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Affaire Yahya Jammeh : la Preuve que l’Afrique Reste Mentalement Colonisée

 

Le président gambien Yahya Jammeh assiste à une réunion avec une délégation de dirigeants ouest-africains lors de la médiation de crise électorale au palais présidentiel à Banjul, en Gambie, le 13 décembre 2016

Le président gambien Yahya Jammeh reçoit le président nigérian Muhammadu Buhari et John Mahama au palais présidentiel à Banjul, en Gambie le 13 décembre 2016

La présidente libérienne Ellen Johnson Sirleaf arrive à la médiation internationale sur le conflit électoral en Gambie à Banjul, en Gambie le 3 décembre 2016

La présidente libérienne Ellen Johnson Sirleaf arrive à la médiation internationale sur le conflit électoral en Gambie à Banjul, en Gambie le 13 décembre 2016.

La délégation est dirigée par la lauréate du prix Nobel de la paix, Ellen Johnson Sirleaf, et comprend les présidents Muhammadu Buhari du Nigeria, Ernest Bai Koroma de la Sierra Leone  John Mahama du Ghana, qui vient de perdre l’élection la semaine dernière et a concédé la défaite.

La composition de cette délégation en dit long sur la permanence du fonctionnement colonial de la mentalité des dirigeants et des peuples africains. En effet, la Gambie n’est jamais qu’une province sénégalaise par la culture et par la géographie. On se souvient que  cette évidence se matérialisa à travers la tentative de confédération dite  Sénégambie qui dura de 1982 à 1989. L’un des objectifs de cette association était pour le Sénégal de désenclaver la turbulente Casamance, région partiellement isolée du reste du pays par le territoire gambien. Mais l’idée fit long feu, mettant en relief un des paradoxes du discours de fraternité africain où l’unification semble plus facile lorsqu’elle est large et diluée que si elle est avec le proche, l’immédiat ou le voisin. Ainsi tout le monde est d’accord avec l’idée de l’Union africaine, mais le Sénégal et la Gambie eurent du mal à s’unir, aussi proches fussent-elles. De même le Togo et le Bénin qui n’ont aucune raison d’être deux états séparés et toutes les raisons d’être dans l’union de leurs deux états, se côtoient dans l’indifférence et vivent faibles, pauvres dans une différentiation aussi vulnérable qu’imbécile.

Mais pour en revenir à la réflexion qu’inspire la composition de cette délégation ouest-africaine qui est allée faire entendre raison au dictateur gambien fantasque, Yayah Jammeh, c’est que tous ses membres sont anglophones ! Un pays ouest-africain plus proche du Sénégal que du Ghana ou du Nigeria, voit ses affaires prises en main par des pays anglophones, à l’exception des pays francophones pourtant nombreux dans la sous-région,  à commencer par le plus concerné d’entre eux, le Sénégal. La raison en est que dans la vie des États africains modernes le conditionnement colonial continue d’être de mise ; et tout se passe comme si les états africains, alors qu’ils sont frères entre eux, fonctionnent comme un corps atteint d’hémiplégie. Il y a un double standard dans la vision politique du monde extérieur, dans les échanges, dans les interactions, et dans l’action. Les pays qui ont eu le même colonisateur se regroupent plus spontanément  entre eux indépendamment de leur distance géographique et culturelle, et ignorent tout aussi spontanément les autres, aussi proches d’eux fussent-ils par ailleurs.

Ce fonctionnement imbécile est la preuve que l’Afrique est toujours mentalement colonisée !

Alan Basilegpo

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