Publié dans Essai, Haro

Patrice Talon : sa Vision et sa Révision

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Le souci de Talon c’est de montrer urbi et orbi que lui, le compétiteur né, a réussi là où Yayi Boni a échoué. Comme si quelque part la guerre fratricide qui les opposa et à l’issue de laquelle il accéda à la présidence du Bénin continuait encore.

Héritée de la période Yayi et de l’apogée de ses errements, Talon fait passer en contrebande la problématique de la révision sous son mandat. La démagogie de ce discours de contrebande est de dire «  Oui la révision de la constitution est justifiée, à condition qu’elle ne soit pas au service des intérêts d’un homme ou d’un clan ».  Et comme sous Yayi révision de la constitution rimait avec troisième mandat, l’homme qui vient et qui dit qu’il ne ferait qu’un seul mandat se croit auréolé de la confiance nationale pour mener à bien la révision de la constitution. Pour lors, le peuple devrait lui donner le bon Dieu sans confession, car, alors qu’il cachait ses propres visées, M. Talon était persuadé d’enfermer l’opinion nationale dans le consensus frauduleux selon laquelle la mauvaise révision de la constitution serait celle qui vise la pérennisation au pouvoir, à l’exclusion de tout autre.

Raison pour laquelle il était le chantre de la voie référendaire pour atteindre cet objectif. La Révision de la constitution est devenue un leitmotiv, voire même la pierre angulaire de l’édifice politique de sa mandature.  De fil en aiguille,  Talon en est venu à faire de la révision de la constitution une préoccupation centrale, érigée en panacée nationale, dont dépendrait la solution à tous nos problèmes, qu’ils soient politiques, mais aussi sociaux, sociétaux, et économiques.

Mais la fixation et le dévolu jeté sur la révision de la constitution, outre la perplexité qu’elles inspirent quant à leur rapport de cause à effet présumé avec le bien-être immédiat du peuple, cachent mal les visées personnelles de M. Talon. Il en est de même de la quasi totalité des décisions et des actions qu’il a initiées depuis son accession au pouvoir et dont la révision de la constitution apparaît comme une subtile tentative de légalisation anticipée, à moyen et à long terme. En effet, la révision de la constitution version Talon, si elle ne vise pas comme dans le cas de Yayi Boni à s’assurer un troisième mandat, a été conçue et rédigée dans le seul but d’assurer les arrières d’un régime prédateur et autoritaire, dont les tenants, M. Talon en tête, sont passés maître dans l’art de parasiter la vie politique et de piller les biens nationaux. C’est le mécanisme d’apparence formelle de pillage des biens nationaux qui a fait la puissance de Talon que la révision de la constitution qu’il propose a pour but de protéger et de garantir.

Enfin, la hantise de la voie référendaire qui naguère avait encore la préférence de Talon, rétrospectivement, paraît curieuse. Que s’est-il passé entre le début de son accession au pouvoir où Talon se faisait le chantre de la voie référendaire et maintenant où il la fuit comme la peste et jette tout son dévolu sur le commerce avec les députés ?  C’est qu’entre-temps, le spectre politique de l’impopularité voire même de la colère du peuple est passé par-là. Colère sur fond de misère grandissante et de déception d’avoir été grugé, par un homme qui, sous les dehors de bouclier contre la menace de recolonisation, est apparu comme l’arme fatale de la misère. Les actions antisociales et violentes menées en dépit du bon sens par le régime Talon pour illustrer de façon trompeuse l’idée de rupture, pendant que les grands chantiers de la lutte contre l’impunité étaient laissés intacts, n’étaient au mieux qu’une diversion  éthique. Faux holocauste pour le faux dieu d’une fausse rupture.

Le référendum étant perdu d’avance, car les recettes éculées d’achat de conscience qui sont au principe de la culture politique de Talon n’avaient aucune chance de réussir ; on comprend pourquoi l’ex-télécommande a misé tout sur ses intrigues scabreuses avec les députés à la tête desquels se trouve un homme, Houngbédji, devenu le putain de la Démocratie béninoise, pour sa détermination farouche à se faire le commensal du pouvoir, quel qu’il soit.

Adenifuja Bolaji

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