Publié dans Essai, Haro

Afrique : Faillite de l’Esprit d’Indépendance

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Le monde a beau être plus que jamais ouvert et globalisé, la questions de l’indépendance n’en est pas moins d’actualité. Pour un continuent séculairement dominé comme l’Afrique, l’indépendance est la condition de la prospérité.

Mais l’indépendance est d’abord une question d’esprit et de méthode. Si même le jour de l’indépendance, il y a plus d’un demi-siècle, nous n’étions pas indépendants — ce qui va de soi — pourquoi ne nous étions-nous pas mis, avec ardeur et abnégation, à travers notre organisation, notre volonté et notre conscience dans l’optique contraignante de bâtir notre indépendance, prunelle des yeux de notre devenir, la bâtir pierre après pierre, année après année ?

Pourquoi au contraire, ivres d’euphorie de l’indépendance formelle, c’est-à-dire fondamentalement fallacieuse, à cet état d’esprit d’une réelle indépendance à bâtir de nos propres mains, nous sommes restés et restons encore globalement indifférents ? Et pire, nous croupissons dans la dépendance, bâtissons chaque jour par nos manières d’être ou de ne pas être, par le refus de penser notre destin et de l’assumer, nous croupissons dans une joyeuse dépendance. Pourquoi par tous nos faits et gestes, nous contentons-nous de cet état qui s’est empiré depuis la proclamation formelle — entendez factice et trompeuse — de son contraire ?

Certes, il ne faut pas jeter la pierre à toute l’Afrique ni à tous les Africains. A travers notre histoire des cinquante dernières années, il n’a pas manqué des tentatives d’instaurer l’esprit d’indépendance dans la claire conscience de sa réalisation progressive. Mais outre le fait que les quelques rares visionnaires ou héros qui en ont été illuminés ont été implacablement éliminés par ceux qui ont intérêt à la perpétuation de la dépendance africaine, il faut dire que l’esprit d’indépendance, dans son authenticité et son déploiement méthodique, n’avait pas brillé en Afrique par son sa nature contagieuse.

Et pourtant, ailleurs dans le monde, cet esprit a affirmé sa volonté et imposé son autorité. Au Vietnam, par exemple,  — un pays qui, à l’instar de l’Afrique francophone, a connu le pire des colonialismes de l’histoire humaine — nul ne peut mettre en doute aujourd’hui le règne triomphant du soleil de l’indépendance.

Ce qui malheureusement n’est pas le cas de l’Afrique, un continent où, au-delà des simagrées et des gesticulations infantiles, l’indépendance, la vraie, celle qui, après le viol colonial, devrait se bâtir pierre après pierre et jour après jour, dans l’unité, la fraternité et le travail, cette indépendance pourtant nécessaire pour libérer le continent et honorer la mémoire de ses nombreux fils et filles morts sans l’avoir jamais connue, reste piégée dans notre subconscient.

Prof.  Boakye Agyarko, Legon

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