par les terroristes de Boko Haram.
Plus tôt, le 23 février 2011, le président américain Barack Obama avait déclaré dans un discours national que l’Amérique, avec ses «alliés et partenaires», envahirait la Libye pour protéger les «droits de l’homme». A la suite de quoi, il a délégué la secrétaire d’État, Hilary Clinton et le sous-secrétaire d’État aux affaires politiques, Bill Burns, pour coordonner les actions internationales en vue de l’invasion.
Quand la nouvelle du meurtre brutal de Kadhafi a filtré, en extase, Hilary Clinton a explosé de joie et a déclaré d’une voix triomphante : « Nous sommes venus, nous avons vu, il est mort ». Elle paraphrasait les mots célèbres de Julius César dans sa lettre au Sénat romain annonçant sa victoire finale dans une guerre vers 47 avant JC «Je suis venu, j’ai vu, j’ai conquis». ( veni, vidi, vici).
Puis le premier ministre britannique, David Cameron, a présenté des informations qui se sont révélées par la suite erronées, juste pour obtenir que le parlement vote l’utilisation des troupes britanniques. Parmi ceux qui ont voté pour l’invasion se trouvait l’actuelle première ministre, Theresa May.
Alors que les rebelles s’emparaient de la Libye, Cameron a déclaré le 22 août 2011 au peuple britannique: «Notre tâche consiste maintenant à faire tout notre possible pour soutenir la volonté du peuple libyen, qui est en transition effective vers un monde libre, démocratique et inclusif. Je profite de l’occasion pour remercier les nombreux pilotes britanniques, le personnel aérien, l’équipe au sol et tous ceux qui ont travaillé si dur pour soutenir la mission de l’OTAN … Cela n’a pas été notre révolution, mais nous pouvons être fiers d’avoir jouer notre partition. »
Raul Fernandez-Berriozabal, a décrit la Libye avant l’invasion: « Avant l’invasion et la destruction, la Libye sous la direction de Kadhafi était devenue la nation la plus prospère du continent africain. La Libye n’avait pas de dette extérieure et ses réserves s’élevaient à 150 milliards de dollars. En 2010 (avant l’assassinat de Kadhafi par le régime Obama / Clinton), la Libye se classait 53ème dans l’indice de développement humain de l’ONU sur 163 pays. Avec une espérance de vie à la naissance de 74 ans, un taux d’alphabétisation des adultes de 88% et un taux brut de scolarisation de 94%, la Libye a été classée parmi les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord ayant un niveau de développement humain très élevé. Le seul pays africain à se passer de l’aide étrangère. Kadhafi a conçu la plus grande rivière artificielle au monde, un réseau de canalisations qui fournit de l’eau au Sahara libyen, à partir de l’aquifère fossile du système aquifère de grès nubien. Il s’agit du plus grand projet d’irrigation au monde qui a essentiellement transformé le désert libyen en jardin.  »
Alain Juppé, le ministre des affaires étrangères de la France, a présenté les principaux arguments en faveur de l’invasion de l’ONU. Il a basé ses affirmations sur la nécessité de la liberté d’expression et de la démocratie. Ce mensonge peut facilement abuser les esprits naïfs du fait que les pays arabes de première ligne, en particulier les Émirats arabes unis, le Qatar, le Bahreïn et la Jordanie sont des monarchies dictatoriales.
Le représentant libanais, Nawaf Salam, a déclaré que le pouvoir de Kadhafi avait perdu toute légitimité et que l’invasion prévue était le seul espoir pour la Libye. Parmi les autres partisans de l’invasion figuraient le représentant portugais Jose Filipe Moraes et du Nigeria, Joy Ogwu.
Le Britannique Mark Lyall a déclaré que si l’invasion n’était pas menée immédiatement, il y avait toutes les chances que le gouvernement libyen reprenne Benghazi.
Le représentant allemand, Peter Witting, a déclaré que pour Kadhafi et son gouvernement: « le temps est écoulé (et) ils doivent renoncer immédiatement au pouvoir … Le peuple libyen qui a si clairement exprimé ses aspirations pour la démocratie devrait être soutenu ».
La représentante américaine, Susan Rice, a déclaré que son pays serait impliqué dans l’invasion afin de protéger les civils et les droits de l’homme, et que les Américains « se tenaient » aux côtés du peuple libyen. La Représentante du Brésil, Maria Luiza Riberio Viotti, s’est excusée de son abstention lors du vote et a condamné le gouvernement libyen pour avoir prétendument violé les droits de l’homme et mis en danger la population civile.
Un pays qui aurait pu empêcher l’ONU d’être utilisée pour légitimer l’invasion était la Chine; cependant, elle s’est abstenue alors que son vote aurait pu mettre un veto à la tragique résolution. Ironiquement, son représentant, Li Baodong, était le président du Conseil de sécurité de l’ONU qui présidait la résolution. Baodong expliqua que, bien que la Chine ait de sérieuses réserves sur la résolution et s’opposait à l’usage de la force contre la Libye, son pays s’est abstenu d’user du droit de veto car elle attache une grande importance aux demandes de l’Union africaine et de la Ligue arabe, favorables au vote de la résolution.
Peut-être que la coup le plus cruel est venu de la Fédération de Russie connue pour avoir eu de bonnes relations avec la Libye. On s’attendait à ce qu’elle opposât un veto à l’invasion, d’autant plus qu’il y avait l’expérience en Irak qui a plongé ce pays dans l’anomie et déstabilisé la région. Mais le représentant de la Russie, Vitaly Churkin, après avoir posé les questions pertinentes, a plaidé pour une résolution pacifique et le principe de la non-ingérence dans les affaires intérieures d’un pays membre, et s’est abstenu de voter plutôt que d’y opposer son veto. L’abstention dans ces circonstances signifiait un feu vert pour l’invasion.
Le vote russe est difficile à analyser car il peut être une indication de sa soumission aux pressions occidentales ou un rejet catégorique de l’administration Kadhafi. Cela aurait aussi peut être motivé par son désir de plaire à la Ligue Arabe afin de gagner de l’influence ou de renforcer la main de la France avec laquelle elle était dans une idylle diplomatique. Ce n’est peut-être pas une simple coïncidence si tous les membres du groupe BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) qui ont voté sur la résolution ont décidé de s’abstenir.
Des indications selon lesquelles le vote russe n’aurait peut-être pas bénéficié d’un large soutien au Kremlin sont apparues lorsque le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a critiqué et rejeté la résolution.
Le Premier ministre de l’époque, Vladimir Poutine, l’a également rejeté, décrivant la résolution comme ressemblant à « une sommation médiévale à une croisade ». Le président Dmitri Medvedev a rétorqué qu’il était en faveur de l’abstention. Quelle que soit la position, le fait est que la condamnation à mort a été signée, la Libye a été détruite et l’humanité a avait présenté à l’humanité tragédie évitable – ce qui est un crime contre l’humanité.

Owei Lakemfa, ancien secrétaire général des travailleurs africains est un activiste des droits de l’homme, journaliste et auteur.

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