Publié dans Essai, Haro

Bénin : Patrice Talon, du Siècle des Lumières au Moyen-âge

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Au début de la saga de la révision de la constitution, Talon a agi dans la transparence. Une commission, la Commission nationale technique chargée des réformes politiques et institutionnelle a été mise sur pied ; ses membres ont été désignés dans un large spectre de la société politique, civile, intellectuelle et institutionnelle. Elle comprenait des spécialistes du droit, des politiques, des intellectuels et des acteurs de la société civile. L’installation de la commission, la durée de ses assises et les émoluments de ses membres – aussi mirifiques fussent-ils – étaient connus du public. A l’issue de ses travaux, le rapport élaboré par la commission fut officiellement remis au Président de la République.

Or donc, alors qu’on s’attendait à ce que la suite des événements se déroulât de façon tout aussi transparente selon une méthode qui privilégie le consensus et la compétence universelle, on eut droit plutôt aux ténèbres, au mystère et à l’opacité la plus intrigante. Au lieu de faire ce que le bon sens et la jurisprudence politique recommandaient à savoir confier la rédaction de l’avant projet de révision de la constitution à une commission formée d’experts en droit constitutionnel, de politologues et de sociologues – tant il est vrai que la constitution est une chose trop sérieuse pour être laissée aux seuls soi-disant constitutionnalistes – le peuple a eu droit au mystère d’une révision faite à la sauvette, sur un coin de table par des plumitifs de l’ombre, valets obscurs travaillant sous la dictée de leur maître.

Et, le caractère intrigant d’une révision faite à la sauvette et de façon cavalière, s’est poursuivi deus ex machina par l’émergence à l’Assemblée nationale de la proposition de loi de révision de la constitution que le président demandait d’examiner en procédure d’urgence !

Il ne manquait plus que ça !  La goutte d’eau qui allait faire déborder le vase de la suspicion légitime du peuple.

La transparence et l’ouverture qui sont les deux mamelles dont se nourrit toute révision saine de la constitution ont disparu, laissant place au secret et à l’autoritarisme d’un président-homme d’affaires qui semble avoir confondu la loi fondamentale d’un peuple avec la loi de la jungle des affaires.

Comment et pourquoi Talon, parti des Lumières d’une révision transparente de la constitution s’est ensuite enfermé dans le Moyen-âge d’une procédure secrète et cavalière ? Voilà une question qui en dit long sur l’abîme qui sépare le sens ultime d’une présidence et ce que les philosophes anciens appelaient le souverain bien

Adenifuja Bolaji

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