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Jean Roger Ahoyo : Plaidoirie pour un Musée Orignal

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Dans toute communauté humaine promise à la durée, la culture n’est pas quantité négligeable ; pas plus qu’elle n’est la cinquième roue du carrosse social. Sans la culture, nous ne sommes rien, avec elle nous sommes tout. La culture est la sève de l’arbre commun ; depuis ses racines jusqu’aux feuilles, en passant par le tronc et les branches ; elle nous enracine dans le passé, nous soutient dans le présent et nous projette dans l’avenir. La culture est l’esprit vectoriel de notre imagination créatrice, de notre volonté d’être au monde (Schopenhauer).

Tant que nous n’aurons pas compris la culture à sa juste valeur, nous ne serons pas prêts à être ce que nous voulons être, nous ne serons pas. La culture est le socle de notre identité et de notre mémoire. Et qui dit mémoire, dit conservation.

En ce moment où la problématique de la restitution des biens culturels ou matériels volés par les colonisateurs est d’actualité, quoi de plus opportune que la question sous-jacente de notre capacité à les  accueillir, à créer les conditions de leur digne réappropriation.

A cette question et à d’autres, Monsieur Jean Roger Ahoyo, homme de culture et passeur culturel de profession donne quelques éléments de réponse qui ne manquent pas d’intérêt… Lisez plutôt.


Le 14 Décembre 1999 j’ai participé, au Musée Historique de Gorée, en ma qualité de Conseiller Régional de l’Unesco pour la Culture en Afrique de l’Ouest; j’ai participé donc, sur invitation du Ministre de la Culture du Sénégal, à une Journée d’études sur les problèmes de l’Ile de GORÉE.                                                                                                            ‘

Suite à cela, j’ai adressé mes observations et recommandations sur les travaux de cette Journée, à Monsieur Daniel DROCOURT, Architecte DPI,G et Consultant de l’UNESCO pour GORÉE, dans un courrier DKR/99/CET/547 du 28 Décembre 1999.

Ce courrier comportait deux grandes parties : Une’ première consacrée aux problèmes de méthodologie ; et une seconde rappelant les thèmes abordés lors de la Journées d’études. C’est dans cette seconde partie que j’ai proposée la création d’un Musée de l’Education à GORÉE. Voici exactement ce que j’ai proposé. Citation :

«Je persiste et je signe: l’une des meilleures destinations pour l’ancienne école William Ponty réhabilitée, c’est d’en faire un musée de l’éducation pour l’Afrique noire francophone.

Elle fut la grande Ecole avant la Seconde Guerre Mondiale, forma tous les hauts cadres de l’administration coloniale: Instituteurs, Médecins Africains, Commis de l’Administration.

A cause de l’absence de toute Université, (les africains ne pouvaient pas passer le baccalauréat en Afrique, à l’époque) elle était l’unique Grande Ecole des Fédérations de territoires qu’étaient l’AOF, l’AEF et Madagascar.

Elle forma beaucoup de «pères de l’indépendance africaine» dont notamment les Présidents Modibo KEITA et Félix HOUPHOUET BOIGNY. Elle forma auparavant des célébrités comme Blaise DIAGNE, premier député africain au Parlement Français, Monsieur Lamine GUEYE, grand leader politique sénégalais. Pour ne citer que ceux-là !

Dans ce musée on doit exposer tous les volumes et éditions des manuels scolaires « Mamadou et Bineta » ainsi que « Moussa et Gigla » qui sont à la base de la Formation de générations de cadres africains.

On pourrait aussi y trouver une section ou seraient rassemblées, immortalisées dans la cire, les têtes des célébrités formées dans F école, comme au Musée Grévin à Paris.

Je suis convaincu qu’un tel projet, bien « ficelé », aurait l’agrément cl bénéficierait du financement de la majorité des Etats africains francophones.

A défaut de faire de l’Ecole un musée de l’éducation, on-pourrait y installer un centre socioculturel polyvalent. Mais il faut bannir de sa destination ridée d’en faire un dortoir pour fonctionnaires retraités. »

Un après la Journée d’Etudes du 14 décembre 1999, se réunissait le Comité national pour la. Sauvegarde de GORÉE, tenu le Mardi 2 janvier 2001.

