
La décision de Déguerpissement des abords des voies et places publiques que le gouvernement de Talon met en avant dans sa recherche désespérée de preuves de rupture est inique. En effet, au lieu de s’attaquer ouvertement à l’impunité en agissant contre les auteurs présumés des nombreuses affaires et scandales dont fut émaillée la gouvernance calamiteuse de Yayi Boni, à savoir : CENSAD, ICC SERVICE, MACHINES AGRICOLES, ESCORTE VEHICULE d’OCCASION, PPEA2, PRI-Ng, MARIA GLÉTA, SOBEMAP, CNSS, SODECO, etc, et même des crimes de sang présumés ou avérés entrés dans l’histoire sous les noms de DANGNIVO ou de Dame AGBOSSOU SOHOUNDJI, pour ne citer que ces cas récents.
Au lieu, disons-nous, de s’attaquer à tous ces cas dont l’élucidation pourrait illustrer une claire volonté de rupture, le régime bourgeois de Talon s’attaque aux plus faibles, et fait du bruit autour de leur soi-disant occupation anarchique des voies et places publiques. Cette diversion, qui ne trompe personne, est un fait d’arme qui n’en est pas à sa première dans l’administration de la violence de classe par les détenteurs du pouvoir d’État.
Si la rationalisation de l’utilisation de la chose publique en général, et des voies et places publiques en particulier doit être encouragée, l’assaut sans autre forme de procès social sur la grande masse des laissés-pour comptes de nos villes est inadmissible. Le débordement anarchique des populations sur les voies et places publiques, aussi choquant puisse-t-il paraître, n’est jamais que la traduction mécanique de leur déréliction sociale, conséquence de la dérogation de l’État à son devoir constitutionnel d’assurer le bien-être de chacun et de tous.
Aussi, sous les dehors d’une décision de rationalité administrative, est-ce totalement irrationnel, injuste et mal avisé de la part de l’ État, de s’en prendre aux victimes de la misère silencieuse sans auparavant avoir crée les conditions sociales de sa résorption.
Décider de rationaliser par la force l’utilisation des voies et espace publiques par des populations acculées à la survie et abandonnée à leur sort selon une tradition de démission sociale de l’État qui ne date pas d’hier, c’est faire preuve d’une mauvaise foi scandaleuse. Mauvaise foi d’autant plus scandaleuse que la décision qu’elle inspire a pour fonction éminente de se substituer au refus du gouvernement de tenir sa promesse d’une vraie rupture, telle que l’espérait le peuple en se levant comme un seul homme pour tourner la page Yayi.
Cette façon de faire d’une pierre noire deux coups bas — à savoir, s’attaquer aux plus faibles et faire passer cela pour de acte de rupture — est une agression de classe, à laquelle le peuple aguerri doit impérativement résister ou périr.
Adenifuja Bolaji
