Publié dans Essai, nigeria

CEDEAO : Le Maroc, le Nigeria et le Musulman Buhari

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Le Maroc fait des pieds et des mains en vue d’entrer dans la CEDEAO. Sa pulsion d’intrusion se fait de plus en plus insistante, et se traduit en des actes concrets, au moment où les peuples semblent n’avoir là-dessus aucun mot à dire, tandis que certains états et non des moindres, comme le Nigeria font le mort. Un curieux silence qui mérite d’être éclairé, en même temps que déploré.

D’entrée, disons que les soutiens du Maroc se recrutent au sein de la nébuleuse francophone dirigée par la Côte d’Ivoire de  l’inénarrable Ouattara, chien zélé et sans foi de la France ; et que la démarche marocaine est assez transparente dans ses motivations. Le royaume chérifien veut faire d’une pierre deux coups, et ce dans un climat de non-sens total qui ne prospère qu’en Afrique noire. En effet, situé au Nord de la Mauritanie, qui a tourné le dos à la CEDEAO pour cause de son affinité préférentielle passablement raciste avec les pays du Maghreb, ( la Mauritanie raciste et esclavagiste préfère être le dernier des Blancs que le premier des Noirs)    groupement auquel il appartient, le Maroc n’a pour ainsi dire aucune identité culturelle, linguistique, ou géographique avec les pays de l’Afrique de l’Ouest selon le découpage entériné par l’ONU et l’OUA. De plus, il est partenaire de l’Union Européenne. Mais l’idée est que les Noirs, réduits à l’état de corps, ont toujours besoin d’un Dieu blanc pour exister, pour leur servir d’âme. La France aux abois, de plus en plus démasquée dans son rôle de prédatrice de l’Afrique dont elle redoute l’émancipation, cherche à faire sous-traiter par une nation blanche abrahamienne comme le Maroc  le travail de domination/pillage et d’empêcheur des Noirs de s’émanciper.

Ce projet diabolique s’avère d’autant plus nécessaire que c’est la même France qui a éliminé scandaleusement l’ex-Dieu blanc des Noirs africains qu’était Kadhafi qui apparaissait à leurs yeux comme un diable, irrécupérable, radical, farouchement remonté contre la prédation occidentale, un génie qui, fort de ses pétro-dinars,  a su tracer par des choix et des actes concrets le chemin de l’émancipation africaine ; une perspective cauchemardesque pour l’Occident chrétien capitaliste et ses alliés objectifs, actifs ou passifs.

Dans le rôle qui lui échoit, de par la volonté farouche de la France, le Maroc aussi a ses intérêts, et non des moindres : il s’agit de jouer les soleils de la CEDEAO et de tirer les avantages de son grand marché de plus de 350 millions d’habitants.

En principe, ce plan machiavélique devrait faire bondir le Nigeria qui jusque-là, démographiquement et économiquement est le cœur de la CEDEAO. Une CEDEAO prise en otage par la France via les pays francophones à sa solde et coiffés par le Maroc ne fait pas l’affaire du Nigeria. En principe, pour autant qu’il ait un sens élevé de ses intérêts, le Nigeria ne devrait pas hésiter à mettre à distance et en demeure le Maroc, en disant clairement au royaume chérifien son hétérogénéité culturelle, linguistique, historique, géographique et politique par rapport à cette sous-région dont il est le cœur et le centre naturels.

Au lieu de quoi, on observe un profil bas pour le moins curieux de la part de la diplomatie nigériane. On a pu mettre ce silence  sur le compte de la parenthèse médicale de M. Buhari dont la sévérité l’a tenu à l’écart de toute activité politique et diplomatique significative pendant plusieurs mois. Mais l’État, surtout lorsqu’il est le plus peuplé et le plus riche d’Afrique, est une continuité. Et le silence de Buhari dû à ses problèmes de santé n’empêchait pas  son ministre des affaires étrangères et le  vice-président Osinbajo de faire ce qu’ils doivent en prenant la tête d’un front de refus argumenté qui dirait son fait au Maroc sans détour ni faiblesse.