Suite à celle réunion, j’ai adressé au Ministre de la Culture et de la Communication du Sénégal, une nouvelle copie de ma lettre à Monsieur DROCOURT, dont il était ampliataire, pour un nouvel examen. Et dans ma transmission DKR/01/004 du 4 janvier 2001, j’ai réitéré ma recommandation concernant la création d’un musée de l’éducation à GORÉE en ces termes :

«L’ancienne École William PONTY réhabilitée pourrait  parfaitement devenir un Grand Musée de l’Éducation pour l’Afrique Francophone, . Une
section de ce Musée rassemblera, statufiées dans la cire, les célébrités de
l’Afrique contemporaine dont beaucoup ont été formées dans l’École ; une
sorte de Musée Grévin Africain.»                                                           –

J’ai pris la précaution d’envoyer copie de ma lettre du 28 décembre 1999 au Délégué Permanent du Bénin auprès de l’UNESCO et au Ministre de la Culture du Bénin de l’époque, en formulant le vœu que mon pays prenne l’initiative de ce projet pour le soumettre au prochain Sommet de FO.U.A. qui suivrait ma correspondance.

Malheureusement, l’initiative n’est pas venue du côté où je l’attendais. -En effet, quelle n’a pas été une surprise de lire, dans l’hebdomadaire J.A./L’INTELLIGENT, n°2105 du 15 au 21 Mai 2001, dans la rubrique CONFIDENTIEL, à la page 16, dans un petit article intitulé : France-Wade et Mohammed VI au Musée Grévin, ce qui suit :

« Au cours de sa prochaine visite officielle en France, le 20 Juin, le Président Abdoulaye WADE assistera, au Musée Grévin, à la mise en place d’une statue de cire à son effigie, œuvre d’un artiste allemand…Par ailleurs l’idée lancée l’an denier par Ousmane Blondin DIOP, le « Ministre délégué » du Sénégal auprès de l’UNESCO, de créer un « musée Grévin africain » à Dakar, a les faveurs de WADE qui envisage d’associer au projet ses pairs africains. » !!!

J’ai aussitôt saisi le Sous-directeur Général de l’UNESCO, Chargé du département Priorité Afrique, notre compatriote Nouréini TIDJANI-SERPOS, pour mon courrier DKR/01/CLT/109 du 21 Mai 2001, pour attirer son attention, je cite :

«Je me fais le devoir d’attirer votre attention sur une tentative d’usurpation d’idée de projet que je suis en train de constater. »

C’est l’Adjoint au Directeur Général, ( Chargé de la Culture, Monsieur Nounir BOUCHHNAKI, qui me répond par lu mémo CLT/CH/OPS/AFR/SFN du 12 Juin 2001. Cette réponse mérite d’être  intégralement citée :

« Je vous remercie pour les informations contenues dans notre mémo cité en objet et dont j’ai pris bonne note.

Le gouvernement sénégalais a soumis une demande d’assistance financière dans le cadre du Programme de Participation au cours de ce biennium pour la création de ce musée, mais nous n’avons pu l’évaluer favorablement du fait qu’elle ne relevait pas des priorités de l’organisation telles que définies dans le 30C/5.

Nous nous réjouissons que votre idée ait été reprise à si haut niveau par les autorités sénégalais qui en envisagent la mise en œuvre et vous en félicitons.

Je vous remercie de votre coopération. »

La réponse de Monsieur Mounir BOUCHENAKI est claire : Elle confirme que le Sénégal a repris effectivement l’idée de création d’un Musée Grévin Africain dans son Programme de Participation pour le Biennium 2000-2001 !!!

