
Le problème de Zinsou, c’est qu’il représente jusqu’à la caricature la logique du comptoir colonial d’antan.
La puissance coloniale tutélaire est la France, commodément appelée de nos jours Françafrique.
Le nom de la Compagnie est Zinsou et fils.
Et la profession du PDG est banquier.
Toute l’histoire invraisemblable de l’épopée présidentielle de Lionel Zinsou est basée sur l’ardent désir de tirer le maximum de l’impact illusoire de son patronyme. Il serait né en France d’un père français, nommé Dupond et d’une mère nommée Zinsou, il se serait appelé Lionel Dupond, et tout français qu’il est, n’aurait pas le toupet de venir nous emmerder. Après tout, est-ce que Brice Hortefeux nous enquiquine avec la présidence, lui qui est aussi Béninois que Zinsou ?
Mais les choses sont allées dans l’autre sens, et Monsieur en tire prétexte pour tirer du nom Zinsou, tout ce qui peut en être tiré, du point de vue de l’impact d’identification illusoire sur les masses. Cette façon rageuse de spéculer sur l’impact d’un nom dans l’esprit des masses, dans une réalité de vide culturelle absolue, est la caricature même du consensus frauduleux. Il s’agit d’un passage en contrebande aux frontières de la conscience collective nationale.
Autre comparaison. Imaginez un peu, un homme né au Nigeria d’un père français nommé Dupont et d’une mère nigériane. Imaginez que ce jeune homme a fait toutes ses études et carrière au Nigeria, où il a occupé de hautes fonctions administratives et des postes dans des cabinets ministériels ou de dirigeant de sociétés pétrolières. Imaginez que, pris en charge par la CIA pour des raisons que seule l’agence de renseignement américaine connaît, cet homme nommé Lionel Dupont, débarque en France avec l’intention de s’incruster dans la vie politique hexagonale au sommet. Il ne parle pas un traitre mot du français, la langue de son père, que pour des raisons personnelles il rejette passionnément. Pensez-vous sincèrement que ce parachutage sera aussi chanceux que celui qu’à déjà réussi notre Zinsou national au Bénin ? Pensez-vous que ce Nigérian au nom si français de Lionel Dupont parviendra à se faire nommer candidat du parti socialiste aux prochaines élections présidentielles qui pointent en 2017 ? Et si par la plus complète aberration sous un charme magique quelconque le Parti socialiste faisait de cet étranger politique son candidat, pensez-vous un seul instant que les Français — gens à qui on ne peut cacher la vérité en la plaçant dans un livre — accepterons ce canular ? Ou penseront-ils qu’il s’agit d’une farce onirique de laquelle ils finiront par se réveiller ?
Dans une certaine mesure, cette offensive de Zinsou, à l’instar de l’audace qui l’anime, n’est pas sans rappeler la certitude raciste des colons d’antan qui croyaient tellement en l’infériorité des peuples africains qu’ils considéraient la colonisation comme un humanisme.
Agada Balanpo
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