Bénin : La Chasse aux Travailleurs Fantômes, un Acte de Rupture à Saluer

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 Dans le climat de morosité économique et financière que traverse le Bénin,  fermer les vannes du gaspillage et du détournement n’est pas un geste cosmétique, loin s’en faut. L’une de ces sources de détournement est la filière des fonctionnaires fantômes. Des gens qui n’existent nulle part mais qui émargent au budget de l’État et de la collectivité, chaque mois, au titre de salaires fictifs. Toutes sommes d’argent qui, retirées ainsi des caisses de l’État d’une manière formellement légale, vont atterrir dans les poches de quelques malins tapis dans l’ombre des administrations, des gens qui sont payés à ne rien faire en somme. Il s’agit d’un vol. Pour mettre fin à cette saignée invisible mais éprouvante pour le budget national, le gouvernement de la Rupture a décidé de faire la chasse aux salariés fantômes.

blog1La mesure a été annoncée par la direction générale adjoint du Trésor et de la comptabilité publique, dans une lettre adressée  à l’Inspecteur général des services, aux directeurs techniques, aux comptables principaux et aux partenaires sociaux. Dans ce courrier en date du 1er décembre, il est annoncé que le gouvernement a l’intention d’organiser un recensement  biométrique à caractère administratif afin de constituer un Registre National de la population. A cette occasion, il sera organisé un recensement-payement des agents de l’État en activité et à la retraite sur la période du 14 au 24 décembre 2016.

En clair ce recensement paiement à caractère biométrique signe le chant du cygne des travailleurs fantômes. Si la mesure est conduite avec efficacité et sérieux, elle aboutira à coup sûr à démasquer les fraudeurs, et par-là même à diminuer l’hémorragie du détournement des deniers publics par le biais des agents fantômes de l’État. Dans les pratiques politico-administratives de l’État béninois, cette volonté d’ assainissement, si elle était  traduite dans les faits, constituerait une première à saluer ; et on ne pourrait que la mettre à l’actif de la Rupture.

La chasse aux travailleurs fantômes — qu’ils soient agents de l’ État  ou non — est une des batailles de la guerre générale contre la corruption. Le cas échéant, le Bénin de la Rupture n’en aura cependant pas l’apanage.

Au Nigeria tout près, la guerre contre ceux qu’on appelle là-bas les « ghost workers » fait rage sous le régime de Buhari, qui a promis à ses compatriotes le changement. Au Nigeria, les travailleurs fantômes se chiffrent par centaines de milliers aussi bien au niveau fédéral qu’au niveau des 36 États. En septembre dernier, le gouvernement fédéral a donné l’exemple en sonnant le glas des sangsues invisibles du Trésor national. 40. 000 travailleurs fantômes ont été supprimés des fichiers de la seule administration fédérale, générant automatiquement un gain de 16 milliards CFA par mois aux caisses de l’État, soit 192 milliards annuellement. Et, comme l’a annoncé la ministre de l’économie, Mme Kemi Adeosun, ce premier coup de pied dans la fourmilière des travailleurs fantômes en appelle d’autres. Dans la foulée et sur injonction fédérale, les États, dont certains peinaient depuis des mois à payer leurs fonctionnaires, ont compris l’utilité de la chasse aux travailleurs  fantômes et s’y sont attelés sans demander leur reste.

Le Nigeria a beau être un pays particulièrement corrompu d’Afrique, il n’a pas l’apanage des travailleurs fantômes. Des preuves indiquent une forte présence de travailleurs fantômes dans les pays du tiers monde. En 2014, le Kenya a découvert 12 000 travailleurs fantômes sur sa masse salariale; principalement des personnes qui ont continué à recevoir des salaires après avoir quitté le service gouvernemental. En 2015, le Cameroun a identifié 10 000 travailleurs fantômes au sein de ses 220 000 cadres de la fonction publique qui coûtaient au gouvernement  la bagatelle de 89 milliards CFA par an. Au Yémen, à l’aide d’un système biométrique comme  celui que le Bénin s’apprête à appliquer, le gouvernement a détecté 5 875 travailleurs fantômes dans une main-d’œuvre de 485 818 personnes.

 Mais même si elle n’est pas originale comparé à ce qui se fait déjà ailleurs, on ne peut qu’encourager l’initiative du gouvernement de mener la chasse aux travailleurs fantômes. Au Bénin, la Rupture, le cas échéant méritera un peu plus son nom.

Agbopanzo Balthazar

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