Publié dans Essai, nigeria

Nigeria : Goodluck Jonathan un Président si peu Régionaliste ou Presque

Dans une allocution faite aux États-Unis devant un parterre de ses citoyens, M. Jonathan s’est vanté que les décisions prises par son administration ont été fondées par l’intérêt supérieur du Nigeria et non par des considération ethno-religieuses.

Il s’agit à n’en pas douter d’une allusion à peine voilée à son successeur taxé par ses critiques d’avoir des œillères religieuses et régionalistes dans ses décisions et nominations. Jonathan ne peut raisonnablement être taxé d’avoir abusé de préférences religieuses ou régionalistes dans ses nominations. Au contraire, l’ancien Président PDP a fait preuve d’un altruisme régionaliste au point de sacrifier les siens sur l’autel du fair-play national. Sous son règne, la plupart des institutions clés ou « juteuses » avaient été confiées aux Nigérians originaires du Nord à dominance musulmane.

Ainsi le Président de l’INEC, l’équivalent nigérian de la CENA était M Attahiru Jega, un musulman originaire de l’État de Kebbi dans le Nord.  Le Chef des services secrets,  M. Sambo Dasuki est musulman  originaire de l’État de Kaduna. Le Gouverneur de la Banque Centrale du Nigeria, M. Sanusi Lamido Sanusi, resté en poste entre 2009 et 2014, jusqu’à sa suspension pour divergence politique est originaire de l’État de Kano dans le nord musulman. Le Chef d’état-major de l’Armée de terre, le Maréchal Alex Badeh, bien que chrétien, est originaire de l’État d’Adamawa dans le Nord. Enfin, le contrôleur-général de la douane, M. Alhaji Abdulahi DIKKO est originaire de l’État de Katsina, dans le Nord également.

Comme on le voit, M. Jonathan, Président chrétien issu de la minorité Ijaw du Sud, n’a pas lésiné sur les moyens  quand il s’est agi de nommer des nordistes au sommet de l’État, dans des institutions clés pour son régime. Mais, bien que drapé dans les oripeaux d’une rationalité nationale aujourd’hui,  son altruisme n’était pas dénué d’arrière-pensées ; il répondait à un pari électoraliste. Dans la perspective rêvée de sa réélection, Jonathan avait fait le pari qu’il suffisait de donner entière satisfaction aux représentants de ceux qui étaient peu enclins à voter pour lui — à savoir les nordistes musulmans — y compris en prenant le risque de frustrer ceux qui y étaient, en raison de leur commune appartenance régionale ou chrétienne.

Ce pari, qui confinait à du régionalisme à l’envers, n’a fonctionné qu’à moitié. Les Nigérians du sud-est  ibo, et du sud-sud ijaw et Delta dont M. Jonathan était originaire ont joué le jeu. Mais dans la région nord, il y eut loin de la coupe aux lèvres. Le relai n’est pas passé entre  les populations et ceux que Jonathan avait nommés à dessein dans le but de les disposer à voter pour lui.

 Dans sa stratégie de séduction de l’électorat  du Nord musulman, l’une des erreurs de Jonathan est d’avoir  cru que toutes les populations du Sud pouvaient être placées sous la même enseigne sacrificielle de l’abnégation politique. Or les Yoruba, qui comme les Ibo et les Ijaw et autres minorités du Sud chrétien avaient été relativement oubliés au motif que leur sang sudiste commun suffirait à les inciter à faire bloc derrière Jonathan, les Yoruba moins disciplinés et plus clivés, lui ont au contraire montré de quel bois ethnique ils se chauffaient. Sous la bannière des plus proéminents de leurs leaders, les Obasanjo et autres Tinubu, les Yoruba sont passés avec armes et bagages du côté opposé à celui qui les avait oubliés.

 Au total, si Jonathan a nommé de façon libérale des nordistes à des postes où l’on ne peut pas penser aujourd’hui que M. Buhari nommerait des sudistes, son geste n’était ni altruiste ni anti-régionaliste : il était inspiré au contraire par une sorte de régionalisme à l’envers, qui s’inscrivait dans une stratégie électoraliste consistant à choyer les autres au détriment des siens. Mais mal lui en a pris, et il perdit son pari.

Adenifuja Bolaji

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