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Nigeria : 82500 Milliards Évaporés dans la Corruption sous Jonathan

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Ce n’est un secret pour personne que le Nigeria est un pays corrompu. Enracinée dans la diversion anarchique des revenus du pétrole, la corruption au Nigeria est sans doute l’une des plus fantastiques du monde, selon les termes de l’ancien premier ministre britannique, David Cameron.

Mais quand on parle de corruption dans les États africains, plus particulièrement dans le plus grand d’entre eux malgré lui, il faut tenir compte de l’architecture du fléau, sa structure sociopolitique. Au Nigeria, le premier pilier de la corruption est celui de l’État fédéral, perpétrée par le gouvernement et ses divers démembrements, mais aussi les élus des deux assemblées. Ensuite vient la corruption des États fédérés — 36 en tout sans compter la capitale fédérale — des gouverneurs abusant de leurs prérogatives et de l’autonomie financière concédée par la constitution, qui estiment que leur fonction principale est le droit acquis à la gabegie, au détournement, à la fraude, et à la constitution de privilèges pendant et après leur mandat.

Le troisième niveau de l’architecture  de la corruption au Nigeria est celui occupé par les gouvernements locaux, les départements et les communes, qui reçoivent et traduisent à leur niveau l’écho des kleptocrates dont ils dépendent. Ces trois niveaux fonctionnent selon le même procédé en connivence et intelligence étroite avec les partis politiques et les élus dans la concurrence généralisée pour la diversion, le gaspillage et le détournement des fonds publics provenant du sommet de l’État.

Le deuxième pilier de la corruption est celui de l’administration. Il touche aussi bien au détournement de l’argent public qu’à la gestion frauduleuse  des ressources symboliques et statutaires. Enfin, le troisième pilier de la corruption est celui des sociétés privées, des organisations, des unités de production, et de la société au sens large.

Avec l’accession au pouvoir en mars 2015 du Président Muhammadu Buhari, la lutte contre la corruption est devenue un impératif quotidien ; elle fait rage sous la houlette des diverses agences spécialisées dont la plus importante est l’EFCC ( la Commission des Crimes Économiques et Financiers). Malgré la flexibilité de sa stratégie opératoire et la diversité de ses objectifs, l’EFCC fait surtout parler d’elle dans les milieux de la corruption d’État où elle est redoutée. Grâce à l’efficacité de son action, des centaines d’hommes politiques et de cadres corrompus de tout bord ont été arraisonnés et inculpés. Des dizaines d’affaires et de scandales financiers ont été portés au jour. Et les sommes détournées se chiffrent en milliers de milliards de nos francs CFA ! Nombre de ces affaires donnent lieu à des règlements à l’amiable, qui ont vu le remboursement de centaines de milliards de francs CFA.

L’immensité des sommes en jeu est à la mesure de la richesse  du Nigeria, premier producteur africain de l’or noir, mais dont la gestion irrationnelle et anarchique ouvre de larges avenues à la corruption, qui est la chose la plus partagée dans le pays. Les enquêtes et évaluations effectuées par l’EFCC et les autres agences nigérianes assimilées depuis 2015 permettent de se faire grosso modo une idée des sommes détournées au seul niveau fédéral du pilier de la corruption d’État.

Ainsi, selon les données rendues publiques par M. John Odigie-Oyegun, le Responsable national de  l’APC, il ressort que pas moins de 60 000 milliards de francs CFA auraient disparu sans trace des caisses de l’État nigérian sous Jonathan ! A cela s’ajoute 9 mille milliards de francs CFA ouvertement détournés sous prétexte d’achat d’armement pour lutter contre Boko Haram. De plus, à l’approche des élections générales de mars 2015, une somme de 1500 milliards de francs CFA aurait été soutirée des caisses de l’État et distribuée à des membres privilégiés du PDP pour financer ses divers campagnes électorales.

Et puis, last but not least, tout le monde a en mémoire la disparition des caisses des revenus pétroliers de 20 milliards de dollars soit la bagatelle de 12 000 milliards de  francs CFA révélée par l’ancien gouverneur de la CBN, la banque centrale du Nigeria, M. Lamido Sanusi.

Au total, ce n’est pas mois de 82500 milliards de francs CFA qui ont été engloutis au seul niveau fédéral de la corruption d’État au Nigeria sous le régime précédent !

Alors que la lutte contre la corruption menée par le Président Buhari bat son plein et que chaque jour apporte son lot de prises et de surprises, on comprend l’inquiétude du responsables n°1 de l’ancien régime, qui fait flèche de tout bois, dans la tradition éthique africaine de l’impunité, pour échapper à ses responsabilités.

 Adenifuja Bolaji

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