15 Janvier 1966 : Date Clé dans l’Histoire Politique Mouvementée du Nigeria

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Le 15 janvier 1966 n’est pas une date comme une autre dans l’histoire du Nigeria. En ce jour fatidique, il y a précisément de cela cinquante ans, le paysage sociopolitique et économique du Nigeria a connu un changement crucial. Ce jour-là, un groupe d’officiers mutins de l’armée nigériane, dirigé par le Major Kaduna Chukwuma Nzeogwu, a perpétré le premier coup d’État du pays, conduisant à l’assassinat de dirigeants nigérians clés, des officiers supérieurs de l’armée, et à l’enlèvement de trois autres. Les événements de ce jour déclencheront une avalanche d’événements qui conduiront à la l’effondrement de la Première République nigériane. Ce coup perçu comme d’origine ibo donnera lieu à un contre coup perpétré par des militaires nordiques six mois plus tard, qui conduira à la guerre civile nigériane, inaugurant de fait 30 ans d’interventions militaires dans la politique nigériane dont le pays ne s’est pas encore pleinement relevé.
Durant leurs assauts, entre autres personnalités, les putschistes ont enlevé le Premier ministre du Nigeria, Sir Abubakar Tafawa Balewa, le ministre des Finances, le chef Festus Okotie-Eboh; ils ont tué aussi le premier ministre de la région du Nord et Sardauna de Sokoto, Sir Ahmadu Bello, ainsi que le premier ministre de la région de l’Ouest, le chef Samuel Ladoke Akintola. Les cadavres de Balewa et Okotie-Eboh ont été découverts six jours plus tard le long d’une route près de Lagos. Parmi les autres personnes d’importance tuées, il faut citer le Brigadier-Genéral. Samuel Ademulegun et son épouse, le général de brigade. Zakariya Maimalari, le colonel Mohammed Kur, le colonel Shodeinde et le lieutenant-colonel. Abogo Largema, tous du Nord ou Yoruba.
Cinq des six putschistes étaient Igbo, tandis que toutes les personnes tuées étaient soit d’extraction Nordique soit Yoruba. Le renversement d’un gouvernement constitutionnellement élu a été aggravé par le fait que l’un des officiers, le lieutenant Oguchi, dépêché pour «prendre soin» du premier ministre de la région de l’Est, le Dr Michael Okpara, l’a arrêté, tandis que M. Nwafor Orizu, qui était le président du Sénat, et président par intérim en l’absence du Dr Nnamdi Azikiwe, qui était hors du pays le jour du coup d’Etat, a capitulé en remettant les rênes du gouvernement à la personne la plus haut placée dans les Forces armées à l’époque, à savoir le major-général. Johnson Aguiyi-Ironsi, lui aussi d’extraction ibo.
Bien que les putschistes, qui ont attaqué les villes de Lagos, Kaduna et Ibadan, tout en bloquant les rivières Niger et Benue deux jours durant, aient affirmé que les dirigeants civils à la tête de la Première République ont conduit le pays à l’échec par la corruption, le meurtre ciblé de Nordistes et de Yorubas n’a contribué qu’à approfondir la fracture ethnique dans le pays en jetant la suspicion sur les Igbo. La crainte d’une prise de contrôle du pays par les Ibo se répandit dans le pays, et dans le nord du Nigeria la crainte de la domination ibo était devenue plus forte.
Le 29 Juillet 1966, des officiers du Nord mènent un contre-coup d’État au cours duquel, 240 officiers et hommes du sud, les trois quarts d’entre eux étant Igbo, y compris Aguiyi-Ironsi ainsi que des milliers de civils d’origine ibo vivant dans le nord ont été systématiquement tués. Dans la foulée, le lieutenant-colonel Yakubu Gowon, un nordiste prend la tête d’un gouvernement militaire.
C’est dans ce contexte que l’augmentation des rivalités ethniques entraînèrent d’autres massacres d’ Igbo. Les massacres ont été largement répandus dans le nord et ont atteint un sommet les 29 mai, 29 Juillet et 29 Septembre, 1966. Les massacres étaient menés par l’armée successivement dans plusieurs villes du nord du Nigeria. Bien que le colonel Gowon eût donné des garanties de sécurité pour les Igbo vivant dans le nord, l’intention était de répondre par vengeance au coup d’État de janvier 15 ans.
Les pogroms dans le nord ont conduit le colonel Odumegwu Ojukwu Chukuwemeka, que Gowon avait fait administrateur militaire de l’ex-région de l’Est, à la sécession d’avec le Nigeria, et à la création de la République du Biafra, départ de 30 mois de guerre civile au Nigeria qui a entraîné la mort de plus de 2 millions de personnes dans la seule région de l’est.
Depuis les événements du 15 Janvier 1966, le Nigeria n’a jamais été le même. Le pays a perdu son innocence et les nobles idéaux que les pères fondateurs de la république qui ont combattu pour l’indépendance du joug colonial britannique, ont tous été abandonnés. Aujourd’hui, le Nigeria continue de subir les contrecoups de ce jour historiquement crucial. La Corruption — l’une des raisons invoquées par les putschistes pour renverser le gouvernement civil — est à son comble. Le développement du pays est en panne et la fracture ethnique et religieuse est plus béante que jamais.
Tout se passe comme si rien n’a changé en cinquante ans depuis le coup d’État. Si dans le souvenir de ce jour, les Nigérians sont à même de puiser la force de remettre leur pays sur le droit chemin, alors le 15 Janvier 1966 sera une date digne d’être commémorée dans l’histoire mouvementée de leur pays.

Bidemi Aderibigbe

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