La candidature de Patrice Talon, puis celle réactive de Sébastien Adjavon font l’objet d’une critique catégorique mâtinée de mépris. Ces critiques proviennent de leurs concurrents qui s’estiment « normaux », c’est-à-dire ceux qui passent pour des politiques de carrière, ou ceux qui considèrent que leur biographie et leur parcours antérieur sont éminemment compatibles avec la fonction de Président de la République.
Le débat sur les conditions biographiques pour être président de la République, le sens et l’essence de la fonction, l’implication et les contraintes du statut présidentiel suscité surtout par l’introduction en contrebande de Monsieur Lionel Zinsou dans l’intimité de l’arène présidentielle, ce débat-là fait rage.
Mais loin de ce débat, la levée de boucliers que suscite la candidature des hommes d’affaires est de toute autre nature. Certes, les instigateurs de cette controverse se recrutent en grande partie parmi les supporters de Lionel Zinsou qui, pour noyer le poisson des handicaps rédhibitoires de leur poulain, s’en donnent à cœur joie de jeter l’anathème sur les hommes d’affaire sous le prétexte de la séparation des compétences et de la différence des aptitudes. Du reste, récemment on a entendu M. Lionel Zinsou lui-même dire en une pique malicieuse qu’ : « On est dans un pays formidable, un pays où on peut ne pas faire d’études et diriger une entreprise. Un pays où on peut même ensuite prétendre aux plus hautes responsabilités de l’État ». A l’évidence, le grand professeur venu de Paris s’en prenait à ses concurrents hommes d’affaires, tenus pour des hommes intellectuellement contrariés.
Mais l’argument le plus têtu brandi contre les hommes d’affaire, M. Patrice Talon en tête, c’est le caractère inédit de leur candidature dans l’histoire électorale du Bénin. Leur candidature est tenue pour un fait non-conforme aux us et coutumes en matières d’élections au Bénin.
Or l’argument de la nouveauté ne résiste pas à un regard historique. Dire que la candidature de Patrice Talon ou de Sébastien Adjavon constitue une choquante nouveauté, et par-là une violence à nos mœurs électorales, c’est faire l’impasse sur des précédents dont au moins l’élection présidentielle de 1968, à laquelle M. Karim Da Silva Urbain participa.
Qui est Karim Da Silva Urbain ? D’une certaine manière, Karim Da Silva Urbain peut être considéré comme le mixte de Talon et Adjavon. En effet, industriel de son état, homme d’affaire, Karim Da Silva Urbain était propriétaire de la Grande Imprimerie du Dahomey et Président du syndicat national des commerçants et industriels du Dahomey. Lors des élections controversées et calamiteuses de 1968 organisées sous la férule des militaires Karim Da Silva Urbain fut candidat et obtint 6,7% des voix. L’élection fut formellement remportée par M. Basile Adjou Moumouni, mais annulée pour cause de faible participation.
Quoi qu’il en soit, c’est moins le score qui importe que le fait de la candidature. Et ce fait prouve que la candidature des hommes d’affaires qui scandalisent les bien-pensants et certains parachutés qui trouvent dans la stigmatisation le moyen de cacher leur propre malaise, n’est pas la grande inconnue, le fait inédit, et qu’on nous agite à la figure comme un chiffon rouge.
Prof. Adeniyi Bashiru
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