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BÉNIN, Culture vs Rentabilité Économique : le Dilemme de la Rupture

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 BÉNIN : La Culture béninoise sacrifiée sur l’autel de l’austérité budgétaire !


par Olivier DOSSOU FADO

 

Pascal Wanou, ancien directeur du Festival International du Bénin (FITHEB) et ses amis, n’en reviennent pas ! Le ministre béninois des Finances, Romuald Wadagni en accord avec celui de la Culture, Ange N’koué, ont décidé d’abattre le budget du Fonds d’Aide à la Culture (FAC) de 52% suscitant émois et vives protestations. Des batailles qui ont duré une décennie, rayées d’une traite !

De 350 millions de FCFA en 2006 avant que Yayi Boni n’accède au pouvoir, ce fonds est passé à 1 milliard (appelé non sans humour, le milliard culturel !), puis 3 milliards et enfin 5 milliards de FCFA en 2016 (Un peu plus de 7 millions d’euros).

Avec Patrice Talon, les acteurs culturels béninois devront désormais réduire la voilure. L’Etat doit vite maigrir ! Vive la diète !

Une cure d’amaigrissement paradoxale et scandaleuse au moment où le Bénin vient d’exiger à la France la restitution de ses œuvres culturelles et cultuelles volées durant la période coloniale.

Primo, le Chef de l’Etat, Patrice Talon, n’a de cesse de vouloir rendre attractive la « destination Bénin ». Soit ! Une profession de foi serinée encore le 4 août 2016 à Cotonou devant les gouverneurs africains du FMI/Banque Mondiale lors du Caucus Africain où il les exhortait à « découvrir le Bénin et ses multiples attraits touristiques ».

Une vision partagée par son ministre d’Etat Pascal Koukpaki, qui déplorait que le tourisme béninois ne contribue qu’à peine pour 2,9% à la richesse nationale contre 9% ailleurs. Une agence nationale de promotion des patrimoines a même été mise sur pied pour dynamiser ce secteur.

Question : Comment ambitionner de vendre « la destination Bénin » et ô paradoxe !, réduire les investissements dans la Culture par la même occasion ? Chacun sait que Culture et tourisme vont de pair et que les meilleurs ambassadeurs du Bénin partout dans le monde, restent les musiciens, dramaturges, peintres, écrivains. Et non les acteurs politiques !

Par la magnificence de leurs créations artistiques, ils pérennisent les riches civilisations ancestrales du Bénin et les font découvrir à l’international. Et par un effet d’entrainement, suscitent l’envie de visiter le Bénin. Or baisser drastiquement la manne publique allouée aux artistes, va obérer le développement de la « destination Bénin ».

Secundo, 5 milliards de FCFA, quoi qu’insuffisants par rapport à la prescription de l’Unesco qui demande aux Etats, d’allouer au moins 1% de leurs budgets nationaux à la Culture, reste une bouffée d’air frais non marginale, pour sortir de l’ornière les artistes béninois qui ne disposent même pas de protection sociale. Nombreux sont ceux qui décèdent dans une misère sociale révoltante. Réduire ce montant reviendrait à les affamer encore plus !

Tertio, point de développement sans investissement dans l’humain ! L’homme est la mesure de toute chose disait le philosophe Protagoras. Et voici que la rationalité néolibérale chevillée au corps du Président  Talon tend à faire litière de cette évidence pour ne voir qu’en chaque situation, la logique de rentabilité financière et baisse des dépenses.

Non, le Bénin n’est pas une entreprise ! Patrice Talon n’est pas le « PDG de la SA BENIN » ! Et investir dans la Culture béninoise n’est pas une charge mais un pari sur l’à-venir de notre civilisation !

Les Béninois avant d’être des homo œconomicus sont d’abord des Hommes pétris de culture et de spiritualité !  Et le droit à la culture et donc à l’élévation morale et intellectuelle est fondamental dans une société en proie à toutes sortes de chimères.

En guise de conclusion, comment ne pas s’indigner contre une décision injuste consistant à raboter l’argent des artistes, quand le Chef de l’Etat, M. Talon, PDG du groupe éponyme, continue de renflouer ses sociétés et celles de ses amis à coup de milliards dans une opacité totale et cela, en violation des principes de bonne gouvernance et dans un silence coupable des forces vives béninoises.

Olivier DOSSOU FADO

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