Dois-je en vouloir à Monsieur Ousmane Blondin DIOP (un homme charmant et fort sympathique par ailleurs !) d’avoir été plus prompt que son collègue du Bénin dans l’exploitation de ma proposition adressée à l’UNESCO ? Je ne le pense pas ; mais j’ai cependant envoyé au Président-Directeur de l’Hebdomadaire JA/L’INTELLIGENT, Monsieur Béchir Ben Y AHMED, une réclamation-protestation en date du 29 Mai 2001 dans

laquelle, j’ai rétabli la vérité quant à la paternité du projet de création d’un Musée Grévin Africain ; protestation que j’ai conclu en ces termes  : «Je compte sur vous, Monsieur le Président-Directeur, pour publier dans votre prochaine livraison, cette sorte de droit de réponse afin que :

  1. La vérité soit rétablie quant à la paternité de l’idée de créer un
    « musée Grévin Africain »
  2. L’idée de projet concernant la création d’un Musée de l’Éducation
    pour l’Afrique Francophone à GORÉE, soit connue dans toute l’Afrique pour bénéficier du soutien de nos États. »

Je prie mes lecteurs d’excuser ce long développement ; mais  il me paraissait important de replacer ce projet, dont j’ai lancé l’idée dans le cadre du Bureau de Dakar de l’UNESCO, dans son contexte historique.

Or donc j’ai proposé, en décembre 1999 (il y a de cela 10 ans !) la
création d’un Musée de l’Éducation de l’Afrique Francophone dans

l’île de GORÉE au Sénégal, et plus précisément au sein de l’École William PONTY réhabilitée. Et j’ai suggéré qu’une section de ce Musée rassemble et expose les statues en cire des nombreux responsables africains qui ont dirigé nos États au cours des premières années de nos indépendances ; tout comme le Musée Grévin à Paris expose les statues en cire des grandes célébrités mondiales.

Pourquoi cette proposition ? Pour deux raisons :

Primo, pour perpétuer, pérenniser le souvenir de l’Ecole William PONTY. En effet, elle a joué un grand rôle dans la formation des premiers cadres de l’Afrique coloniale francophone (A.O.F.-A.E.F.- MADAGASCAR). Jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale (1939-1645) elle était l’horizon indépassable pour la formation de l’élite intellectuelle dans

les colonies françaises d’Afrique. Il faudra attendre les années 1950 pour que la France décide, sous la pression des événements (l’Afrique était déjà entrée en ébullition) de créer un enseignement supérieur en Afrique Noire avec l’ouverture, au début des années 1950

*   D’un Institut d’Etudes Supérieurs à Dakar, du  temps  du Gouverneur Général  BECHARD ;  Institut  transformé   en Université en 1958 (la 18ème Université française, la 17ème étant celle d’Alger) avec le Recteur CAPELL

*   D’un Institut d’Etudes Supérieures à Brazzaville, dirigé par le Professeur Marchand.

Secundo, pour honorer les hommes qui ont conduit les premiers pas de nos pays sur la voie de l’Indépendance, de la liberté recouvrée. Quel que soit ce que nous pouvons leur reprocher (et nous pouvons leur reprocher beaucoup de choses !) ils méritent notre reconnaissance. Chez nous, au Bénin, les Présidents MAGA, AHOMADEGBE et ZINSOU, pour ne citer que ceux-là, comptent parmi ces hommes. C’est pourquoi j’ai proposé l’idée d’un double projet de Musée de l’Éducation de l’Afrique Francophone et de Musée Grévin Africain

 L’initiative du Sénégal n’a retenu que le Musée Grévin Africain ; mais elle n’a pas abouti. C’est pourquoi je propose à notre Gouvernement de reprendre ce double projet, pour en assurer la réalisation, dans le cadre d’un vrai changement.

Le Ministre de la Culture pourrait mettre sur pied un Groupe de Travail ou une Commission ad’hoc pour reprendre l’idée, lui donner de la consistance pour la transformer en un vrai projet argumenté.

Il reviendra ensuite au Ministre des Affaires Étrangères et de l’Intégration Africaine, de le transmettre à l’instance compétente de l’Union Afrique (U.A.) pour son étude et son adoption par le Sommet de nos Chefs d’État.

Fait à Cotonou, le 22 Octobre 2009

Jean-Roger AHOYO

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