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Races sans Couleur : Pour une Histoire Politique de la ace.

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De l’Espagne du 13e siècle à la colonisation du Nouveau Monde, de l’obsession du lignage à la biologie de l’hérédité, l’historien J.-F. Schaub retrace les étapes de la construction de l’idée de race. Il montre que c’est la généalogie, plus que le phénotype, qui fournit le prétexte à cette naturalisation de la différence qu’est la racisation.

Jean-Frédéric Schaub, historien moderniste spécialiste du monde ibérique et de ses prolongements coloniaux, propose dans cet ouvrage une roborative et stimulante réflexion sur la race. Qu’on ne s’y méprenne pas : on n’y trouvera pas un exposé historique en bonne et due forme, encore moins une histoire linéaire et téléologique, qui irait d’un minimum à un maximum, d’un âge où la race se combine avec d’autres éléments à un moment hyper-racial amorcé au 19e siècle. Mais on y découvrira un certain nombre de propositions dessinant une ébauche de théorie de la « race ».

Cette théorie évite un double écueil chronologique. Elle écarte le choix d’une très longue durée (de la Grèce ancienne à l’époque contemporaine), qui rend licite une conception très ouverte de la domination de race mais court le risque de ne pouvoir la distinguer des autres formes de domination. Mais elle ne se concentre pas non plus sur la plus courte durée du développement moderne de la biologie de l’hérédité, qui peut contribuer à isoler un racisme « chimiquement pur » (p. 311) mais qui n’englobe pas ses formes diluées, notamment dans les cas où le lexique de la race est exclu du champ politique. J.-F. Schaub propose un moyen terme en prenant comme point de départ la persécution de groupes minoritaires dès le 13e siècle dans l’Occident chrétien, notamment en Espagne. On exclut alors sur les bases du lignage et de la généalogie, et, de manière implicite, sur l’idée de différences naturelles. Ainsi se serait constituée la matrice de pratiques et de discours ultérieurs, manifestes lors de la colonisation et encore aujourd’hui dans le contexte migratoire postcolonial.

Naturalisation de la différence et conception constructiviste de la race

Jean-Frédéric Schaub ancre sa réflexion dans une conception de la race comme construction sociale, « à la fois discursive et inscrite dans les pratiques », une conception selon laquelle « les fondements de l’altérité ne sont pas seulement sociaux, mais également naturels » (p. 123). Selon lui, on ne saurait en effet parler de race sans cette naturalisation de la différence, qui enferme les individus dans des appartenances dont ils ne peuvent s’évader et les figent dans un temps sans histoire. Dans ces conditions, le recours à la qualification raciale lorsque ce critère de nature est absent (par exemple quand on évoque des stigmatisations sociales) ne peut relever que de la métaphore.

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