La loi face aux discours racistes

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Le droit français n’est pas toujours très clair lorsqu’il faut punir les discours racistes. Les juges sont contraints de l’interpréter avec la plus grande rigueur, conscients que cette condamnation est indispensable en démocratie.

Pourquoi, comment, réprimer pénalement les propos racistes en France ? La France n’est-elle pas une démocratie dans laquelle la liberté d’expression est une valeur centrale, souvent réaffirmée dans le cas de discours pornographiques ou blasphématoires ? Est-il légitime que les propos racistes [1] fassent l’objet d’une répression, que certains n’hésitent pas à qualifier de « terreur judiciaire » (Le Pourhier, 2015, p. 33, cité dans Calvès, p. 14), alors qu’ils sont présentés par ceux les tiennent ou les soutiennent comme des exemples du « politiquement incorrect » luttant contre « la bien-pensance », ou comme de simples occurrences de maladresse, voire de bêtise – qui n’est pas un délit légalement sanctionné ? Pourquoi une telle intransigeance, souvent présentée comme spécifiquement française [2], dans le traitement pénal des discours racistes ?

Deux ouvrages récents, celui de Gwénaële Calvès, juriste, et celui de Ulysse Korolitski, philosophe et politiste, donnent des clés essentielles pour comprendre la justification et le fonctionnement du droit français de la répression des propos racistes. Pour l’un et l’autre, si le droit souffre d’une partielle incohérence en matière de pénalisation des propos racistes, la répression de l’expression publique de la parole raciste demeure indispensable pour défendre les valeurs consubstantielles de notre démocratie – parmi lesquelles, fondamentalement, la liberté d’expression. En effet, loin que la condamnation de la parole raciste constitue une limite inacceptable à la liberté d’expression, c’est l’invocation même de la liberté d’expression par la parole raciste qui représente une contradiction interne, puisque dans son principe, la parole raciste porte atteinte aux conditions de la discussion publique en prononçant l’exclusion de certains individus de l’espace public comme sphère d’échanges de raisons. Ainsi, le droit de la répression des propos racistes est au cœur d’un dispositif essentiel d’affirmation et de défense de la discussion en démocratie.

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