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Le Franc Afrique

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Pourquoi la zone franc ? Si sa persistance renvoie au passé colonial qui lie la France aux pays africains, les débats sur ses effets économiques et politiques mettent aussi en lumière la façon dont fonctionne une zone monétaire.

S’il est un sujet qui s’invite de plus en plus fréquemment dans le débat public en France comme dans les États africains concernés, c’est bien celui de la zone franc et de sa principale monnaie : le franc CFA. La zone franc comprend, outre la France qui apporte sa garantie au système monétaire, 14 pays d’Afrique subsaharienne (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo en Afrique de l’Ouest ; Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine et Tchad en Afrique centrale) utilisant deux versions distinctes d’une même monnaie, le franc CFA, ainsi que les Comores, qui utilisent le franc comorien. Le même vocable désigne ainsi deux unions monétaires, l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) en Afrique de l’Ouest et la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (CEMAC). Celles-ci se singularisent par un double partage de la souveraineté monétaire, entre les États membres comme dans toute union monétaire, mais également entre ceux-ci et un État tiers, la France, qui se porte garant de la fixité du taux de change avec le franc (puis l’euro) et de la convertibilité illimitée du franc CFA.

Le franc CFA n’a pas connu une telle couverture médiatique depuis sa dévaluation de 50 %, en janvier 1994. La critique du franc CFA et de la politique menée par la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) formulée par l’économiste franco-togolais et ancien ministre Kako Nubukpo dans un livre dès 2011 [1], et par l’économiste bissau-guinéen Carlos Lopes en octobre 2016 sur RFI, a été relayée par différents articles de presse. Le débat autour du franc CFA a pris plus d’ampleur encore lorsque le président tchadien Idriss Deby a exhorté quelques semaines plus tard ses homologues à abandonner le franc CFA pour créer leur propre monnaie. L’ouvrage collectif dirigé par les économistes Kako Nubukpo, Martial Ze Belinga, Bruno Tinel et Demba Moussa Dembele tente d’asseoir la critique du franc CFA sur des considérations plus larges et plus diverses, allant du legs colonial de la zone franc à la critique des politiques monétaires suivies par les banques centrales de la zone. L’ouvrage dénonce la permanence d’un pacte colonial remanié et intériorisé qui freinerait le développement des économies des pays africains de la zone franc, à travers une analyse des déterminants politiques de la monnaie. La critique de la politique du franc CFA, que celle-ci soit le fait de la France ou des États africains, trouve son aboutissement dans un appel à la (re)conquête de la souveraineté monétaire par les pays membres de cette coopération monétaire.

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