Publié dans Haro

Roger Gbégnonvi : Quand la Logique ne Passe Pas

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Dans cette chronique percutante et caustique que je vous invite à lire, Roger Gbégnonvi stigmatise la justice qui ne passe pas, c’est-à-dire l’impunité et l’injustice qui demeurent en leurs palais et sur leurs trônes royaux, dans un état à l’envers, où les députés  sont d’anciens braqueurs, les ministres des voleurs et des assassins recyclés, etc… Mais ce que le professeur-chroniqueur oublie de faire c’est le lien avec la promesse actuelle de rupture. On pourrait alors, le parodiant, déplorer que, à l’instar de la justice, la logique du raisonnement ne passe pas. Car à quoi aurait servi la promesse de Rupture si ce n’est faire en sorte que plus jamais la justice n’échoue à passer, comme cela vient d’être le cas avec l’Affaire PPEA2 ?

Alan Basilegpo


Quand la justice ne passe pas…

(Par Roger Gbégnonvi)

Le non-lieu rendu le 16 mai 2017 dans les ténèbres de PPEA2 a troublé jusqu’aux consciences endurcies. Un pays ami offre au Bénin plus de huit milliards f CFA pour l’aider à fournir de l’eau potable aux populations qui en ont besoin. L’argent disparaît sans avoir été détourné, mais seulement ‘‘désorienté’’ (sic), dévié de l’eau potable. La justice est passée et n’a pas relevé de faute. Non-lieu ! Que fera l’Ambassadeur des Pays-Bas pour ne pas paraître complice de ladite désorientation ? Il prend ‘‘Visage de la corruption au Bénin’’ et le médite en son chapitre 8ème sobrement intitulé : ‘‘Une odeur de pourriture dans la maison justice’’.

Les jeunes gens, juristes et journalistes, auteurs de l’ouvrage paru en août 1999, avaient peut-être aussi dans leur viseur la disparition de Pamphile Hessou le 20 septembre 1992. L’existence du sous-préfet de Boukoumbé déplaisait en quelque chose à un Etat voisin. Il disparut. Sans traces jusqu’à ce jour. La justice n’est pas passée. Dix-huit ans plus tard, le 17 août 2010, disparaît Pierre-Urbain Dangnivo. Selon toute vraisemblance, l’existence de ce cadre du Ministère de l’Economie et des Finances déplaisait en quelque chose à l’Etat béninois. Il disparut. La justice s’est engluée de son plein gré dans un marécage de micmacs, d’imbroglios et d’incohérences. Aux dernières nouvelles, elle n’est pas (encore) passée.

Entre Hessou et Dangnivo disparus, deux autres choses. L’une fit vendre les journaux grâce aux aveux bien sentis de deux députés s’accusant mutuellement de braquages, vols et assassinats : ‘‘…les mains gantées de sang et on partageait les butins d’opérations sordides dont la mise en œuvre est réservée aux âmes perdues comme la tienne. […] Je suis au courant de ce qu’en complicité avec ton maître politique [Untel], tu as recruté des tueurs á gage pour me liquider physiquement’’. La justice n’est pas passée. En 2017, ces deux-là restent au Parlement ‘‘représentants de la Nation toute entière’’. L’autre chose concerne ICC-Services. Bande d’escrocs imitateurs des escrocs fondateurs, Charles Ponzi et Bernard Madoff. Au vu et au su de l’Etat, ils siphonnent les économies des Béninois et Béninoises à hauteur de plus de 148 milliards f CFA liquide. Effondrement. Certaines de leurs victimes trépassent d’AVC impromptus. La justice s’enlise. Nul ne sait si elle arrivera à passer.

Dessert épicé : ‘‘La mort tragique du magistrat Dossou-Yovo Clément, ex-juge d’instruction au Tribunal de première instance de Kandi, drame survenu le 16 décembre 2002 à 06 heures’’. Ce soir d’élection communale qu’il a coordonnée, le juge dans son lit baigne dans son sang, la tête presque tranchée. La justice passe et le verdict tombe : suicide par auto-égorgement. Un non-lieu ! Cerise sur le gâteau :- Le Président de la Cour d’Appel de Parakou, le magistrat Séverin Coovi, empalé, charcuté, carbonisé, ses cendres entassées dans sa voiture à laquelle on a mis le feu. C’était en 2004. La justice est passée, mais ce fut pour blanchir Le Parrain présumé et noircir ses exécutants. Pour le commanditaire, non-lieu.

Quand la justice passe, ‘‘avec la dernière rigueur’’, rien que pour les voleurs de motos et de moutons, rien que pour le sang versé sur fond de conflits domaniaux ou conjugaux, le soupçon se fait jour que l’Etat corrompt les juges parce qu’il dînerait trop souvent avec les désorienteurs, les siphonneurs, les députés ex-braqueurs, etc., etc. Ce soupçon alimente les vindictes populaires administrées avec faste dans la liesse des rues de la cité, avec, en toile de fond, la sérénité des gendarmes et des policiers. Quand la justice ne passe pas, ce sont frustration et désespoir qui s’entassent, et qui pourraient sortir par quelque Boko-Haram, recyclé dans un Bénin où l’on estimait en mars 2013 que ‘‘près de75 % des jeunes actifs sont sans emplois et n’entretiennent le moindre espoir d’en avoir’’. Quand la justice ne passe pas, l’Etat est en danger, l’anarchie guette. Quand la justice ne passe pas, alerte maximale.

Roger Gbégnonvi

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