Nigeria : les Menaces d’Assassinat Perturbent l’Agenda de Buhari

blog1

 A coup sûr, Monsieur Buhari fait de plus en plus très attention à sa sécurité personnelle. Certes, aucun fait précis ne met en cause le fonctionnement du dispositif sécuritaire autour du président du Nigeria. Mais une succession d’indices laisse perplexe à cet égard.

En effet, alors que M. Buhari a effectué de nombreux voyages à l’extérieur du pays, les sorties intérieures, sont rares. Le problème se pose moins dans les régions ethniquement sanctuarisées du Nord-ouest et du centre nord. Monsieur Buhari a récemment visité Daura capitale de son état natal, Katsina ; visite placée sous le signe du travail et du retour parmi les siens. Mais les déplacements dans le Sud semblent plus délicats sinon problématiques.

Ainsi, coup sur coup M. Buhari a annulé sa visite de deux jours prévue à Lagos pour les 23 et 24 mai derniers. De même vient-il d’annuler sa visite dans le pays Ogoni où il devait lancer la campagne de nettoyage de cette zone polluée par les excès des industries pétrolières.

Dans les deux cas, l’annulation est intervenue in extremis  et la présidence a invoqué un empêchement de dernière minute ou un quiproquo d’agenda. Mais ces excuses polies  cachent mal un souci réel de sécurité personnelle du président dans un moment de forte tension politique, où celui-ci mène une lutte à mort contre un certain nombre d’ennemis déclarés.

Venu au pouvoir sur le programme de changement, M. Buhari, ex-dictateur qui jadis marqua les consciences par son aversion viscérale contre la corruption, a fait de la lutte contre ce fléau à la fois son cheval de bataille et son objectif politique capital. Son mot d’ordre étant : « Nous devons tuer la corruption sinon la corruption tuera le Nigeria ».

Au Nigeria depuis une année, la lutte contre la corruption fait rage, et chaque jour apporte son lot de présumés coupables. Tout ce beau monde se bat, résiste et refuse de s’avouer vaincu. Il fait flèche de tout bois pour échapper à son sort, et l’élimination violente de la source de ses inquiétudes n’est pas une hypothèse entièrement délirante. Comme l’a dit Wole Soyinka dans une formule devenue célèbre au Nigeria, « if you fight corruption, corruption will fight back » En clair, si vous vous attaquez à la corruption, la corruption vous attaquera  en retour. La loi du Talion en quelque sorte. De fait, les sommes en jeu sont colossales, et se chiffrent en dizaines de milliards de dollars, et les personnes impliquées sont aussi nombreuses que puissantes. D’où les craintes pour la sécurité personnelle du président.

Toutefois, s’il n’avait tenu qu’à une éventuelle réaction de l’armée des corrompus, la prudence sécuritaire autour du président Buhari n’aurait pas privilégié une partie du pays sur une autre, car il va de soi que la corruption n’a pas de frontière ethnique ou régionale. Or, comme le montre l’annulation des visites de Monsieur Buhari dans certains états, la menace sécuritaire — du moins sa perception — semble focalisée dans le sud et la région du delta du Niger en particulier.

C’est que, parallèlement à la lutte contre la corruption, de par sa position politique, Monsieur Buhari concentre l’adversité passionnée d’une noria de groupes militants disséminés dans le sud-est et la région du delta du Niger ; ceux-ci, frustrés d’avoir été, par le jeu de l’alternance, privés de l’un des leurs à la tête du pays, ont ressuscité de vielles revendications identitaires ou politiques que l’on croyait résorbées sinon caduques.

Ainsi, l’arrestation et le procès du représentant d’un groupe d’autonomistes biafrais accusé d’attentat à la sécurité de l’État a mis tous les États de l’Est Ibo, notamment la jeunesse désœuvrée et amère, dans une effervescence protestataire aveugle et violente, qui se nourrit de frustrations sociales dans lesquelles il est difficile de  voir la main du nouveau gouvernement. De même, par ricochet de la lutte anticorruption, mais aussi en réaction d’arrière-garde politicienne, les militants du sud-sud et de la région du delta du Niger ont ressuscité les vieilles revendications pourtant politiquement soldées. De ces milieux dont la violence verbale et physique vont de pair, fusent sporadiquement des menaces de mort à l’endroit du président, sans qu’on ne puisse faire la part d’une rhétorique de la rodomontade et de l’intention déterminée.

Face à toutes ces tensions diverses et variées, et sans doute conscient du risque de déflagration dont est gros un éventuel attentat contre sa personne, M. Buhari a-t-il jugé très sage, voire même intelligent de prendre la question de sa sécurité personnelle très au sérieux.

Au-delà de sa personne, le souci de l’unité nationale et le succès des combats éthiques et politiques engagés par son régime pour sauver le Nigeria de lui-même, méritent de ne pas tomber dans le piège de ceux qui pour maintenir le statu quo, sont décidés à faire flèche de tous bois.

Alan Basilegpo

copyright5_thumb.png