Publié dans Essai, Haro

Le Microcosme Béninois et le Syndrome du Nègre-singe

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La maladie du Nègre-singe singeur est devenue endémique au Bénin et fait des ravages dans la mentalité politique. Dès que quelque chose est fait en Europe ou en France, nous imitons, sans demander notre reste, comme si le fait de faire écho à ce que les Blancs ont fait — aussi incommensurables que soient nos situations — est une garantie de légitimité et de naturel, une assurance de valeur et de pertinence.

Avant en Afrique, sur le plan international, on avait l’OUA ; et quand les Européens ont crée l’UE pour des raisons qu’eux seuls savent et dont on s’aperçoit de nos jours que leur bien fondé est sujette à caution, sans crier gare, nous sommes passés nous aussi à l’UA ; façon de dire que l’UE est pour l’Europe ce que l’UA serait pour l’Afrique…

Question : serions-nous passés à l’UA, l’UE n’eût-elle pas existé auparavant ?

En France, dans son opportunisme électoral, la droite chiraquienne qui s’appelait jadis RPR est devenue UMP ( d’abord  de façon très circonstancielle, Union pour la Majorité Présidentielle ; puis avec une velléité plus organique, Union pour un Mouvement Populaire) Le parti au pouvoir sous Yayi Boni, dans la même foulée n’a pas hésité à créer un machin nommé UMPP dont on n’a jamais su à quoi il a servi. Mais le clin d’œil au parti de Sarkozy saute aux yeux. Cette création avait au moins le mérite, sinon la fonction de naturaliser les actes politiques du régime, en montrant d’où elle tient sa référence et sa solidité. Maintenant, sous la houlette versatile de Sarkozy, l’UMP est devenue les Républicains. Et déjà, sans même attendre que ce parti nouvellement créé en France ait fait ses preuves par le baptême de feu électoral prévu dans un peu plus d’une année, au Bénin, des esprits malins viennent de créer eux aussi leur parti Républicain… !

Il y a un argument boutade que les sociologues de la communication aiment à rappeler dans leur critique de la perception populaire de la crédibilité d’une information, qui est de dire : «  c’est vrai parce que c’est vu à la télé ». On pourrait utiliser la même boutade  pour nos singes nègres singeurs, qui ne font rien que d’attendre que les autres aient créé quelque chose pour qu’ils fassent mine de les imiter, très superficiellement au mépris de l’hétérogénéité abyssale des situations sociales, culturelles et politiques : « C’est vrai parce que c’est pareil qu’en France ! »…

Mais bon sang, si plus de cinquante ans d’indépendance ne nous ont pas décillé les yeux,  combien de siècles nous faut-il pour savoir que l’autoréférence est la condition du progrès ?

Aminou Balogun

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