Pure Water et Kit Solaire : les Dérivatifs à la Rationa- lité Collective en Afrique

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aka1La tendance au développement foudroyant de l’automobile individuel, en lieu et place des systèmes réticulés de transports en commun — métro, tramway, ligne de bus– mais aussi des kits d’alimentation électrique individuel, au lieu d’un réseau d’électricité performant, des sachets d’eau dénommés « pure water » à la place d’un réseau d’adduction d’eau potable, bref cette tendance typiquement africaine à faire recours à des réponses provisoires et individuelles à la place de solutions collectives, durables et organisées est assez inquiétante. Elle installe l’Afrique dans la précarité, l’inorganisation et la stagnation, pendant que le monde bouge. Sous prétexte de parer au plus pressé, cette tendance sanctionne chez les Africains une réalité de désordre chronologique : ainsi nous n’avons pas de route mais des voitures de toutes sortes, y compris les derniers cris de l’industrie automobile, inondent nos pays ; nous n’avons pas de réseaux ferroviaires dignes de ce nom mais nous avons des trains, nous ne contribuons en rien à l’industrie pharmaceutique, en termes de recherche et de fabrication, mais nous avons des pharmacies et des hôpitaux qui consomment des tonnes de médicaments ; aucune recherche ni production dans les technologies modernes de la communication, mais l’Afrique avec sa culture orale, qui sanctionnait déjà le déficit de l’écriture, a trouvé dans certaines de ces technologies — notamment le téléphone portable — le dérivatif naturel à ses problèmes socioculturels ; pour beaucoup d’entre nous, à part l’Afrique du Nord et quelques pays, nous n’avons pas de langues nationales écrites mais nous avons des écoles ou sont censées évoluer nos enfants en compétition avec des enfants d’autres nations harmonieusement éduquées dans leurs langues nationales ; nous avons même la prétention d’avoir des littératures nationales sans avoir de langues nationales écrites !
Bref, au nom du modernisme ou du sous-développement, nous éludons les chemins par lesquels sont passés et passent tous ceux qui maîtrisent la technologie et en expriment l’usage collectif organisé.
Cette tendance à se contenter de réponses individuelles à des problèmes collectifs outre qu’elle est le reflet manifeste du déficit de rationalité collective dans notre vie commune en tant que nations ou continent, est l’expression d’une fuite en avant, et d’un déplacement de nos problèmes, même avec de bonnes raisons. L’Afrique à un défi de résistance, d’effort et d’organisation collective à relever. L’appropriation de la science et de la technologie est le lieu par excellence où nous devons prouver à nous-mêmes et au monde notre capacité à relever ce défi. Cela passe d’abord par la capacité de résister aux sirènes du consumérisme passif avec ses mille et une tentations, au désir de paraître comme tout le monde alors que nous ne sommes pas comme tout le monde ; l’obligation de trouver un terme médian entre la passivité consumériste naturalisée et la contribution autochtone.
Prof. Aklasatɔ Zéphyrin

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