Wole Soyinka à la Clinique de l’Image

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A priori, il n’y avait aucune raison que le prix Nobel de littérature, Wole Soyinka rencontre M. Magu, le Directeur de l’EFCC, l’agence phare de lutte contre la corruption au Nigeria. Il est vrai que la lutte contre la corruption bat son plein au Nigeria actuellement, sous la houlette de M. Buhari. Et, chaque jour qui passe apporte son lot de présumés coupables de détournement. On sait que nombre de suspects ont fait la belle plus ou moins clandestinement, ou plus ou moins officiellement, souvent avec le beau prétexte d’aller se faire soigner d’une maladie grave en Occident. L’évasion médicale est devenue une parade commode contre l’assomption de responsabilité. L’une des grosses affaires qui défraient la chronique est l’affaire Dasuki, appelé dasukigate ; il s’agit du détournement de 2,1 milliards de dollars affectés à l’équipement de l’armée, et qui ont été utilisés à toute autre fin, notamment électoraliste. Et chaque jour qui passe, grossit le nombre de bénéficiaires de cette manne impie.
Au premier abord, on peut penser que la rencontre de Wole Soyinka et du Monsieur Anti-corruption est une manière pour le prix Nobel d’apporter son soutien au combat nécessaire contre un fléau dont le Président Buhari a dit qu’il pourrait tuer le Nigeria si le Nigeria ne le tuait pas. Mais à y voir de plus près, le geste de Wole Soyinka pourrait n’être pas totalement altruiste ni désintéressé. Il pourrait cacher la volonté de soigner sa propre image. Celle-ci en effet a été écornée dans une autre affaire de corruption. L’actuel gouverneur de l’État de Rivers, –le premier et seul État rebelle du Sud-est Ibo qui a travaillé contre l’élection de Jonathan, mais dont le gouverneur sortant, Rotimi Amaechi,  a été remplacé par un opposant farouche, M. Nyesom Wike issu du PDP — a accusé son prédécesseur d’avoir dépensé 80 millions de nairas, soit 240 millions de FCA pour une réception offerte en l’honneur de Wole Soyinka lors de la célébration de son 80ème anniversaire. Malgré la réaction outrée de Wole Soyinka, qui a accusé les révélations du gouverneur Wike d’abominable distraction, malgré ses protestations d’innocence, et son argument basé sur le fait qu’il n’a jamais été comptable des réceptions diverses et variées organisées en son honneur de par le monde, il reste que son image dans l’opinion en cette période de lutte contre la corruption n’en sort pas forcément grandie.
On comprend alors le geste du célèbre écrivain, qui en rencontrant en personne le directeur de l’agence de lutte contre la corruption, semble en effet indiquer son soutien pour le combat qu’il mène, en même temps qu’il défie tous ceux qui demandent à l’EFCC d’investiguer l’affaire des présumés 80 millions dépensés pour une réception, afin de faire la part aussi bien des organisateurs que du bénéficiaire…

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