En vérité, le curieux silence du Nigeria face à la pulsion intrusive du Maroc à l’égard de la CEDEAO est à la fois délibéré, parlant et pour tout dire diplomatique. Il révèle bien des aspects et des données de l’histoire diplomatique et politique du Nigeria.

Buhari ne se tait pas – doit-on dire ne se terre pas – par hasard. Comme le disent les Yoruba, ti o ba si di, obirin kiijè somolu, – s’il n’y a pas une raison, le titre de somolu n’est pas conféré à une femme. Le silence de Buhari est le « body langage » de l’orientation qu’il intime à la diplomatie nigériane, qui est influencée par le critère religieux, et la dualité structurante chrétien/musulman.

En effet, sous Jonathan, pour ne pas aller plus loin dans le passé, la diplomatie était placée sous l’emprise enchantée de la foi chrétienne et du retour à ses racines. Le pèlerinage en Israël était le nec plus ultra des shows religieux de la classe dirigeante ; il était fréquent, et ostentatoire, de même que la mise en scène des rapports d’amitié avec ce pays pourtant  douteux en Afrique. Le Nigeria de Jonathan, au rebours d’une position africaine quasi dogmatique, n’a pas hésité à prendre ses distances vis-à-vis du soutien au peuple palestinien dans sa lutte pour l’autodétermination, alors même qu’il n’était  pas en bons termes avec le Maroc sur la question de l’autonomie du Sahara Occidental.

Dans le même temps, lors des dernières élections présidentielles qui allaient le détrôner en faveur de Buhari, les relations entre Jonathan et le roi du Maroc étaient des plus tendues. Par des actes et des déclarations publiques, le Maroc n’a pas caché sa préférence militante pour le musulman Buhari. Un soutien qui n’était ni fortuit, ni gratuit mais qui implicitement se voulait une invitation à entrer à fond dans l’alliance islamique.

Et, du côté de Buhari, cet appel du pied n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Comment saurait-il en être autrement lorsque l’on sait que Buhari est le digne fils de ce nord sahélien pour qui, depuis les Tafawa Balewa, les Ahmadu Bello, fidèles à l’idéologie jihadiste de leur ancêtre Ousman Dan Fodio, adhère à la perception religieuse de l’action politique dont le patriotisme est soluble dans la foi islamique ? Un Nord qui, loin d’encenser le climat fraternel d’une nation apaisée, ne fait pas mystère de son manichéisme religieux et de sa volonté de conquête des territoires du sud habités par des infidèles, à convertir ou à opprimer – ( constitution biaisée en faveur des états du Nord, islamisation rampante, intolérance et violences ethniques, exactions fréquentes des bergers peulhs).

Au Nigeria, l’identité islamique des nordistes l’emporte sur l’identité nationale. Ce qui explique que dans ce pays, la propension à l’intolérance religieuse, et la prévalence de la loi islamique sur la loi fondamentale qui régit tout état de droit est l’apanage du Nord. Une grande majorité des états de cette région ont adopté la sharia au grand mépris de la constitution du Nigeria. Chose impensable dans un sud plus loyal où il n’arriverait à l’esprit d’aucun chrétien, aussi passionné soit-il, de vouloir faire passer les canons juridiques de sa religion avant la constitution.

Enfin, comme le montre la geste barbare du groupe terroriste Boko haram, la dissidence ou le militantisme politique face au pouvoir central s’exprime au Nord en termes de conquête là ou au Sud, elle se veut au mieux constructive ou au pire sécessionniste.

Au total, il est très intéressant d’observer le langage gestuel de Buhari au moment où entre en discussion l’entrée du Maroc dans la CEDEAO. Bien que cette entrée constitue une menace à l’influence et à la place prépondérante du Nigeria dans la sous-région, Buhari se terre et se tait. Son silence criant qui doit moins à sa retraite médicale qu’à son parti pris idéologique, en dit long sur le rôle prépondérant qu’il assigne à l’identité islamique dans l’action politique.

Adenifuja Bolaji

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